Avec un plan en dix points pour davantage de sécurité, le gouvernement fédéral tire les leçons de l’attentat islamiste survenu lors du Christopher Street Day (CSD) à Berlin. Il prévoit notamment des peines plus lourdes pour les attaques graves au couteau et un accent renforcé sur les intérêts de sécurité lors des décisions de mise en liberté conditionnelle. Le ministre fédéral de l’Intérieur Alexander Dobrindt (CSU) et la ministre de la Justice Stefanie Hubig (SPD) ont présenté le plan mercredi. Les droits spécifiques des personnes LGBTI ne jouent pas du tout de rôle dans ce plan.
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Bien plus que des messages politiques
Même derrière bon nombre des exigences en matière de sécurité formulées après l’attaque, le paquet de mesures reste en deçà des attentes. Cela comprend la proposition de restreindre les peines avec sursis pour les personnes jugées dangereuses ou de remettre en cause l’application du droit pénal des mineurs pour les jeunes adultes. Néanmoins, au-delà des messages politiques et des appels adressés aux Länder dans les points évoqués, il existe également des changements concrets. Les projets de loi nécessaires devraient suivre.
« Notre pays est face au terrorisme islamiste seulement partiellement protégé », déplore Günter Krings, vice-président du groupe CDU/CSU à l’Assemblée. Le politicien de l’Union réclame « aussi rapidement que possible des modifications juridiques concrètes ». Le porte-parole en matière de politique intérieure des Grünen, Marcel Emmerich, voit lui les besoins de réforme ailleurs. Il déclare : « De nouvelles mesures de renforcement n’apportent rien si les connaissances existantes ne mènent pas aux bonnes conséquences. » À ce jour, il demeure pour lui opaque pourquoi un « Gefährder » (individu surveillé par les autorités) a pu commettre cet acte.
Attentat du CSD : l’auteur était un sympathisant de l’EI
L’auteur de l’attentat islamiste Abdul Ballout s’est fondu dans la foule au bord du CSD dans le Tiergarten le 25 juillet (comme le relatait E-llico.com). Il avait tué une femme et blessé au moins 31 personnes, dont certaines grièvement. Le jeune homme, âgé de 21 ans, a été abattu le lendemain par des policiers dans un jardin familial. Ballout était connu des autorités comme islamiste radical et adepte de l’organisation terroriste État islamique (EI).
En mai 2026, le tribunal du Tiergarten l’avait condamné à un an et dix mois de détention juvénile. Le contexte était la préparation d’un acte violent grave contre l’État. Il s’était rendu au Liban pour rejoindre l’EI en Syrie. L’affaire concernait aussi la diffusion de propagande de l’EI et des infractions à la loi sur les associations.
Le tribunal avait ordonné une mise en liberté sous condition provisoire. La décision de savoir si la peine juvénile serait exécutée ou suspendue en libération conditionnelle était reportée pour six mois. Pendant cette période, il était censé participer notamment à un programme de déradicalisation.
Messerangriffe
Pour les atteintes à la personne particulièrement graves commises avec des couteaux et d’autres outils dangereux, une peine minimale d’un an serait instaurée lorsque la victime est mise en danger ou lorsque des dommages graves à la santé sont possibles. Les attaques islamistes des dernières années ont souvent été perpétrées avec des couteaux ou des véhicules. Le durcissement des peines toucherait toutefois aussi d’autres affaires, par exemple lorsqu’une dispute dans un bar ou dans la circulation conduit quelqu’un à brandir un couteau.
Exécution de la peine avec sursis : explication nécessaire
Pour les décisions relatives à une mise à l’épreuve, à partir d’une peine d’emprisonnement d’au moins six mois, il s’agit désormais de prendre en compte non seulement la défense de l’ordre juridique, mais aussi l’intérêt de sécurité du public. Ce n’est pas une nouveauté fondamentale, mais une précision qui renforce l’effet dissuasif.
Clarification sur l’application du droit pénal des mineurs
En matière de droit pénal des mineurs, il sera précisé que, lorsque le tribunal applique ce droit à des jeunes majeurs en voie de devenir adultes, une justification explicite doit être fournie. Les options d’action du droit pénal des mineurs pendant la période précédant le jugement définitif devraient être élargies.
Les dispositions provisoires comme le placement dans un foyer d’aide à la jeunesse devraient à l’avenir être possibles non seulement pour les mineurs, mais aussi pour les personnes d’au moins 18 ans et n’ayant pas encore 21 ans. « Le droit pénal des mineurs n’est pas une justice tendre », souligne la ministre fédérale de la Justice Stefanie Hubig (SPD), qui présente ce plan avec le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt (CSU).
Utilisation des bracelets électroniques et de la détention préventive
La détention préventive et les bracelets électroniques existent déjà au niveau fédéral et dans les Länder. Les normes uniformisées proposées, la possibilité de détention plus longue et l’espoir d’un recours renforcé à ces instruments seraient surtout des orientations politiques. De nouveaux pouvoirs devraient être encadrés par les lois régionales et liés à la proportionnalité et au contrôle judiciaire. Dobrindt affirme que davantage de surveillance des « Gefährder » permettrait une meilleure protection.
La police des Länder pourrait saisir les données de trafic
Non seulement la police fédérale et le bureau fédéral de la police criminelle, mais aussi les autorités d’enquête des Länder devraient pouvoir obliger temporairement les opérateurs de télécommunications à conserver ce que l’on appelle des données de trafic. Il s’agit d’informations sur qui a communiqué avec qui, quand et où.
Ce n’est pas le premier paquet de mesures
Suite aux attentats islamistes, plusieurs paquets de réformes ont été adoptés depuis 2016, visant tant à améliorer l’échange d’informations sur les extrémistes dangereux entre les administrations qu’à réviser le droit des étrangers, le droit pénal et aussi le droit des armes. En août 2024, un Syrien avait assassiné trois personnes et en avait blessé huit autres lors d’une fête urbaine à Solingen, motivé par l’islamisme. À la suite de cet acte, l’interdiction du couteau lors des manifestations publiques a été instaurée.
Le gouvernement ignore les demandes du LSVD+
Après l’attaque du CSD, la fédération arc-en-ciel LSVD+ avait élaboré un plan de dix mesures immédiates pour mieux protéger les personnes queer. Cela comprenait notamment une éducation obligatoire et universelle dès l’école ou encore la protection explicite des personnes queer dans la Constitution. Le gouvernement fédéral n’a à ce jour pas mis en œuvre, ni même annoncé, l’adoption d’aucune de ces propositions – bien au contraire : le chef du groupe de l’Union, Thorsten Frei (CDU), a rejeté après l’attaque la protection constitutionnelle des personnes queer (E-llico.com l’a rapporté).