81 cinéastes critiquent la Berlinale

3 avril 2026

Dans une lettre ouverte signée par 81 professionnel·le·s du cinéma, une critique cinglante est adressée à la Berlinale de cette année. Dans le courrier publié dans le magazine professionnel Variety, des acteurs et réalisateurs bien connus s’expriment en « consternation ». Ils estiment qu’il existe une « participation à la censure d’artistes qui refusent le génocide persistant des Palestiniens dans la bande de Gaza » — et que le gouvernement allemand jouerait « un rôle clé dans la mise en œuvre » de cette censure.

Parmi les signataires — parmi les noms connus du cinéma et des séries comme Tilda Swinton (65), Javier Bardem (56), Tobias Menzies (51), Tatiana Maslany (40) ou Brian Cox (79) — ainsi que des réalisateurs tels qu’Adam McKay (57) et Mike Leigh (82) —, on appelle à une position nette et claire. Tout comme le festival s’est montré solidaire par le passé envers des personnes en Ukraine et en Iran, il est demandé qu’il assume désormais sa « obligation morale ».

Kritik an Jurypräsident Wim Wenders

Kritique du président du jury Wim Wenders

En parallèle, les professionnels du cinéma prennent forme de critique envers le président du jury Wim Wenders (80). Lors d’une conférence de presse le 12 février, le journaliste Tilo Jung a interrogé les membres du jury sur leur position face à l’attitude de la Berlinale et du gouvernement allemand concernant Gaza. Le réalisateur a répondu qu’il fallait « se tenir à l’écart de la politique ». Avec des films manifestement politiques, on se risquerait sur « le terrain de la politique, mais nous sommes le contrepoids à la politique. Nous sommes l’opposé de la politique. » Dans la lettre ouverte, il est écrit: « Nous contestons fermement l’assertion du président du jury de la Berlinale 2026, Wim Wenders, selon laquelle le travail cinématographique serait ‘l’antithèse de la politique’. On ne peut pas séparer les deux. »

Comme l’ont également rapporté des médias internationaux tels que Variety ou Deadline, c’est précisément lors de la question posée par Jung dans le flux en direct de la conférence que des restrictions sont apparues. Dans une déclaration, on a évoqué des « problèmes techniques » à cet instant. Certains se sont demandé s’il n’y avait pas de censure. Dans une version publiée sur YouTube, les passages évoqués apparaissent toutefois dans leur intégralité. Jung rappelle qu’au final il n’y aurait probablement pas de censure, mais il est « intéressant » que, dans le flux, lorsque l’on a abordé la question de la Palestine, des « problèmes techniques » se soient manifestés.

« Bei der Berlinale wurde der Ruf nach freier Meinungsäußerung laut »

L’auteure de « Le Dieu des petites choses », Arundhati Roy (64), avait annulé sa participation à la Berlinale. Dans une déclaration obtenue par The Wire, elle affirme qu’elle est abasourdie d’entendre des membres du jury dire que « l’art ne doit pas être politique ». Pour Roy, cela revient à « s’opposer à une discussion sur un crime contre l’humanité alors que celui-ci se déroule devant nous en temps réel ». Selon elle, les artistes, écrivains et cinéastes devraient « tout faire pour l’arrêter ».

« À la Berlinale, le cri en faveur de la liberté d’expression s’est fait entendre », a commenté la directrice berlinoise Tricia Tuttle sous le titre « Sur la parole, le cinéma et la politique ». « La liberté d’expression existe au festival, mais de plus en plus, les professionnels du cinéma se voient demander de répondre à chaque question qui leur est adressée. On les critique s’ils ne répondent pas. On les critique s’ils répondent et que leur réponse ne plaît pas. »

Les professionnelles et professionnels du cinéma réunis à la Berlinale partagent « un profond respect pour la dignité humaine. » Nous ne pensons pas qu’il y ait, parmi les artistes présents, quelqu’un qui soit indifférent à ce qui se passe dans le monde — à propos des droits, de la vie ou de la souffrance immense des personnes à Gaza et en Cisjordanie, en République démocratique du Congo, au Soudan, en Iran, en Ukraine, à Minneapolis et dans bien d’autres lieux horrifiants. Cependant, les artistes ne doivent pas être tenus de prendre position sur chaque sujet politique qui leur est posé, à moins qu’ils ne le souhaitent eux-mêmes.

Élise Fournier