Le sentiment de « ne pas être normal » accompagne sans doute de nombreuses personnes queer. Souvent il persiste jusqu’à ce qu’elles vivent leur coming-out intérieur et, tôt ou tard, franchissent le pas pour se montrer au grand jour. Avec leur orientation sexuelle ou leur identité de genre, de nombreuses peurs s’attachent. Il s’agit de la crainte du rejet, de la perte de relations et d’une vie qui, tout d’un coup, se sent différemment de ce qu’on l’avait imaginé.
Autrefois, beaucoup se sentaient seuls face à ces sentiments. Il manquait des personnes vers qui se tourner, qui donnent du courage ou montrent qu’une vie autonome et heureuse est possible. Aujourd’hui, heureusement, les choses ont changé. La visibilité s’est accrue et il existe des personnalités qui servent de repères, rassurent et dissipent les peurs. Parmi elles se trouve aussi Aljosha Muttardi, qui montre à de nombreuses personnes que l’ouverture et l’acceptation de soi ne sont pas seulement possibles, mais aussi libératrices.
Un activiste sans leçon morale ni moralisme
Aljosha Muttardi travaille comme anesthésiste dans un hôpital et est aussi un créateur de contenus à succès. Il s’est fait connaître d’un large public en tant que membre des « Fab Five » dans la série Netflix « Queer Eye Germany », qui a reçu en 2023 le Grimme Spezialpreis. Dans la sphère publique, il milite pour la justice sociale et parle de sujets tels que le véganisme, le racisme, l’égalité et la santé mentale. Il cherche à apporter plus d’honnêteté et de transparence dans le monde souvent lisse des réseaux sociaux. Ses contenus sont auto-dérisoires, pleins d’humour et dépourvus de leçon morale, ce qui le rend particulièrement accessible pour nombre de personnes.
Après avoir jusqu’à présent surtout abordé, via ses canaux de réseaux sociaux, les thèmes queer, la santé mentale et la responsabilité sociétale, il opte désormais pour une forme nettement plus large et en même temps plus personnelle. Dans son livre « Gut wird’s hier nicht mehr, aber besser » il ouvre l’espace pour tout ce qui n’avait pas sa place dans de courtes vidéos et publications. Sur plus de 240 pages, il partage les expériences qui l’ont façonné et raconte des moments qu’il n’avait jusqu’ici que laissés entrevoir.
Des vérités sans fard avec un fort potentiel d’identification
Ceux qui commencent le livre remarquent rapidement qu’Aljosha n’essaie pas de se présenter sous un jour particulièrement flatteur. Au contraire, il privilégie une vision ouverte et honnête de lui-même. Il décrit des réflexions de son passé dont il a aujourd’hui honte parfois, et parle des décisions de ses parents, qui étaient sans doute bien intentionnées mais qui n’ont pas toujours été bénéfiques pour lui. À la lecture, on a l’impression que rien n’est édulcoré. Les récits apparaissent sans détour et immédiats, comme s’il n’y avait pas de sujets tabous pour lui.
Au contraire: il aborde une impressionnante palette de thèmes. Il s’agit notamment des doutes personnels, du TDAH, de l’amour, des influences familiales et bien sûr de nombreux aspects de la vie queer. Cette ouverture rend le livre non seulement personnel, mais aussi pour de nombreux lecteurs et lectrices compréhensible et touchant. Ce qui est particulièrement beau, c’est qu’on n’a même pas besoin de l’avoir suivi au préalable. Même sans connaissances préalables, on trouve rapidement un accès à son histoire et on peut s’identifier à bon nombre de ses expériences et sentiments.
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Des thèmes en partie lourds, mais avec un regard optimiste tourné vers l’avenir
Bien que bon nombre de ces sujets puissent être pesants, Aljosha parvient à les raconter avec une approche agréable. Il reste honnête, sans surcharger, et réussit à insuffler une certaine légèreté même dans les moments difficiles. Cela transmet surtout, vers la fin du livre, une dose d’optimisme fort, fidèle au sens du titre « Gut wird’s hier nicht mehr, aber besser ».
Avec le livre, on ne fait pas seulement mieux connaissance avec Aljosha en tant que personne, mais on obtient aussi de profonds aperçus sur de nombreux thèmes qui dépassent sa biographie. Particulièrement captivantes sont ses descriptions de la série Netflix « Queer Eye Germany », sur laquelle il écrit en détail. Les lectrices et lecteurs découvrent pourquoi tout n’a pas été tel que montré à la télévision, et obtiennent ainsi une impression réaliste de la manière dont le milieu du showbusiness fonctionne réellement.
Un livre qui pousse à s’interroger soi‑même
De la même manière, il ouvre les portes vers bien d’autres domaines où l’on avait peut-être jusqu’ici peu d’aperçus. Surtout, en lisant, on apprend aussi à se connaître soi‑même, un peu différemment. Le livre invite à réfléchir sur ses propres expériences, ses schémas et ses attitudes et à les remettre en question.
La recommandation est donc évidente: à lire absolument — non seulement pour faire connaissance avec Aljosha, mais aussi pour mieux se comprendre soi‑même.
Aljosha Muttardi: Gut wird’s hier nicht mehr, aber besser. Un essai pour s’en sortir dans ce monde. 272 pages. Éditeur Droemer HC. Munich 2026. Livre relié: 22 € (ISBN: 978-3-426-56864-4). E-Book: 18,99 €
