Berlin fête son nouveau musical queer

8 avril 2026

Avec des acclamations, des applaudissements forts et même quelques larmes, le public a fêté la première du nouveau musical berlinois « Wir sind am Leben ». À plusieurs reprises, pendant la représentation de la nouvelle pièce du duo à succès Peter Plate et Ulf Leo Sommer, le soir, au Theater des Westens près du Ku’damm, on a applaudi et parfois même chanté en chœur.

Parmi les invités de la première figuraient le maire de Berlin en exercice Kai Wegner et sa partenaire, la sénatrice de l’éducation Katharina Günther-Wünsch (tous deux CDU), l’ancien édile Klaus Wowereit (SPD), la patineuse artistique Katarina Witt, l’ancienne ministre de la Culture Claudia Roth (Verts), le réalisateur Detlev Buck et le chanteur Max Raabe. De nombreux spectateurs s’étaient habillés sur le mode des années 1990, on a aussi vu des looks scintillants et glamour.

Voyage dans l’ère sauvage après la chute du mur

« Wir sind am Leben – Das Berlin Musical » est une traversée temporelle vers le Berlin alternatif des années 1990, après la chute du mur, avec tout ce que cette période avait de chaotique mais aussi d’excitant. Le spectacle parle des fêtes, de l’amour et de la douleur dans la scène homosexuelle et lesbienne, des chances de carrière d’une jeune chanteuse, du deuil et de la mort à l’époque du SIDA, de la recherche de soi et de l’humour de survie, de situations cocasses et bien sûr de musique interprétée par un groupe live sur l’estrade — allant du doux au rocky, du kitsch à l’électro.

Il s’agit du cinquième musical collaboratif des auteurs Plate et Sommer, après des succès tels que « Ku’damm 56 », « Romeo & Julia – Liebe ist alles » ou « Die Amme ». « Wir sind am Leben » représente aussi un souvenir personnel des temps passés, de la musique, des histoires et des émotions, expliquent les auteurs.

Une colocation chaotique et attachante

On suit l’histoire d’une sorte de colocation dans une maison abandonnée occupée à Berlin-Friedrichshain et, en même temps, la vie de la scène gay du nouveau Berlin. Un artiste qui se produit en imitate Marlene Dietrich est HIV‑positif; son ami vient de Cuba, était danseur en DDR et cherche un engagement. Un couple lesbien accueille un enfant et en vient à se brouiller; et la chanteuse Nina est soudainement visitée par son frère Mario, venu de la province est-allemande de Wittenberg. Mario traverse son coming‑out gay et doit faire face aux tentations de la grande ville.

Finalement, la mère du duo de frères et sœurs, une coiffeuse maîtresse fas é un bol blond avec une veste léopard, fait irruption dans la colocation et provoque encore plus de tumulte — et un enthousiasme débordant du public. Elle coiffait toute la célébrité de la DDR et cache un secret sombre.

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Les demoiselles sont fatiguées

L’humour de nombreuses répliques se distingue agréablement par son ironie par rapport à celui de certains vieux musicals. La politique y joue un rôle: dans une scène, on parle de « colonialisme » ou « d’idéalisme », et une chanson rock porte le titre « Les salopes sont fatiguées ». Les protagonistes portent aussi parfois des T‑shirts ou des pancartes contre l’extrême droite et les nazis. Une ésotériste joue avec ses « dons » pour provoquer les éclats de rire. Leurs échanges sur les relations se font au téléphone, personne ne consulte un téléphone portable dans les années 1990. Sexe, drogues, mauvais managers de musique et une intervention policière ne manquent pas. En revanche, il n’y a ni touristes ni plaintes concernant les loyers élevés et le manque de logements. « Wir sind am Leben » est aussi évoqué dix ans plus tard, à l’aube du tournant du siècle, lorsque tous les amis se retrouvent — lors d’un enterrement qui a aussi ses côtés joyeux.

Élise Fournier