Homophobie et autres discriminations : révéler le chiffre noir des violences non signalées

7 juin 2026

Le point de signalement des incidents hostiles envers les personnes en Sarre est passé en mode opérationnel régulier après une phase pilote d’environ six mois. Le bilan jusqu’à présent est positif : au lieu d’une plateforme destinée à dénoncer publiquement les faits, il s’est constitué une porte d’entrée pour les personnes concernées et les témoins, ont indiqué les responsables.

Depuis le démarrage le 15 janvier, 27 incidents ont été signalés selon les opérateurs. Désormais, l’offre doit être mieux connue et davantage développée. La phase de test a surtout servi à vérifier les procédures techniques et à faire évoluer le site.

« L’idée fondamentale est d’apporter une orientation aux personnes », a déclaré Isabelle Piwonka, juriste et responsable du projet au sein du centre de conseil Bounce Back à Sarrebruck, à l’agence de presse allemande. Le point de signalement est né directement des expériences du travail d’accompagnement.

Tags, insultes et discours de haine signalés

À plusieurs reprises, des personnes ont signalé des incidents racistes, antisémites ou d’autres actes hostiles envers les individus, sans savoir à qui s’adresser ni quelles aides étaient disponibles.

La plateforme doit recenser des faits tels que le racisme, l’antisémitisme, l’hostilité envers les personnes queer ou le racisme anti-musulman, et, si la personne le souhaite, la diriger vers des offres de conseil adaptées. Selon les responsables, l’objectif n’est pas de traquer les éventuels auteurs, mais de soutenir les personnes touchées.

Au point de signalement, non seulement les personnes directement concernées peuvent signaler des incidents. Des témoins ou des personnes qui découvrent, par exemple, des graffitis hostiles envers les personnes queer, des autocollants racistes ou de la propagande d’extrême droite, peuvent aussi transmettre des informations. Selon les opérateurs, cette possibilité est déjà utilisée.

Parmi les incidents signalés figuraient des graffitis antisémites et racistes, de la propagande d’extrême droite, des discours de haine en ligne, des insultes transphobes ainsi que des agressions physiques. À titre d’exemple, Piwonka évoquait un incident au cours duquel une personne trans était injuriée lors d’une balade à vélo.

Le Dunkelfeld visible

Les signalements sont examinés, classés et enregistrés statistiques par le centre Bounce Back de Sarrebruck. L’un des objectifs de la plateforme est de rendre visible ce que l’on appelle le « Dunkelfeld ». Beaucoup d’incidents ne sont jamais portés à la connaissance de la police et n’apparaissent donc dans aucune statistique criminelle. La plateforme doit apporter des éclairages complémentaires.

Les personnes concernées peuvent également bénéficier d’un accompagnement via le portail. Pour cela, 62 centres de conseil sont à disposition en Sarre. En fonction de la nature de la demande, un orientation vers des prestations spécialisées peut être effectuée.

Selon le ministère des Affaires sociales, aucune donnée personnelle n’est publiée. Le point de signalement n’est ni une base de données publique ni un outil de sanctions des personnes. Les informations concernant les auteurs présumés sont en principe supprimées ou masquées.

Le point de signalement est accessible à meldestelle.saarland.de. Le projet est financé par le programme fédéral « Demokratie leben! » et est rattaché au centre Bounce Back. Le financement est garanti pour les années à venir.

Élise Fournier