Merveilles pour soi-même

20 septembre 2026

Mercredi soir, pour la clôture du huitième Queerfilmfestival, le chaos sympathique a une fois de plus régné en maître. Il était impossible pour la plupart des treize villes de s’entendre sur un film de clôture unique: l’épopée sur le chemsex « Die Passion nach G.H.B. » était projetée à Vienne et à Sarrebruck, les routiers amoureux dans « Flesh & Fuel » à Stuttgart et à Leipzig, la comédie toxique sur les rencontres amoureuses « Departures » à Nuremberg, la saga d’autonomisation féminine « Fantasy » à Düsseldorf, le succès populaire espagnol « Maspalomas » à Francfort, la love story engagée sur le travail « Iván & Hadoum » à Gelsenkirchen.
Seules Halle, Dresde, Potsdam et Berlin ont présenté, avec la collection de courts métrages intergénérationnels « Fucking Different Generations » de Kristian Petersen et le drame allemand sur l’amour fraternel « Free at Heart » de Max Hegewald, le même double programme — et au cinéma delphi LUX de Berlin, les deux séances ont été accompagnées des équipes présentes, qui ont été chaleureusement applaudies par le public.

Beaucoup de films, chacun un miracle en soi

Combien de personnes ont franchi les portes des cinémas pour le Queerfilmfestival cette année, les organisateurs ne l’ont pas encore dit le lendemain matin; toutefois des retours en provenance de Berlin, Cologne et Vienne indiquent que ce fut sans doute le plus grand public jamais enregistré. Peu importe si cela s’applique aussi aux autres villes: avec 18 films proposés, on peut d’ores et déjà dresser un premier bilan. Le cinéma queer n’a probablement jamais été aussi puissant qu’aujourd’hui, et bon nombre de ces films sont des miracles en eux-mêmes. Finie l’époque des récits d’outing épuisants et récurrents à l’infini; désormais, chaque film ouvrait une porte sur une autre réalité queer — il avait quelque chose à dire sur la façon dont nous nous traitons les uns les autres; sur les combats qu’il faut mener; sur les espoirs et les désirs qui nous animent et sur les injustices qui nous mettent en colère.

On se retrouve face à un film comme « Cooking up Democracy » de Monika Treut et l’on se demande comment un documentaire sur des activistes politiques queer à Taïwan peut être raconté avec une telle énergie qu’on a presque envie de mettre toutes leurs recettes démocratiques en pratique. Après le saisissant huis clos « Blue Film » d’Elliot Tuttle, les discussions se prolongent encore des heures dans le hall, chacun y allant de son propre besoin de s’exprimer. Dans « Maspalomas » de Jose Mari Goenaga et Aitor Arregi, on est confronté à une question souvent refoulée: comment voulons-nous, en tant que personnes queer, vieillir, et on sort de la salle les yeux encore humides, mais avec l’espoir gravé au cœur.

Un film qui donne envie de pleurer: « On the Sea »

Que dire lorsque des films queer sans compromis comme « On the Road » du Mexique et « Fantasy » de Slovénie voient leur pays les proposer pour l’Oscar? Tout à fait plausible. On aurait aussi pu attendre la même chose des films de festival « Jim Queen » et « Flesh & Fuel » venus de France ou bien de « Maspalomas » d’Espagne; et d’ailleurs Maspalomas a opté, avec « La Bola Negra », pour un film qui n’était pas projeté au Queerfilmfestival mais qui a été montré à Cannes, démontrant ce que peut être un grand cinéma queer.

En fin de compte, c’est toutefois une histoire d’amour quasi classique et à hurler qui a rassemblé les pluies de spectateurs, dans le style de « Brokeback Mountain » et « God’s Own Country », sur laquelle le Queerfilmfestival est parvenu à réunir presque tous les suffrages: aucun film — et cela restait incertain le matin même — n’a attiré autant de visiteurs que « On the Sea » d’Helen Walsh, racontant l’histoire de deux éleveurs de moules amoureux sur la côte galloise balayée par les tempêtes. Même à Berlin, où l’invité vedette, l’acteur principal extrêmement charmant Barry Ward, était présent, une séance supplémentaire a été indispensable; ailleurs aussi, le public débordait.

Le festival est terminé; après 18 films en sept jours, on peut le dire: épuisement, mais aussi des émotions de joie et de satisfaction. Ce fut beau. Rendez-vous à la prochaine fois.

Pour se consoler: certains des films du festival sortiront bientôt en salle, « Maspalomas » et « Jim Queen » dès le 24 septembre. « Free at Heart » suivra le 29 octobre. « On the Sea » et « Iván & Hadoum » seront à l’affiche le 5 novembre.

Élise Fournier