Suite à des razzias en Turquie : solidarité européenne

18 septembre 2026

Des responsables européens dédiés à la défense des droits humains et à la cause des personnes queer, issus de six pays, ont publié une déclaration commune dénonçant les mesures prises à l’encontre des personnes queer en Turquie comme étant « d’une gravité profondément préoccupante ». Dans un message publié sur les réseaux sociaux, les porte-parole d’Allemagne, de Suède, de Finlande, de France, d’Islande et des Pays-Bas ont affirmé que le droit à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’expression, y compris pour les personnes queer, doit être respecté sans réserve selon les normes internationales des droits humains et la Convention européenne des droits de l’homme, auxquelles la Turquie est engagée à se conformer.
Les signataires ont exprimé « une solidarité inconditionnelle avec toutes les personnes LGBTI+ en Turquie ». En Allemagne, cette déclaration est soutenue par Sophie Koch, la responsable de la Chancellerie fédérale chargée de l’acceptation de la diversité sexuelle et de genre, et par Lars Castellucci, le responsable des droits de l’homme (tous deux issus du SPD). La position de « Queerbeauftragter » existe tel quel dans les pays qui soutiennent cette initiative uniquement en France, où le poste porte le titre de « Special envoy for LGBTI+ rights ».

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Razzien et arrestations chez des associations LGBTI bien connues
Ce week-end, des raids à l’échelle nationale ont été menés en Turquie, notamment chez plusieurs associations queer, et de nombreuses personnes ont été arrêtées (E-llico.com en a fait écho). La justice les accuse notamment d’obscénité et de prostitution.

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Le ministre de la Justice, Akın Gürlek, aurait déclaré, selon l’agence d’information d’État Anadolu, qu’une enquête sur les bilans financiers des associations avait révélé que d’importantes sommes avaient été versées par des institutions publiques étrangères. Le média gouvernemental turc A Haber a ensuite affirmé que, d’après des rapports du Gouvernorat d’Istanbul, les associations ne poursuivaient pas leurs objectifs initiaux. A Haber a notamment cité l’exemple de l’association Listag, soutenue par la Fondation Heinrich-Böll en Allemagne par le passé — et jusqu’en 2023 — Listag étant une association qui soutient les familles et les proches des personnes queer.

La fondation allemande dément l’accusation

La Fondation Heinrich-Böll dément toute accusation selon laquelle elle aurait financé des associations de manière injustifiée. « Si nous avions connaissance qu’une organisation promeut la prostitution, nous ne financerions évidemment pas cette organisation », a déclaré Dawid Bartelt, chef de cabinet de la fondation à Istanbul, à l’Agence de presse allemande (dpa).
Bartelt a précisé que les activités de la fondation étaient régulièrement contrôlées par les autorités turques. « Ce n’est pas un secret, même pour le gouvernement turc, que nous soutenons des organisations LGBTI », a-t-il ajouté. Il rappelle même que cela figure dans les statuts de la représentation turque de la fondation Böll et que ces statuts ont été présentés et approuvés par l’office des associations turc.
L’homosexualité n’est pas illégale en Turquie. En parallèle, l’homophobie demeure largement répandue. Le président Recep Tayyip Erdoğan ne cesse de dénigrer les personnes issues de la communauté queer et les qualifie de « pervers ». Son ancien ministre de la Justice Yılmaz Tunç a défendu les raids en les présentant comme une mesure de protection des « enfants et de l’institution de la famille ».

Détention préventive pour plus de 80 personnes arrêtées

Jusqu’à mercredi soir, selon l’organisation queer Kaos GL, les tribunaux de plusieurs villes avaient ordonné une détention préventive pour 81 des personnes arrêtées dimanche lors des opérations. Kaos GL avait aussi été visée par les perquisitions.
Mercredi, 33 autres personnes ont été présentées à un juge à Istanbul; selon Kaos GL, 20 d’entre elles ont été incarcérées et 13 libérées sous condition. Au moins neuf personnes détenues appartiennent à des associations queer.
Par ailleurs, plus de 100 manifestants qui étaient descendus dans la rue pour protester contre l’interdiction ont été libérés. L’ordre des avocats (CHD) a confirmé mercredi soir la libération de tous les 106 participants arrêtés la veille lors des manifestations. Un journaliste de l’Agence française AFP faisait partie des personnes libérées.
Parmi les personnes arrêtées figuraient, selon le CHD et le quotidien BirGün, un journaliste de l’ARD et un reporter de BirGün, qui avaient tous deux couvert les manifestations.
Les manifestants s’étaient rassemblés mardi devant le palais de justice d’Istanbul pour lire une déclaration condamnant les vastes razzias contre les membres et militants de la communauté LGBTQ+. Avant que les interventions et les discours ne puissent débuter, les forces de police ont dispersé le rassemblement et procédé à l’arrestation de nombreux participants. (dpa/AFP/cw)

Élise Fournier