« Sois toujours toi-même, les autres sont déjà pris ! » Avec cette sagesse Instagram, aussi profonde qu’une flaque d’eau en plein été parisien, Jim Parfait enchante ses abonné·es. Est‑ce même nécessaire de la mettre au genre ? L’influenceur fitness compte pour moitié de la France, du moins pour la moitié d’une France gay.
Jim Parfait est le gay que chaque ville, grande comme petite, possède: le paon le plus fièrement en tête, qui passe son temps soit dans une salle de sport somptueuse, soit à faire la fête lors d’immenses soirées. Ses muscles dépassent le simple six-pack, sa sueur fait haleter les autres hommes. Tous ses poils, ses cheveux, trouvent leur place. Son ego est plus élevé que la Tour Eiffel. Mais contrairement au patrimoine mondial, le statut de Jim est fragile, et il va bientôt s’en rendre compte.
Lucien, le twink avec une énorme collection de godemichels
Dans un autre palais vit Lucien. Il n’est pas aussi large que Jim et il est plus petit d’une tête. Un twink blond et maigre, que Jim ne connaît que par son smartphone. Et par sa chambre secrète, un véritable sanctuaire consacré à Jim: le Lucien de 23 ans se love dans un peignoir sur le tapis à l’effigie de Jim, des posters de Jim couvrent les murs qui atteignent le plafond.
Sur les étagères: une impressionnante collection de godemichels et de cock-rings. Sa collection Fleshlight, il la décrit comme son « petit miracle ». Voilà son petit univers de quelques mètres carrés. Car hors de cette pièce, Lucien ne peut pas être ce qu’il est.
Le choc : les hétérosexuels n’ont pas d’orgasme anal
La raison : sa mère est ministre de la Santé d’extrême droite du pays. Et tellement toxique qu’il ne serait qu’une question de temps avant que Lucien n’empile des livres d’aide personnelle pour comprendre son enfance. Sa maman, dans son costume strict, lui apporte certes un chocolat chaud au lit. Mais lorsqu’il lui demande s’il peut enfin aller à une fête le week-end, elle montre son côté manipulateur.
Le lendemain matin, le monde de Jim s’effondre : il lui manque un muscle abdominal – puis un autre. Une visite aux urgences s’impose, bien sûr. Là, une médecin amie lui annonce qu’il s’est infecté par une nouvelle maladie sexuellement transmissible. L’hétérosexualité le transforme en fan de football, en monogame, fait naître un désir d’enfant insatiable et entraîne des choix vestimentaires discutables.
Ours, chiots, sniffers de sneakers
Bref : le virus le rend hétéro. Et le pire message du médecin : les hétérosexuels n’ont pas d’orgasme anal. Il existe encore un remède, mais elle donne au moins une piste. Un certain savant fou pourrait avoir une idée. Pour Jim Parfait commence alors une course contre la montre. Et c’est justement Lucien qui pourrait l’aider. Commence une grande quête héroïque.
Le film d’animation franco‑belge « Jim Queen » utilise cette histoire, qui peut sembler absurde à première vue, pour rendre un hommage sincère à la communauté gay. Car Jim et Lucien doivent, sur le chemin de la guérison hétéroïdisée, traverser toutes les sous‑cultures possibles : les ours, les chiots, les cruisers, les drag queens, les sniffers de sneakers ou les zombies sous drogue, qui restent les derniers dans quelque bouge techno. L’animation offre au film des libertés inattendues pour jouer avec les clichés.
Presque un musical
Si vous ne connaissez pas encore ce talent gay pour se caser dans des étiquettes, vous l’apprendrez et l’aimerez grâce à « Jim Queen ». Et ceux qui le savent déjà s’en donneront à cœur joie. Car le quatuor d’écriture, auquel appartiennent également les deux réalisateurs Marco Nguyen et Nicolas Athané, ne manque aucun cliché de la communauté gay — et frappe souvent juste le cœur de ce qui est vrai.
Marco Nguyen connaît la scène de près, puisqu’il a lui‑même organisé les fêtes à Paris où Jim Parfait peut danser et où les drag queens s’affrontent en lip-sync. De lui viennent aussi deux des magnifiques chansons qui transforment le film en quasi‑musical. Le reste de la musique provient du duo « Kirosen » — qui trouve le son adapté à chaque sous‑culture.
La Leder-GAYstapo
« Jim Queen » est extraverti, mais respectueux. Rarement un film s’est autant joué de nous avec humour et tendresse. Et c’est là ce qui fait une satire réussie. Les réalisateurs n’ont pas érigé de tabous. Ainsi, parmi les adeptes du BDSM, il existe une faction baptisée GAYstapo. Mais il ne s’agissait pas de choquer pour le simple plaisir, rappellent-ils dans l’interview accordé à E-llico.com.
La colorée comédie d’animation « Jim Queen » ne fera pas rire seulement les personnes queer ou pas — elle met en face les gays comme dans un miroir sans ménagement. Il s’agit des hiérarchies au sein de la communauté, des normes que l’on pensait avoir quittées et qui nous reviennent avec une rigidité accrue, et de l’exclusion.
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Quand la réalité rattrape la fiction
Dès que la nouvelle se répand que Jim est hétéro, le nombre de ses abonné·es chute brusquement. La communauté veut peu ou pas de contacts avec un malade. Ce n’est pas un hasard si cela rappelle l’époque du SIDA – et même si la stigmatisation semble moins prononcée grâce à la PrEP, elle existe toujours. Et une politique de santé qui ignore les personnes malades parce qu’elles appartiennent à des groupes marginaux réveille de mauvais souvenirs.
Après l’élection présidentielle française du prochain avril, sous Marine Le Pen, cela pourrait bien arriver à nouveau. Les créateurs du film n’auraient pas imaginé cela lorsqu’ils ont commencé à l’écrire il y a huit ans. La réalité peut parfois rejoindre la fiction.
La plus belle forme d’autodérision queer
Peut‑être est‑ce là la raison pour laquelle « Jim Queen » a attiré plus de 300 000 entrées en France et est devenu un vrai succès surprise. Dès sa première au festival de Cannes, ce film d’animation a été considéré comme un coup de cœur. Le succès pourrait se répéter en Allemagne : lors du Queer Film Festival de cette année, de nombreuses séances du film gay le plus drôle de l’année étaient complètes. Les films d’animation pour adultes peinent souvent à trouver leur public ici. Pourtant la farfelue comédie SF « Lesbian Space Princess » a prouvé le contraire, démontrant qu’un film peut trouver son public. Et la version allemande, jusqu’aux chansons, est vraiment bien réussie.
« Jim Queen » réussit ce que peu de films parviennent à faire : il est hilarant sans être lourdingue. Il se moque de la communauté sans la dénigrer. Et il aborde des sujets importants sans donner l’impression de faire la leçon. C’est sans doute la plus belle forme d’autodérision queer.
Jim Queen. Animation, comédie. France, Belgique 2026. Réalisateurs : Marco Nguyen, Nicolas Athané. Durée : 85 minutes. Langue : version synchronisée allemande. Public : 16 ans et plus. Distribution : capelight pictures. Sortie cinéma : 24 septembre 2026
Jim Queen
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