Les scènes allemandes ont un nouveau musical : « La Cher Show – Le musical officiel par et sur Cher » vient de prendre ses quartiers à Berlin, au BlueMax Theater, pour guider le public à travers la vie et les succès de l’icône pop et le charmer. Le fait que le titre mise deux fois sur le nom Cher est tout sauf anodin. Car sur un point, la mise en scène du spectacle ne laisse planer aucun doute: personne n’est plus grand que Cher !
Cher trois fois cent
Vendredi soir à Berlin. Sur la place Marlene-Dietrich, les passants poursuivent leurs emplettes tandis que l’entrée de la première de Cher Show s’ouvre timidement. Les portes du théâtre restent fermées, le bar est ouvert. On voit les verres de prosecco s’enfuir et les bretzels, plutôt sèches, disparaître en un rien de temps, jusqu’à ce que les portes s’ouvrent enfin et que le public prenne place. L’ambiance est encore tendue et discrète. Pas de sacs dans la salle, les boissons ne peuvent pas être emportées. Tous les verres à consommer d’urgence, et la clameur monte au fur et à mesure que l’auditorium se remplit.
La scène, encore vide: Cher ! Rien que Cher. De droite à gauche, de haut en bas, sur les murs, sur le plateau et jusqu’au plafond, sans cesse résonne le nom de la star pour qui tout est ici dédié. On en devient presque vertigoureux. Mais avant que le regard et la conscience ne se perdent dans ce déluge de lettres Cher, l’annonce ramène tout à la réalité: éteignez vos téléphones. Profitez de l’instant, savourez le spectacle, et surtout ne filmez rien. Sauf lors du grand final, où il sera permis de prendre des photos, filmer et (attention) diffuser en direct ! D’ici là: Profitez et essayez de croire en Life after Love.
L’ombre disco vacillante de l’hymne de danse gigantesque de Cher plane sur toute la soirée dès le départ. Mais nous reviendrons sur ce point plus tard. Pour l’instant, place au rideau et à Cher ! Et Cher ! Et Cher ! La mise en scène transforme Cher en figure presque surnaturelle, impossible à appréhender par une seule interprète. Les trois visages affichés sur l’affiche n’étaient pas un leurre. Et Cher aime les marins. Ainsi, un groupe de danseurs élégants en combinaison de marin en cuir tourne autour d’elle. Mais qui a besoin des hommes ? Ce sont désormais les femmes qui prennent le devant de la scène. Et pouf ! Une troupe de danseuses dans les mêmes combinaisons cuir s’élance et éloigne les garçons de la scène. Un soir finalement plutôt tourné vers le féminisme.
Remonter le temps
Les premiers accords de « If I Could Turn Back Time » résonnent à fond dans les enceintes. Un souffle de soulagement traverse le public, qui répond presque aussitôt par une applaudissement généreux et parfaitement synchronisé. Puis, véritable retour en arrière: le temps est bel et bien remis en marche — même si l’expression « now the time back turned » peut paraître un peu cringe — et on se retrouve plongé dans l’enfance de Cher.
La soirée traverse chronologiquement la vie de la chanteuse, éternellement jeune. Trois interprètes représentent trois chapitres de sa vie. Pamina Lenn incarne « Babe » et la Cher des années 1950 et 1960. Hannah Lese devient « Lady » et incarne Cher dans les années 1970. Sophie Berne est « Star », la Cher des années 1980 et 1990. De la mère Jackie, qui souffle à sa jeune Cher qu’elle n’est pas une marginale mais quelque chose de tout à fait spécial, à la relation déterminante avec Sonny Bono, puis les hauts et les bas de sa carrière dans la musique, le show, la télévision, le cinéma et le théâtre, jusqu’au vieillissement qui trotte subtilement. Le seul vrai bémol, c’est que l’une des trois interprètes clés glisse parfois dans une caricature pas très finaude de Cher: une voix quelque peu dégagée du voile, écrasée dans le pharynx, souvenir des imitateurs malhabiles que l’on voit parfois. Heureusement, ce n’est pas systématique. Et heureusement, les deux autres sont excellentes.

Le spectacle navigue agréablement à travers la très longue carrière de l’artiste — Cher a commencé sa carrière en 1962, il y a plus de 60 ans ! Prenez une pause avec Sonny et Cher, qui, avant leur grande percée avec « I Got You Babe », ne roulent pas sur l’or; jetez aussi un œil à Cher et Rob, le petit ami qui, en tant que boulanger peu médiatisé, n’arrive pas à gérer les paparazzi. Entre les deux, on retrouve inévitablement tous les tubes, comme on pouvait s’y attendre. Certains chantés presque tels quels, d’autres interprétés avec de superbes ré-visions. « Bang Bang (My Baby Shot Me Down) » apparaît sous forme d’une opéra-rock furieuse et enragée. La troupe live offre une excellente sonorité ! Un court teaser sur « Believe », présenté ici comme un trio de Cher qui hésite à vouloir cet homme ou un autre.
Huch, une pause
Et voilà qu’une pause un peu artificielle s’invite en plein morceau. On sort vite; le bar est encore ouvert. Une coupe d’apéritif, pourquoi pas. Mais l’empressement est nécessaire, car la cloche signale la pause, comme à l’école. Les verres sont remis très rapidement sur les étagères. Le coup de boost semble fonctionner: les blagues, qui avaient surtout déclenché les rires lors de la première moitié — les dialogues comiques entre Cher et Sonny et leur duo — provoquent maintenant des éclats de rire plus forts dans le public.
Un des temps forts du soir réside dans les costumes. Cher interprète des tenues éblouissantes: un smoking orné de strass arc-en-ciel, une robe-jean cowgirl avec des franges jusqu’au sol, des vestes en cuir, des porte-jarretelles, des bottes, des paillettes, des plumes, des strass et des clous. Tout est là, et les changements rapides de costume défilent sur scène. En revanche, les danseuses de l’arrière-plan, habillées en cuir uniformément, paraissent presque interchangeables, même si elles passent par une ronde de couvre-chefs allant de la casquette de marin à le chapeau de cow-boy et jusqu’au bonnet en cuir. Elles jouent toutefois, il semble, pour leur vie. Lorsque le tournage d’un clip pour « We All Sleep Alone » est reconstitué sur scène, l’un d’entre eux, en arrière-plan, se livre à une gestuelle des plus exubérantes avec son éventail, comme si le succès vivant dépendait de ces petites turbulences aériennes. Purement délicieux !
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Trop, ce soir-là : merde. Pas le show, bien sûr. Le spectacle reste de très bon ton. Dans les habitudes, tout le monde garde ses vêtements au lit. Le musical, né à Broadway et adapté en allemand, reste résolument américain dans son registre linguistique: « Fuck » comme juron, c’est un sujet ennuyeux et prude-américain qui ne fait qu’inspirer de l’ennui chez les publics européens. Également peu convaincant: un duo entre les amants de Cher. Cher: « S’il y a quelque chose dont j’en ai assez, ce sont les mecs qui pensent avoir le droit de décider qui obtient la femme. » Et elle quitte la scène pendant que les hommes chantent. Malheureusement, elle n’a pas tort. Le duo et ces hommes auraient sans doute mieux valu ne pas figurer. Le petit coup de pouce féministe aurait été plus convaincant. Cher refuse simplement ce duo. Bah, on ne peut pas tout avoir.
Et puis: Megamix
À la fin, « La Cher Show – Le musical officiel par et sur Cher » est une avalanche de Cher, mais aussi un solide service pour les fans. En fin de parcours, Cher s’interroge sur la manière de refaire surface dans les années 1990 et sur la façon dont elle peut rester non seulement l’ancienne diva, mais aussi une légende vivante. Surréchelle d’un moment: Mama Jackie remonte sur scène, presse une petite télécommande dans la main de sa fille et lance, en plaisantant: « Tiens, essaie ceci, on appelle ça Auto-Tune. Mais moi, j’appelle ça: maman va s’offrir une nouvelle maison à Malibu. » Le public jubile. Cher accorde deux notes à « Believe », et l’ovation éclate. Puis démarre le megamix final, avec encore davantage de glitter et de plumes. Le public se relève, applaudit, chante et acclame. Le dernier son se tait, la salle est debout et applaudit.
Représentations de « La Cher Show – Le musical officiel par et sur Cher » encore programmées jusqu’au 26 avril 2026 au BlueMax Theater de Berlin.
