Égypte contre Iran : le « Pride Match » réellement impossible

28 juin 2026

Dans le calendrier officiel de la FIFA, le match de la Coupe du monde entre l’Égypte et l’Iran est simplement répertorié sous le nom « Match 63 ». La 63e rencontre était, lors des Coupes du monde de 1998 à 2022, le match pour la troisième place et, après l’élargissement du tournoi de 32 à 48 nations, il figure désormais parmi les 72 matchs de la phase de poules.

Mais « Match 63 » revêt une signification particulière. Dans la ville hôte, Seattle, le Pride est organisé ce week-end, avec notamment un défilé dans le centre-ville et de nombreux concerts. En tant que rencontre du Mondial diffusée dans la nuit européenne du samedi (5 h 00, MESZ), Égypte contre Iran a été choisie — deux pays dont les valeurs semblent très éloignées de celles du Pride, même à première vue.

La ville, démocratique, avait d’ores et déjà proclamé ce match comme un « Pride Match » (E-llico.com en avait parlé). Pourquoi précisément ce match et non la rencontre parallèle Nouvelle-Zélande-Belgique à Vancouver a été confiée à Seattle, la FIFA n’a pas donné d’explication. Les fédérations iranienne et égyptienne ont réagi avec une vive critique. Autour du match, les enjeux semblent littéralement se heurter à des niveaux qui dépassent le cadre footballistique.

Des drapeaux arc-en-ciel avant et dans le stade attendus

« Nous n’avons aucune influence sur ce qui se passe sur le terrain ou dans le stade — cela relève de la FIFA. En revanche, ce que nous pouvons influencer, c’est la manière dont Seattle accueille le monde lors du week-end du Pride », a déclaré Hana Tadesse, des organisateurs de la Coupe du Monde, à l’agence de presse allemande.
Pour les spectateurs, cela ne change pas grand-chose — à part des images d’ambiance que les diffuseurs pourraient montrer depuis la ville ou le stade. Seattle peut colorer la ville aux couleurs de l’arc-en-ciel pour l’occasion, mais sur le terrain même, la FIFA ne participe pas au week-end d’actions. « Nous attendons de nombreuses fanions arc-en-ciel dans le stade ainsi que des maillots ornés de drapeaux arc-en-ciel », a déclaré une organisatrice à Outsports.

Les deux nations avaient, avant le tournoi, tenté en vain de faire annuler par la FIFA l’idée de célébrer le match comme un Pride Match. « Nous voulons absolument empêcher cela et nous le ferons », avait déclaré Mehdi Taj, président de la fédération iranienne, peu après le tirage. S’était-il envisagé d’échanger ce match avec la rencontre à Vancouver, reste incertain. La FIFA n’avait pas commenté ces questions au cours des mois passés.

Des controverses autour du sujet avaient aussi éclaté lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar. Là-bas, plusieurs équipes européennes avaient envisagé d’arborer le brassard « One Love » pour afficher leur soutien à la communauté LGBTQI+. Sous pression, la FIFA a interdit cela en s’appuyant sur le règlement qui interdit tout message politique, religieux ou personnel sur les tenues de jeu; l’équipe allemande et l’ex-ministre de l’Intérieur, Nancy Faeser, ont néanmoins manifesté leur protestation sur place. Au début du tournoi, des agents avaient d’ailleurs refusé l’entrée à des supporters portant des symboles arc-en-ciel dans les stades. À Seattle, les drapeaux arc-en-ciel dans les tribunes sont autorisés.

Le sujet continuera à nourrir les débats: la Coupe du monde 2030 se tiendra, aux côtés du Portugal et de l’Espagne, aussi au Maroc, et même le DFB a soutenu l’attribution de la Coupe du monde 2034 à l’Arabie saoudite, où les personnes queer sont menacées de peine de mort.

Quelle est la situation en Iran et en Égypte ?

En Iran, la communauté LGBTQI+ vit sous l’une des répressions les plus sévères au monde. L’homosexualité est qualifiée par le système théocratique de « corruption morale » et donc de « péché grave ». Selon les lois islamiques, certains actes homosexuels peuvent être passibles de la peine de mort. La transidentité est officiellement reconnue par l’État, mais les personnes trans subissent également d’importantes discriminations juridiques et sociales.

Depuis la Révolution islamique de 1979 jusqu’aux années 1990, des milliers de personnes auraient été exécutées en raison de leur orientation sexuelle. Même après, des peines de mort ont été prononcées et exécutées à plusieurs reprises. Il est toutefois difficile d’estimer précisément ces exécutions, les tribunaux iraniens mêlant souvent des affirmations de rapports sexuels hors mariage ou homosexuels à des violences sexuelles dans leurs jugements. De plus, les informations indépendantes restent difficiles d’accès.

En Égypte, l’homosexualité n’est officiellement pas réprimée par une incrimination, mais sous des lois relatives à la prostitution et à « l’excès », les membres de la communauté LGBTQ+ sont néanmoins traqués et arrêtés. Selon des défenseur.sice.s des droits humains, ils subissent aussi un harcèlement accru sur Internet, sont piégés par des enquêteurs et ensuite détenus. Des rapports font état de maltraitances et de violences en détention. La plupart des personnes queer choisissent donc de ne pas afficher ouvertement leur sexualité ou leur identité en Égypte.

Quel est le cadre politique entre ces deux pays ?

Après la Révolution islamique de 1979, les relations bilatérales ont été rompues et pendant plus de deux décennies, une véritable glace diplomatique régnait entre Téhéran et Le Caire. Cela tenait notamment au traité de paix entre l’Égypte et Israël, dans le cadre des accords de Camp David, que le nouveau régime iranien considérait comme une trahison envers la cause palestinienne et le monde islamique. Par ailleurs, l’assassinat du président égyptien Anouar el-Sadate par des islamistes, que l’Égypte aurait rapproché de cercles iraniens, a alimenté les tensions. Au cours des deux dernières décennies, les deux pays se sont néanmoins rapprochés progressivement et envisageraient désormais la réintégration de relations diplomatiques complètes, y compris un échange d’ambassadeurs.

Des tensions liées à la Coupe du Monde ont aussi été alimentées par la guerre entre les États-Unis et l’Iran. Le pays hôte a imposé des règles d’entrée strictes pour les visas et a interdit l’entrée à certaines sections de l’équipe. De plus, l’Iran a demandé à la FIFA d’agir contre les drapeaux iraniens datant de l’époque pré-révolution et contre d’éventuelles protestations contre le régime dans les stades.

Quelle est la situation aux États‑Unis ?

La situation des personnes queer aux États‑Unis est devenue un sujet de vifs débats politiques depuis l’entrée en fonction du président Donald Trump début 2025. Le gouvernement a adopté une série de mesures contre ce qu’il présente comme l’« idéologie du genre », touchant tout particulièrement les personnes trans. Cela comprend des exigences selon lesquelles le gouvernement fédéral ne reconnaîtra plus que deux genres, principalement selon l’inscription à la naissance, ainsi que des restrictions concernant les traitements de transition pour les mineurs et des licenciements ou exclusions pour les personnes trans dans des domaines comme l’armée et le sport.

Facebook / DFB.Verband | Aussi le DFB hisse lors de la Pride-Saison 2026 le drapeau arc-en-ciel — à domicile
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Quelles sont les enjeux sportifs à présent ?
Pour les deux pays, la qualification dans le groupe G reste en jeu. L’Égypte, avec quatre points en tête du classement, a la meilleure position et n’aurait besoin que d’un nul pour atteindre les seizièmes de finale. Pour l’Iran, après deux matchs nuls, la situation est plus compliquée. La qualification pourrait dépendre, selon les cas, du résultat du match parallèle.

Élise Fournier