Des représentants de médecins spécialistes du VIH ont réagi dans un communiqué de presse avec horreur et incompréhension face aux projets du gouvernement fédéral pour une réforme du système de santé. Quelques semaines seulement après la présentation d’un rapport de la Commission des finances pour la santé, le ministère fédéral de la Santé avait, la semaine dernière, soumis comme étape un avant-projet de loi intitulé « Loi sur la stabilisation des taux de cotisation dans l’assurance maladie obligatoire ».
Cet avant-projet serait une « plafonnement radical et dangereux des prestations indispensables au nom d’une prétendue stabilité des cotisations », ont dénoncé l’Association allemande des médecins et médecins libéraux ambulatoires spécialisés en infections et VIH (dagnä), la Société allemande d’infectiologie (DGI) et la Société allemande du sida (DAIG). Déjà dans quelques années, une telle mesure pourrait provoquer l’effondrement de l’offre ambulatoire de soins VIH en Allemagne.
« Une loi qui limite de facto le volume des prestations disponibles même dans le domaine du VIH ignore la réalité épidémiologique », a déclaré Michael Sabranski, membre du conseil d’administration de dagnä. Depuis 2014, le nombre de cas pris en charge par la prise en charge spécialisée du VIH a augmenté d’environ 40 %, et devrait continuer à croître fortement.
Cette hausse est due, outre les nouvelles infections annuelles, surtout au succès médical de la thérapie VIH spécialisée. Celle-ci permet désormais aux personnes vivant avec le VIH d’atteindre un âge similaire à celui de la population générale. Mais avec le vieillissement, elles présentent aussi davantage de comorbidités, ce qui signifie que les besoins d’accompagnement médical et psychosocial complexe dans les centres VIH de référence vont continuer d’augmenter fortement.
Des réductions de prestations en perspective
« Si le nombre de cas augmente et que le budget est plafonné, des réductions massives de prestations par patient deviennent une conséquence pratique », a commenté Sabranski. « La qualité des soins s’en trouvera immédiatement dégradée — dans le pire des cas, il est envisageable que les cabinets spécialisés refusent d’accueillir de nouveaux patients VIH parce que les capacités nécessaires à leur prise en charge ne seront plus financées. Cela n’est rien d’autre qu’une attaque contre la sécurité des patients », a-t-il ajouté.
La prise en charge intensive des patients par un réseau national de cabinets VIH spécialisés est reconnue internationalement comme un modèle de réussite et comme une colonne vertébrale de la qualité des soins en Allemagne, mais la loi envisagée prive la prise en charge complexe de sa base financière. « Si les prestations hors budget sont réduites ou plafonnées, on s’expose à des coupes dans les structures existantes et à la disparition de nouveaux modèles de prise en charge nécessaires », résument les médecins. « Les succès de prévention des dernières années grâce à la prophylaxie pré-exposition au VIH (PrEP), également une prestation hors budget, seraient mis en danger; on accepterait une éventuelle reprise des infections. »
« Des plafonds budgétaires arbitraires » et une éventuelle pénurie de personnel
Selon dagnä, DGI et DAIG, une contradiction en matière de politique sanitaire devient apparente : « Alors que l’Allemagne poursuit officiellement l’objectif d’éradiquer le sida d’ici 2030, la prise en charge ambulatoire est fragilisée, alors même qu’elle demeure le pilier le plus important. Il est clair : seule une prise en charge stable, sur l’ensemble du territoire et de haute qualité peut garantir la sécurité des patients et empêcher que le nombre de nouvelles infections reparte à la hausse », peut-on lire dans le communiqué des associations.
Les réductions pourraient également avoir des effets indirects : « Quelle jeune médecin ou quel jeune médecin choisira-t-il encore le VIH comme spécialité dans ces conditions ? », s’interrogeait Markus Bickel, membre du conseil d’administration de dagnä. Si « la planification économique est remplacée par des plafonds budgétaires arbitraires », tout esprit d’initiative pour la relève se trouvera annihilé. « Nous avançons droit vers une pénurie de personnel, et au bout du compte ce sont les patientes et patients qui en pâtiront », avertissent les associations.
Les associations exhorte donc les responsables politiques à sécuriser durablement la prise en charge spécialisée des infections VIH en tant que prestation individuelle hors budget et à l’exclure du cadre de rémunération globale prévu par le paragraphe 87d, alinéa 1, du projet de loi. Il faut garantir « que l’innovation médicale et le vieillissement démographique soient pris en compte dans la structuration des prestations ».