Avec « Spiel das Spiel » (lien d’affiliation Amazon), le deuxième roman de Fatima Daas est paru au printemps et passe encore largement inaperçu. Avec son célèbre premier roman « Die jüngste Tochter » (La Plus Jeune Fille) sorti en 2020, le nom de Daas est devenu sur la scène queer contemporaine et internationale un véritable repère. Cinquante ans après, l’adaptation cinématographique du roman a connu sa première mondiale au Festival de Cannes et a valu à la fois la Queer Palm et à l’actrice principale Nadia Melliti le prix de la meilleure interprétation.
Dans « Spiel das Spiel », Daas poursuit son écriture autofictionnelle, mais cette fois elle nous emmène du côté d’un jeune âge. Au centre du récit se trouve Kayden, âgée de 17 ans. Le nom et l’âge ont changé, mais les Air Max et la mise en scène d’un ascenseur social par l’éducation d’un personnage algéro-français restent des points fixes, immédiatement identifiables.
« Spiel das Spiel » veut raconter la vie de Kayden en banlieue parisienne : Elle vit avec sa mère célibataire dans un appartement de deux pièces. Sa mère dort, pour rester près de ses enfants, dans la cuisine-salle à manger ouverte. Aux côtés de ses ami·e·s, Kayden passe ses temps libres — elle fume des cigarettes pendant les pauses, dérobe des bonbons durant les vacances d’été et échange sur son dernier crush. Sauf Kayden, qui est amoureuse de sa professeure, Madame Fontaine.
La dévotion de Kayden pour l’écriture a impressionné cette dernière, qui cherche alors à la motiver à postuler à Sciences Po, l’école d’élite parisienne pour les sciences politiques. Cette impulsion ouvre une trame où pouvoir et romance se mêlent, un motif aussi ancien que la littérature elle-même et qui n’est pas étranger au canon queer de l’histoire culturelle.
Un motif connu raconté avec retenue
Au cinéma, ce motif avait déjà été exploré dans les années 2000, avec « Cracks » — un drame d’internat qui place l’admiration des élèves pour leur enseignante charismatique au cœur du récit. Le drame « Loving Annabelle », qui reçut une récompense lors du Outfest en 2007, met en scène une relation sapphique entre une élève et sa professeure. Le premier film, « Mädchen in Uniform » (…), qui apportait sur grand écran le désir lesbien à travers le regard d’une élève et de sa professeure, est un classique du cinéma dont une nouvelle adaptation est annoncée pour 2026.
Une étiquette de « sous-entendus homosexuels », comme cela pourrait sembler pertinent pour certains exemples, serait trop réductrice ici. Le contraste est trop fort entre l’expérience émotionnelle tracée par Kayden et ce qui se passe réellement dans les rencontres entre l’élève et l’enseignante. En suggérant le désir plutôt qu’en l’explorant à fond, le roman affirme toutefois son indépendance. Il se distingue par l’association de l’amour et d’une quête identitaire non binaire. La dynamique élève–professeur se voit ainsi conférer une dimension politique du genre supplémentaire.
Non-binarité comme affinité affective
La question centrale n’est pas tant qui Kayden désire, mais plutôt par quel point de vue et selon quelle manière ce désir est raconté. C’est précisément le déséquilibre entre l’expérience émotionnelle de Kayden, son mutisme face au monde et ce que le lecteur peut percevoir à travers son écriture qui rend le personnage particulièrement accessible. Daas esquisse avec force comment Kayden s’imagine tantôt comme garçon, tantôt comme vivant « dans un entre-deux » (p. 137), comment elle se met en colère d’être appelée « Mademoiselle » (p. 178), tout en apparaissant comme la protagoniste sous le pronom « elle ». Cela dessine une image de non-binarité qui ne dépend pas d’un étiquette, mais qui situe l’expérience de genre dans une accompagnement affectif.
Dans « Spiel das Spiel », la dynamique élève–professeur devient ainsi le miroir de l’auto-positionnement de Kayden: elle parle d’une quête d’elle-même qui ne souhaite pas se départir totalement du désir et qui, dans son cas, finit par s’exprimer par l’auto-définition comme lesbienne. Pour certains lecteurs, ce retour vers le désir peut sembler à la fois prévisible et abrupt, et peut ne pas être suffisamment étoffé, tandis que pour d’autres il paraît tout à fait logique et justifié.
Fatima Daas: Spiel das Spiel. Roman. Traduit du français par Sina de Malafosse. 192 pages. Claassen Verlag. Berlin 2026. Hardcover avec jaquette: 23 € (ISBN 978-3-54610-160-8). E-Book: 18,99 €
