Pour la plupart des gens, les démons sont des créatures de fiction qui n’existent que dans les films d’horreur. En revanche, dans certaines communautés chrétiennes, des exorcismes réels ont lieu de temps à autre pour “libérer” des personnes prétendument possédées — parfois sur demande des personnes elles-mêmes qui croient être possédées. Même des parents extrêmement religieux d’adolescents queer ont parfois l’idée d’emmener leur enfant chez un exorciste, surtout lorsque la thérapie de conversion — eh oui, ça n’a pas fonctionné — n’a pas porté ses fruits. Le nouveau film d’horreur australien “Leviticus” — film d’ouverture du Fantasy Filmfest à l’échelle nationale en septembre — joue avec ces thèmes et les inverse, presque: derrière l’homosexualité des adolescents il n’y a pas de démon à chasser — au contraire, un rituel religieux pratiqué à cause de leur gayté ouvre la porte à un démon particulièrement perfide qui s’en prend désormais aux garçons.
Une trahison tragique
Naim (Joe Bird) et Ryan (Stacy Clausen) vivent à la campagne, au sein d’une petite communauté où la religion occupe une place importante. Ils assistent tous deux avec régularité au service religieux du pasteur local (Ewen Leslie). Ce que personne n’imagine toutefois, c’est que les garçons se sont récemment échangé un baiser lors d’un moment de frivolité dans une usine abandonnée, et que Naim est au moins amoureux. Du moins jusqu’à ce qu’il surprenne secrètement Ryan faisant la même chose avec Hunter (Jeremy Blewitt), le fils du pasteur.
Blessé et jaloux, il dénonce les deux hommes au pasteur, qui propose alors une sorte de guérisseur de délivrance. Celui-ci soumet Ryan et Hunter à un rituel religieux lors du prochain service, un rituel qui les voit finir convulsant sur le sol, sous le regard ébahi de Naim, rongé par la culpabilité.
D’abord le baiser, puis la tentative de meurtre
Mais ce n’est que le début. Dans les jours qui suivent, Naim observe plusieurs faits inquiétants. Il voit d’abord Ryan, puis Hunter en interaction évidente avec une présence invisible — d’abord consensuelle, puis agressive. Alors que Ryan survit blessé, Hunter est entraîné dans l’obscurité sous les yeux de Naim et retrouvé mort peu après. Par ailleurs, Ryan commence à avoir peur de lui. Et comme Naim cherche obstinément sa compagnie, sa mère (Mia Wasikowska) sospeque que son fils pourrait être gay et l’emmène elle aussi chez le guérisseur de délivrance. Malgré une résistance considérable, il doit subir le rituel.
Lorsque, peu après, à l’occasion des obsèques de Hunter, Naim croise Ryan dehors devant la maison, ce dernier apparaît soudainement accessible. Ils s’embrassent, mais alors, sans avertissement, Ryan l’attaque. Naim parvient difficilement à s’enfuir vers les autres invités. Cependant, l’un des premiers à l’accueillir là-bas est Ryan. Ce dernier lui confie alors qu’il a subi une attaque similaire de la part de quelqu’un qui ressemblait et se comportait comme Naim.
Éloigner les distances par peur ?
Leur enquête pousse plus loin: le rituel religieux aurait ouvert la porte à un démon qui prendrait à chaque fois la forme de la personne que l’un des deux chérit le plus au moment présent. Ce démon n’apparaît toutefois que lorsque les deux sont seuls, ce qui, dans leur région peu peuplée, est difficile à éviter. Pour Naim et Ryan, cela confirme leur amour mutuel — car sinon le démon n’emprunterait pas la forme de l’autre chez chacun d’eux.
Par ailleurs, ils prennent conscience du danger qui les guette. En gros, il n’y a que deux solutions possibles: soit rester constamment ensemble, soit se séparer complètement sur place — si l’autre réapparaît, ce ne peut être que le démon. « C’est exactement ce qu’ils voulaient », déclare Ryan, « que nous ayons peur les uns des autres ». La question est désormais de savoir ce qui l’emportera le plus: la peur, l’amour ou le démon?
Le titre du film fait référence au Lévitique dans l’Ancien Testament, qui joue un rôle central dans les débats autour de l’attitude des chrétiens envers l’homosexualité. On y affirme qu’un homme ne doit pas coucher avec un homme comme avec une femme. Cet adage guide à peu près tout l’entourage de Ryan et Naim — en particulier leur mère, qui semble parfaitement consciente du danger qu’elle fait courir à son fils en le conduisant chez le guérisseur de délivrance.
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La cruauté des parents particulièrement croyants
Leviticus fonctionne parfaitement comme film d’horreur et se cale largement sur les conventions du genre. Le fait qu’il aborde aussi les difficultés rencontrées par les ados queer élevés dans des familles religieuses le rend d’autant plus pertinent pour un public queer. Il permet également au réalisateur et scénariste homosexuel Adrian Chiarella de mettre à nu la féroce dureté à laquelle ces adolescents queer sont confrontés dans la réalité: au lieu de valeurs chrétiennes telles que la charité et la compassion, ils ne rencontrent dans ces familles ultra croyantes que le froid du rejet ou de la haine — et au final ces parents ne sont pas bien différents du démon fictif du film.
Chiarella a expliqué dans plusieurs interviews s’être inspiré de la réalité: du recul politique envers les personnes LGBTQ+ ces dernières années, mais aussi des nombreux incidents d’exorcismes réels et de thérapies de conversion. Par ailleurs, « Leviticus » est aussi une histoire d’amour, insiste le réalisateur. « Il y a certes des éléments d’horreur, mais au fond il s’agit de trouver son premier amour. » Ceux qui réussissent à le vivre sans démons peuvent s’estimer heureux.
Leviticus. Horreur/thriller. Australie 2026. Réal.: Adrian Chiarella. Distribution: Joe Bird, Stacy Clausen, Mia Wasikowska, Tyallah Bullock, Ewen Leslie. Durée: 88 minutes. Langue: version originale anglaise. Première allemande en septembre 2026 au Fantasy Filmfest
