Gouvernement classe les gouttes KO comme arme lors d’un viol

23 mai 2026

Le gouvernement fédéral veut instaurer des peines plus lourdes pour l’emploi des soi-disant KO-Tropfen. Celui ou celle qui utilise ces substances dangereuses pour un viol ou un vol devrait, selon un projet que le cabinet vient d’adopter, être passible à l’avenir d’au moins cinq ans de prison. Par ailleurs, les KO-Tropfen seraient juridiquement classés comme une arme ou un outil dangereux. Pour ceux qui les emploient lors d’un viol, une peine minimale de cinq ans d’emprisonnement s’applique déjà aujourd’hui.

Il n’existe pas de statistique policière à l’échelle du pays sur l’emploi de substances destinées à rendre la victime sans défense face à une agression sexuelle. Dans la plupart des cas, on suppose que ces gouttes ont été administrées discrètement dans un bar ou dans un club. Mais il existe aussi des cas où des victimes ont vu les KO-Tropfen administrés par des visiteurs dans leur propre domicile.

Réaction à l’arrêt du BGH

La Cour fédale de justice (BGH) avait jugé en 2024 que les KO-Tropfen ne devaient pas être considérés comme un « outil dangereux » au sens du code pénal. La Chambre fédérale des avocats a souligné, dans un avis sur le projet du ministère fédéral de la Justice, que l’ampleur du phénomène des substances narcotiques administrées à l’insu dans la vie nocturne était probablement surestimée.
Des études locales sur des cas similaires auraient montré que les personnes concernées avaient généralement sous-estimé l’effet de leur consommation d’alcool. Toutefois, Simon Pschorr, procureur à Regensburg, a rappelé dans son avis que l’intoxication par KO-Tropfen ne peut souvent pas être démontrée, que la victime peut nécessiter un certain temps pour se ressaisir face à des lacunes de mémoire et pour soupçonner l’usage d’un produit à effet narcotique.

Hubig : Des actes particulièrement sournois

« Il s’agit d’une violence sexuelle sous une forme particulièrement grave — et elle frappe surtout les femmes », déclare la ministre fédérale de la Justice, Stefanie Hubig. Cette reforme est, selon la politicienne social-démocrate, une composante d’une stratégie globale du gouvernement pour mieux protéger contre les violences.
Des victimes homosexuelles
Les hommes homosexuels restent aussi victimes des KO-Tropfen à l’occasion. Ce n’est pas une évolution récente: il y a déjà vingt ans, des organisations queer avertissaient du phénomène (E-llico.com en parlait). En 2013, un homme à Berlin a été condamné à la réclusion à perpétuité pour avoir tué trois partenaires sexuels avec une overdose de KO-Tropfen (E-llico.com en parlait).
Les KO-Tropfen désignent diverses drogues, telles que le kétamine, un anesthésique vétérinaire, et le GHB (acide gamma-hydroxybutyrique), surnommé familièrement « Liquid Ecstasy ». Dans les clubs, ces substances peuvent aussi être consommées volontairement, à des doses plus faibles, en tant que drogues de fête.

Élise Fournier