La revue du Parti Social-Démocrate d’Allemagne (SPD) « Vorwärts » dispose de toutes ses éditions numérisées sur plusieurs décennies, allant de 1876 à 1940. À l’occasion du jubilé du journal, j’ai exploré les numéros numérisés à la recherche d’articles portant sur l’homosexualité en utilisant divers termes, tels que « Homosexualité » et « troisième sexe ». J’ai ainsi identifié plus de 1 000 articles, que j’ai analysés et pour lesquels j’ai ajouté des liens vers ma page personnelle. Ci‑dessous, je m’efforce de présenter les résultats de cette recherche en quatre volets. J’ai examiné Vorwärts (1876‑1933), qui fut par moments publié sous le nom Sozialdemokrat (1879‑1890), et la suite en exil sous le nom Neuer Vorwärts (1933‑1940). Durant cette période, le journal a traversé trois époques de l’histoire allemande et, à travers les articles contenus ici, a également documenté les positions du SPD sur l’homosexualité. Une recherche au‑delà de l’année 1940 aurait représenté un travail de recherche hors de proportion pour cette série d’articles.
Mon objectif premier, ci‑après, est de retracer surtout comment la rédaction de « Vorwärts » traitait de l’homosexualité, quels axes elle privilégiait et comment elle commentait les contextes qui l’entouraient. Si nécessaire à la compréhension, j’apporterai également des éclairages sur les contextes des articles qui ne sont pas toujours évidents, mais qui ne peuvent être compris qu’au regard du cadre temporel.
En revenant sur les 65 premières années de couverture de l’homosexualité par le « Vorwärts », il ne faut pas en déduire que mon image de l’histoire des homosexuels repose uniquement sur cette source. L’évaluation d’un seul journal serait fondamentalement injuste. Le « Vorwärts » est certes représentatif d’une vision social-démocrate, mais il demeure une voix dans le grand chœur des opinions sur les homosexuels de l’époque et doit être mis en regard d’autres sources pour une appréciation et une contextualisation. Le fait que le « Vorwärts » soit un journal social-démocrate a conditionné ma lecture pour chaque article, et pas seulement lorsque les activistes homosexuels Magnus Hirschfeld et Adolf Brand étaient qualifiés de « camarades » (et donc de membres du SPD).
Les premiers articles sur l’homosexualité : le roi Louis II de Bavière
La première édition du « Vorwärts » paraît le 1er octobre 1876, à une époque où l’homosexualité était largement taboue. À l’exception de quelques allusions générales à des « vices non naturels » (30 mai 1877), la couverture s’oriente rapidement vers des remarques spécifiques sur l’homosexualité, notamment à propos du roi de Bavière Louis II, et cela avait lieu même de son vivant. Pour le journal, Louis II était un ermite « amateur d’enfants » (14 juin 1883) et un violeur de ses écuyers, qui « se livrait au plus vil des vices, la pédérastie » (21 février 1884). Dans un grand article du 3 novembre 1888 en une du journal, on peut sans équivoque déceler l’objectif des références à l’homosexualité de Louis II : montrer l’immoralité de la classe dirigeante à combattre, objectif qui se répétera dans les décennies suivantes.

En 1862, éclata un scandale homosexuel autour du politique social-démocrate Johann Baptist von Schweitzer, qui lança le premier débat sur l’homosexualité au sein des sociaux-démocrates (voir mon article E-llico.com « Le premier scandale homo dans le mouvement social-démocrate »). Le « Vorwärts » n’en a pas beaucoup parlé à l’époque. Ce n’est que des décennies plus tard qu’un article engagé contre le § 175 mentionnait que Ferdinand Lassalle, co‑fondateur de la SPD aux côtés d’August Bebel, avait pris position en faveur de Schweitzer (22 juin 1914).
Contributions sur la politique et l’homosexualité
Contrairement à la République de Weimar, à l’époque wilhelminienne de nombreuses délibérations du Reichstag furent imprimées telle quelles, mot à mot. Bien que le discours d’August Bebel du 13 janvier 1898 appelant à l’abolition du § 175 ne figure pas dans les textes officiels des débats du Reichstag reproduits en détails (à lire dans les débats du Reichstag, p. 410), le journal publie d’autres discussions issues des sessions du Reichstag du 19 janvier 1898 (publiées le 20 janvier 1898) et du 20 avril 1904 (21 avril 1904). Dans la séance du 31 mars 1905 (1er avril 1905), il est aussi question du « Vorwärts » et de son article « Krupp à Capri », sur lequel différentes opinions étaient exprimées. À la suite de l’affaire Harden-Eulenburg, l’opinion politique vis‑à‑vis des homosexuels bascula, ce qui est aussi visible dans les protocoles des sessions du Reichstag des 29 novembre 1907 (30 novembre 1907), 4 décembre 1907 (5 décembre 1907) et 1er février 1908 (2 février 1908).
La lutte contre le § 175 du RStGB
Depuis la réunification de l’Empire en 1871, le § 175 du RStGB punissait les actes homosexuels entre hommes. La question des actes précisément réprimés par le § 175 fut explicitée par le « Vorwärts », s’appuyant sur la jurisprudence du Reichsgericht : seuls l’“immissio penis inanum” et l’“in os” (c’est‑à‑dire le rapport anal et le rapport oral) étaient punissables, alors que d’autres « cochonneries » restaient impunies (25 juillet 1893). Cette clarification, bien que formulée en latin et codifiée, renvoyait non seulement à des pratiques sexuelles précises mais aussi à une condamnation morale du comportement homosexuel au‑delà même de l’emport pénal. Il s’agit d’un article dans la rubrique « Boîte à lettres de la rédaction », qui donne l’apparence d’un conseil juridique. Cela soulève la question de savoir si cette réponse, publiée dans une rubrique, pouvait être lue comme un conseil destiné aux personnes concernées, indépendamment de l’intention de la rédaction.

Depuis 1898, on discute de l’abolition du § 175. Du point de vue juridique au moins, le « Vorwärts » a plaidé jusqu’à la Première Guerre mondiale pour l’abolition du § 175 et a défendu cette position vis‑à‑vis du journal berlinois conservateur « Die Post » (19 février 1905).
L’Office fédéral de la justice a présenté fin 1909 un avant‑projet d’un nouveau code pénal qui prévoyait d’étendre le § 175 du RStGB aux femmes. Sur la couverture du « Vorwärts », sous le titre « L’avant‑projet du nouveau code pénal », la rédaction affirmait avec une certaine fermeté : « surtout au vu des menaces d’extorsion, il serait préoccupant de ne pas maintenir le § 175 et même de l’étendre à l’homosexualité féminine jusqu’alors innocente pour l’État » (5 janvier 1910, cf. 14 février 1911 et 22 juin 1914).
Les scandales dans l’Empire allemand
Les scandales homosexuels dans l’Empire allemand, notamment l’affaire Eulenburg (1906‑1909), influèrent sur la politique et la société et marquèrent considérablement l’attitude envers les homosexuels. Les rapports alimentèrent aussi le débat sur le § 175, bien que le plus souvent dans un cadre négatif. Les scandales furent souvent l’un des rares motifs pour lesquels les journaux évoquaient l’homosexualité.
Les procès d’Oscar Wilde (1895)
Lorsque l’écrivain Oscar Wilde fut à Londres en 1895 au sommet de son succès, il fut discrédité en tant qu’homosexuel, porta une action en diffamation qu’il perdit en avril 1895 et, dans une seconde procédure, Wilde fut condamné en mai 1895 à deux ans de travaux forcés pour des actes homosexuels. Dans les articles du « Vorwärts » sur ces procès, on perçoit clairement la tabouisation et la condamnation morale de l’homosexualité : on parlait d’« actes immoraux » (5 avril, 7 avril et 9 avril 1895) et on utilisait des termes moraux comme « moralité » (1er mai 1895) et « péchés » (8 juin 1895). Un peu de compassion transparaît aussi : « Comme le Wilde sauvage paraît petit en comparaison de ce qu’il est accusé de faire » (9 juillet 1895). Cela tient peut‑être au fait qu’Oscar Wilde appartenait à l’élite et pouvait être récupéré comme socialiste en raison de son essai politique « The Soul of Man under Socialism » (1891). Plus tard, le langage du « Vorwärts » deviendra plus clair. Vingt‑cinquième années après le procès, il fut écrit que Wilde était entré en prison « parce qu’il adulait l’amour masculin de manière trop provocante » (1er avril 1925), ce qui laisse supposer une participation morale.
Le scandale Krupp (1902)
Le « Vorwärts » a lui‑même déclenché un scandale homosexuel d’envergure. Dans son article « Krupp à Capri », il dénonce Friedrich Alfred Krupp, le plus riche industriel d’Allemagne, comme homosexuel. À l’appui de l’appel à l’abolition du § 175, le Vorwärts insistait sur le fait que ce cas pourrait « donner l’élan (…), pour enfin retirer ce § 175 du code pénal allemand, qui frappe non seulement le vice mais condamne aussi l’orientation morale de personnes sensibles à la peur éternelle » (15 novembre 1902). Le paragraphe était certes aussi une source de « douleur et de menace » pour Krupp. Or Krupp avait utilisé son immense fortune pour « corrompre » des jeunes hommes et acheter le silence, si bien qu’il n’y aurait « aucune excuse » pour cet homme « perversement prédisposé » (15 novembre 1902).
Pour cet article, la rédaction du « Vorwärts » fut vivement critiquée. L’activiste homosexuel Hirschfeld lui vint en aide en certificiant que la publication avait été guidée « par des motifs nobles (la suppression du § 175) » (13 janvier 1903). L’allégation de « motifs inférieurs » (la délation) fut qualifiée par la rédaction de calomnie (8 et 10 février 1903).

Le scandale Brand/Dasbach (1904)
Le Vorwärts publiait régulièrement des articles sur Adolf Brand depuis le 7 décembre 1895, alors que Brand n’était pas encore apparu comme activiste homosexuel, mais avait attiré l’attention des autorités pour la diffusion d’un « Manifeste prolétarien ». Brand provoqua la société aussi dans les années suivantes. Cette couverture dans Vorwärts, peu connue dans le champ des recherches sur l’histoire homosexuelle, éclaire davantage la trajectoire par laquelle Brand devint plus tard un activiste homosexuel vigoureux. Dans l’article « Brand contre Vorwärts » (5 mai 1900), il est aussi question d’une action en justice intentée par Brand contre Vorwärts. Par la suite, les parties trouvèrent un accord à l’amiable. En 1904 et 1907, Brand fut impliqué dans deux scandales homosexuels.

Après les dépêches sur le scandale (à partir du 7 avril 1904), la rédaction publia aussi une réplique de Dasbach et indiqua qu’elle ne s’était pas encore fait d’avis sur l’affaire (3 août 1904). Quelques semaines plus tard, la rédaction prit ses distances avec Brand. Celui‑ci était certes membre du cercle social‑démocrate, et il avait agi seul, mais il n’en demeurait pas moins une source de matériel politique utile pour combattre le Centre et la classe dirigeante, tout en utilisant des moyens jugés choquants. Plus tard, le Vorwärts sembla privilégier les scandales provoqués par Brand sans s’allier politiquement avec lui.

Le scandale Ackermann (1904)
Le Dresdner conseiller municipal et capitaine retraité Paul Ackermann, issu d’une famille très respectable, s’était rencontré avec un homme dans un hôtel de la Friedrichstraße à Berlin et avait ensuite été extorqué par trois hommes. Le Vorwärts ne porte pas d’emblée sur l’extorsion, mais sur les actes homosexuels commis par Ackermann avec trois autres hommes, et affirme: « C’est l’œuvre du diable que de voir ainsi germer une pourriture sur un sol si sain » (4 novembre 1904). Cette déclaration incarne une homophobie politique et révèle une violente contradiction morale au sein du SPD, qui plaide pour l’abolition du § 175 sur le plan parlementaire tout en recourant parfois à des procédés destinés à discréditer l’adversaire par le biais de jugements moraux. L’article évoque aussi l’éviction d’Ackermann (11 novembre 1904) et son internement dans une « état d’aliénation mentale » (12 février 1905). Un rappel des conséquences potentielles d’un tel scandale.

Le scandale Ackermann
Le Dresdner Ratsassessor et capitaine à la retraite Dr. Paul Ackermann d’une famille très honorable avait rencontré un homme dans un hôtel berlinois et avait ensuite été victime d’extorsion par trois hommes. Le Vorwärts traite d’abord des actes homosexuels d’Ackermann avec trois autres hommes, et déclare: « C’est le travail du diable que sur un sol aussi sain germe une telle tare » (4 novembre 1904). Cette déclaration exprime une homophobie politique et montre une contradiction morale profonde au sein du SPD, qui, sur le plan parlementaire, milite pour l’abolition du § 175 tout en réagissant à ces scandales de manière péjorative. L’article mentionne aussi l’éviction d’Ackermann (11 novembre 1904) et son internement dans un établissement psychiatrique (12 février 1905).

Le reportage sur l’affaire Hasse (1904‑1905)
Le directeur du tribunal régional de Breslau, August Hasse, fut pris pour cible par extorsion après une agression sur des toilettes publiques. Le 19 décembre 1904, Hasse eut une rencontre avec l’un des extorqueurs, tira sur lui mais ne le blessa que légèrement, puis se rendit à la police. Les trois auteurs furent condamnés à des peines de prison élevées. Le Vorwärts publia douze articles sur ce cas, pas seulement assez fréquemment et de manière suffisamment détaillée, mais priait aussi à plusieurs reprises pour la suppression du § 175. Dans le premier article détaillé « Le cas Hasse », on insiste sur le fait que les homosexuels sont « malades pour nous, mais jamais des criminels » (4 janvier 1905). Le journal cita d’autres affaires d’extorsion similaires et demanda pourquoi le § 175 n’avait pas été abandonné plus tôt (6 janvier 1905). Le § 175 ne protégeait, dans sa version actuelle, que les extorqueurs (11 janvier 1905). Magnús Hirschfeld aurait, lors de son exposé du 16 janvier 1905 sur « Le § 175 et le cas Hasse », sans doute exprimé la même idée (15 janvier 1905). Lorsque Hirschfeld appela à l’abolition du § 175 lors d’une réunion rassemblant 600 hommes et femmes, cela ressemble à une revendication également soutenue par Vorwärts (18 janvier 1905). Même dix ans plus tard, sous le titre « Le paragraphe des extorsions », on évoqua à nouveau Hasse dans le cadre de l’appel à abolir le § 175 (22 juin 1914). Il est étonnant de constater la couverture relativement positive du cas Hasse en référence au § 175.

Le mégascandale : les procès Harden (1907‑1909)
L’affaire Harden‑Eulenburg fut un scandale centré sur une série de procédures judiciaires pour homosexualité et les actions en diffamation intentées contre ces accusations entre 1907 et 1909. Elle fut déclenchée par les écrits du journaliste Maximilian Harden, qui présenta indirectement le cercle d’amis et l’entourage politique de l’empereur Guillaume II comme homosexuels. L’affaire devint l’un des plus grands scandales de l’Empire allemand et suscita un retentissement mondial.

Parmi les centaines d’articles parus dans Vorwärts, je n’ai relié sur ma page que les 60 plus importants sous le mot‑clé « Harden‑Eulenburg‑Affäre ». D’octobre 1907 à juillet 1908, l’affaire fut traitée au moins 16 fois en une du journal, ce qui illustre son importance. Des articles intitulés comme « La grande purification » (4 janvier 1908) et « Du marais aux hauteurs » (23 avril 1908) renvoient clairement à la condamnation morale du journal. Le contraste trop explicite entre sa condamnation morale et la volonté d’abolir le § 175 fut tenté d’être résolu par des tournures du type « oui, mais », par exemple : « Nous sommes opposés à la punition de l’amour homosexuel », mais il existe aussi une homosexualité acquise, « produit de la décadence » (24 octobre 1907 ; voir aussi Arbeiterparteien und Homosexuellenfrage, 1980, p. 46). Une semaine plus tard, la rédaction écrivait : « Nous ne faisons pas partie de ceux qui s’indignent terriblement de l’homosexualité. Mais les subordonnés militaires devraient être protégés contre de tels actes ». Les « choses sexuelles » furent décrites comme le « moyen le plus efficace » pour faire tomber le gouvernement homosexuel bisannuellement (1er novembre 1907). Quant au niveau, le Vorwärts n’hésita pas à publier le poème d’un lecteur portant sur les « hommes de derrière », ce qui, dans ce contexte, renvoie à des rapports anaux (30 octobre 1907).

L’attitude du Vorwärts envers l’affaire Harden‑Eulenburg est marquée par une ambivalence fondatrice : le journal utilise le scandale comme une arme politique contre l’élite impériale, mais il alimente aussi des ressentiments massifs et profondément homophobes. Bien que le journal revendique une exemption pénale, il recourt dans le quotidien à de virulentes condamnations morales. Dans l’ensemble, la couverture privilégie le sensationnalisme populaire, afin de miner durablement l’image de la monarchie.
Le scandale Brand/Bülow (1907)
Trois ans plus tard, survint un scandale similaire autour d’Adolf Brand. Brand accusa le chancelier allemand en exercice, le prince Bernhard von Bülow, dans une brochure du 10 septembre de l’homosexualité et affirma que Bülow entretenait des rapports intimes avec son secrétaire privé Max Scheefer. Le « Vorwärts » en rendit compte (2 octobre 1907) et estima que Brand, avec ses éléments de preuve, aurait des difficultés plus grandes que Maximilian Harden (3 novembre 1907). Cette remarque tenait au fait que l’affaire Brand‑Bülow était un dérivé direct de l’affaire Harden‑Eulenburg bien plus vaste. Dans le récit du procès, les différences entre le WhK et la Gemeinschaft der Eigenen furent aussi mises en évidence. Brand fut condamné à 18 mois de prison (7 novembre 1907, pp. 9‑11). Dans un commentaire étendu, le Vorwärts tomba sur le verdict et se félicita que ce qu’on appelait l’« hypothétique gouvernement homosexuel », la fameuse « Kammerherrschaft », soit désormais définitivement écarté (8 novembre 1907). Toutefois, la position de la rédaction vis‑à‑vis de Brand semblait partagée. Brand avait à l’époque tourné politiquement au sein du SPD et apportait du matériel utile pour lutter contre le Zentrum et la classe dominante, mais employait des moyens jugés répréhensibles sur le plan politique. Plus tard, le Vorwärts paraît insister sur les scandales provoqués par Brand sans s’allier politiquement avec lui.

L’assassinat d’Otto Klähn (1913)
En 1913, Otto Klähn, élève de 13 ans, fut victime d’un acte sexuel avec un adulte, assassiné et son corps fut démantelé. Le Vorwärts reporta l’affaire non seulement comme « l’acte d’un homosexuel », mais aussi comme une affaire de criminalité liée à l’homosexualité. Dès le premier article, le Vorwärts évoqua un homme suspect, mentionnant un « crime sexuel » (13 mai 1913). Le lendemain, l’article intitulé « L’acte sanglant de l’homosexuel » décrit en détail le déroulement des faits (14 septembre 1913). Le titre est critiquable non pas pour évoquer le « crime sanglant », mais pour mentionner « l’homosexuel », car dans une affaire de meurtre similaire, le journal n’aurait certainement pas évoqué un meurtrier hétérosexuel. Après seulement dix jours et deux jours de procès, Klähn fut condamné à cinq ans de prison, et Vorwärts en informa (23 et 24 septembre 1913) sans commenter.

Le scandale Redl (1913)
Le colonel Alfred Redl, chef du contre‑espionnage autrichien, fut victime d’extorsion en raison de son homosexualité et révéla des secrets à la Russie. Lorsqu’il fut démasqué en 1913, il se suicida. Le Vorwärts écrivit à ce sujet : « Il serait sage de ne pas accorder trop de crédit à ce récit de dégénérescence sexuelle. Il peut aussi s’agir d’une pure invention, conçue et destinée à fabriquer une excuse trompeuse ». Le titre choisi par la rédaction « Le Panama du militarisme autrichien » (1er juin 1913) fait référence au scandale du Panama des années 1890, comme symbolique de corruption et de dissimulation systémiques. Le Vorwärts n’a pas protégé Redl avec cette justification assez crue, mais a simplement voulu éviter que l’allusion à son homosexualité soit utilisée comme une défense. Quelques jours plus tard, Vorwärts écrivit aussi sur des « relations homosexuelles » (6 juin 1913), sans laisser de place au doute aujourd’hui quant à leur réalité. J’aborderai plus en détail le traitement médiatique de ce sujet jusqu’à la République de Weimar dans le prochain volet.
Couverture médiatique des homosexuels
Le mouvement homosexuel
Le premier mouvement homosexuel s’articulait autour de deux pôles majeurs. D’une part, Magnus Hirschfeld, qui, avec d’autres, fonda le Wissenschaftlich-humanitäre Komitee (WhK), la première organisation de défense des droits homosexuels dans le monde. Le WhK publiait depuis 1898 l’« Annuaire des interstices sexuels ». D’autre part, Adolf Brand, qui publiait depuis 1896 la revue « Der Eigene », l’un des tout premiers journaux homosexuels au monde dès 1898.
À l’arrière-plan se trouvait aussi Günther Graf von der Schulenburg, un aristocrate flamboyant qui s’engagea aux côtés de Hirschfeld et qui fut déchu de ses droits civiques pour des raisons liées à son homosexualité. Le Vorwärts critiqua certes l’expertise du psychiatre ayant conduit à sa mise sous tutelle, mais employa le titre « Haute dégénérescence » pour cet article (26 novembre 1913). Pour Schulenburg, voir aussi « Anders als die Andern » (1906, pp. 99‑106).
Les condamnations suivant le § 175
Pour le mouvement homosexuel, l’abolition complète du § 175 était l’un des objectifs les plus importants. En raison du tabou linguistique, les homosexuels furent souvent désignés dans le Vorwärts par le simple sobriquet « 175 ». Cela se remarque dans le choix des titres du Vorwärts, tels que « La gouvernance secondaire du § 175 » (24 octobre 1907) ou « § 175 dans la caserne » (14 décembre 1907). De cette manière, le § 175 — aux côtés du § 218 relatif à l’avortement — est devenu l’un des numéros les plus connus du droit pénal.
Dans des brèves généralement non commentées, le « Vorwärts » rapporta des procès liés au § 175 qui aboutissaient le plus souvent à des condamnations, comme pour le musicien Franz Legula (16 juillet 1896), un tenancier berlinois de la Müllerstraße (29 juin 1900), le major Graf Nikolaus Pückler (6 octobre 1904), le marchand Karl Moscholl et Gustav Haupt (20 août 1905), un officier déserteur (19 décembre 1907) et le « imitateur de dames » et serveur Karl Röseler (4 juillet 1913). On voit aussi pointer des réticences vis‑à‑vis de la prostitution (1er novembre 1904) et de la « séduction » (20 décembre 1908).
Dans certains cas, le journal rapporte aussi les victimes d’extorsion fondées sur l’homosexualité, comme Benedict Friedländer (16 décembre 1905 ; cf. 19 janvier 1904, 20 septembre 1905 et 18 mai 1913). Les positions les plus nettes du Vorwärts contre le § 175 se retrouvent dans des contributions sur des extorsions, comme dans le cas Redl. Dans le cadre d’un chantage, la rédaction, en plus de réclamer l’abolition du § 175, soulignait que celui qui aurait « acquis une inclination homosexuelle » et ne ferait pas partie des personnes réellement « prédisposées » ne bénéficierait pas de « droit à une protection spéciale ». Un autre commentaire apparaît comme cohérent : « Le fait que les cas d’extorsion visent naturellement des personnes riches (…), ne peut pas nous amener à ne pas combattre l’injustice (…) du § 175 » (6 juillet 1910).
Il n’est pas choquant en soi que le « Vorwärts » ait aussi documenté des cas où des homosexuels étaient eux‑mêmes auteurs et avaient abusé sexuellement d’enfants ou de mineurs. Les rares récits des actes de Richard Bartsch (30 septembre 1908), Oscar Behrens (12 novembre 1910), Jung l’aide‑éducateur (8 avril 1911) et K. Braun (25 juin 1914) pèsent peu dans la balance. La date de parution suggère toutefois que ces cas ont été publiés parce que l’attitude sociale envers les homosexuels s’était dégradée depuis l’affaire Harden‑Eulenburg.
Le milieu homosexuel
Où les homosexuels pouvaient‑ils se rencontrer et comment s’organisaient‑ils ? Malgré le mouvement homosexuel, les reportages sur le milieu homosexuel dans l’Empire allemand restent rares. Le fait que les articles du « Vorwärts » apparaissent à partir de 1907 témoigne encore une fois des répercussions de l’affaire Harden‑Eulenburg.
Ont été évoqués, entre autres, un trio de criminels; des liaisons masculines dans le Tiergarten ou dans la Friedrichstraße; et une scène masculine dans la Behrenstraße (28 août 1907). Il a aussi été question d’un procès à Magdebourg concernant 17 homosexuels, d’un cercle d’amitiés et de documents comme des lettres d’amour (3 décembre 1910). Lors d’une descente dans un petit local homosexuel de la Kochstraße à Berlin, cent hommes furent arrêtés (10 décembre 1912). Sous le titre « Le leurre pour les débauchés », on insistait sur le fait que dans la Friedrichstraße berlinoise, le roman de Robert Musil « Les Confusions du jeune Törless » n’était bien vendu que depuis que le livre était promu avec une référence à l’homosexualité (18 novembre 1913).
Cette couverture négative du milieu est comparable à celle du milieu à l’étranger : à Belgrade, un club homosexuel fut découvert, des arrestations eurent lieu et l’on annonça l’existence de deux autres clubs (12 janvier 1908). Dans un « restaurant mal famé » à Paris, 28 homosexuels furent arrêtés, dont 16 furent envoyés en prison (1er mai 1908). Dans une baignade publique à Budapest, 24 hommes et garçons furent arrêtés lors d’une « orgie » et l’on prétendait qu’il existait une « organisation formelle des homosexuels » (24 novembre 1909). Même à Chicago, on évoqua l’existence d’un « club ». Tous les articles du « Vorwärts » sur le milieu se lisent dans un ton largement dépréciatif, souvent criminalisant et renvoyant à ce que beaucoup d’individus imaginent d’un « milieu » homosexuel.
Belletristique homosexuelle
Thomas Mann demeure une figure majeure de la littérature européenne et une lumière littéraire. Sa nouvelle homoérotiques, « La Mort à Venise » (1912), fut publiée et largement bien accueillie, et ceci se reflète aussi dans le « Vorwärts ». Dans une longue recension, on signale Goethe et l’« Explication des tendances pédérastiques » de Winckelmann, où s’opère une « admiration esthétique » qui se transforme en une « passion sensuelle » (25 avril 1913). Plus de dix ans plus tard, on note que la nouvelle explore les « zones sombres de la psychologie des artistes » (6 juin 1925). Une description quelque peu crue montre que « l’amour stérile est anéanti par le spectre de l’amour homosexuel » (9 juin 1927).
Sous le pseudonyme Sagitta, l’écrivain John Henry Mackay publia « Die Bücher der namenlosen Liebe » (1906). Lorsque son tract « Sagitta: Gehör! Nur einen Augenblick » donna lieu à des échanges juridiques, le Vorwärts en fit état sans commenter (10 décembre 1908; cf. 11 décembre 1908). À propos de l’écrivain danois Herman Bang, le Vorwärts écrit un an après sa mort : « Il succomba à son orientation (homosexuelle) » (28 février 1913). Dans le cadre de la critique de Gustav Naumann : « Vom Lärm auf dunkeln Gassen » (1907), il est dit que l’enseignant était un « homosexuel » soupçonné d’avoir des relations sexuelles avec des élèves (7 mars 1907). De nombreux articles du « Vorwärts » sur la littérature n’offrent pas d’indication claire sur l’opinion de la rédaction.
Documentation homosexuelle non fictionnelle
Il ressort que, presque uniquement dans une fenêtre temporelle déterminée, le Vorwärts a signalé des ouvrages de science sexuelle et d’éducation sur l’homosexualité (parfois avec des publicités), comme Caspar Wirz : « Der Uranier vor Kirche und Schrift » (14 juillet 1905), Ferdinand Karsch-Haack : « Forschungen über gleichgeschlechtliche Liebe » (3 février 1906), Oscar Schumann-Arndt « Wir vom dritten Geschlecht » (12 novembre 1907), Hermann Michaelis « § 175. Die Homosexualität in Sitte und Recht » (1er décembre 1907) et M. Braunschweig : « Das dritte Geschlecht » (16 mars 1910). L’opinion du Vorwärts est clairement apparente dans un seul cas, lorsque l’anthologie homosexuelle d’Elisar von Kupffer « Lieblingminne und Freundesliebe » (1900) fut confisquée : le journal parla d’une « puritaine croisade pour la décence » (24 octobre 1903).

Au Vorwärts furent aussi signalés des ouvrages non fictionnels présentant l’homosexualité de manière négative, comme dans la publicité pour « Zur Homosexualität der Jesuiten » de Karl Heinrich Ritter von Lang (26 novembre 1908), qui surveillait déjà, depuis 1890, les prétendues fautes homosexuelles au sein de la Compagnie de Jésus. Dans l’ensemble, les appels à une littérature émancipatrice dominaient encore à cette époque.
Conférences sur l’homosexualité
Magnus Hirschfeld prononça une multitude de conférences émancipatrices sur l’homosexualité. Contrairement à la période de Weimar, en l’Empire allemand, de nombreuses interventions d’autres orateurs furent annoncées. Dans certains cas, les orateurs ne sont pas cités (4 mars 1900) ou restent inconnus aujourd’hui comme le naturaliste R. Geist (12 mars 1901), l’Herboriste M. Grundmann (3 avril 1902) et G. Wagner (4 décembre 1902). Le fait que ces conférences aient été données dans le cadre d’associations de bien-être animal et, par conséquent, dans le cadre du mouvement de réforme sociale, laisse entrevoir une certaine ouverture.
Plusieurs conférences des activistes homosexuels furent tenues autour du scandale Krupp. On compte en particulier la conférence de Reinhold Gerling le 11 mars 1903 sur « Les exclus du bonheur amoureux ou le troisième sexe et le § 175 » (10 mars 1903) et les deux conférences d’Adolf Brand et d’Edwin Bab sur le « Cas Krupp ! (…) Homosexualité et décence. Les trompés du bonheur amoureux et le § 175 » les 15 avril (12 avril 1903) et 24 avril (23 avril 1903).

Adolf Brand tint aussi plusieurs conférences autour du scandale homosexuel qu’il a initié autour du religieux Dasbach, notamment sur « Kaplan Dasbach et l’amitié amoureuse ». La conférence du 5 septembre 1904, réunissant 700 personnes, fut dissoute par la police, ce que le Vorwärts critiqua (6 septembre 1904). À deux autres conférences sur le même sujet, le 9 septembre 1904 (9 septembre 1904) et le 19 septembre 1904 (18 septembre 1904), des annonces publicitaires apparaissent dans le « Vorwärts ». Il est intéressant de noter que Brand est ici désigné comme un « camarade », ce qui désigne une appartenance au SPD et qui constitue une piste jusqu’ici inconnue dans l’histoire homosexuelle. En mars 1905, Brand annonça vouloir donner une nouvelle conférence, mais les autorités menacèrent d’interrompre la réunion; Brand cita des noms d’homosexuels et la police mit fin à la réunion sous menace d’emploi d’armes. Le Vorwärts critiqua indirectement l’attitude policière (28 mars 1905).

Reportage sur les « travesties »
« Transvestites » — un terme qui, à l’époque, était à la fois une auto‑dénotation et une appellation externe — furent fréquemment criminalisés par le « Vorwärts », comme le montre l’exemple de Karl Röseler, serveur berlinois, plusieurs fois arrêté en femme, condamné pour « relation non naturelle » et ayant un casier judiciaire (14 octobre 1893, 31 janvier 1899, 4 juillet 1913). Le 28e année, Heinrich Müller vola des vêtements de dames « par volupté » et qu’il « se tenait dans des cercles homosexuels » (14 mars 1911). Dans de tels cas, le Vorwärts ne relevait pas l’injustice du § 175 ni ne légitimait pas le port de vêtements du sexe opposé.
Lorsque Magnus Hirschfeld intervenait en tant qu’expert, le ton du Vorwärts changeait. Les prévenus avaient désormais quelqu’un pour les défendre, comme le jeune Julius Eichbaum de Berlin‑Lichterfelde, décrit par les articles de presse — y compris dans le Vorwärts — comme une « fausse dame d’honneur » (4 octobre 1910, 1er avril 1911). Avec son expertise, Hirschfeld fit obtenir à des personnes comme le commerçant Josef Meissauer l’autorisation de porter des vêtements féminins (5 octobre 1911). Un homme arrêté en vêtements féminins déclara qu’il se dirigeait vers Hirschfeld pour demander conseil (23 août 1912).
Un certain degré d’ouverture se lit aussi dans la recension du livre de N. O. Body (Karl M. Baer) « Aus eines Mannes Mädchenjahren ». Le livre raconte la vie réelle d’une personne née intersexe, élevée en fille puis ayant fait modifier son acte de naissance. La critique du Vorwärts du livre de N. O. Bodys fut comparée au roman « Verben Junkers Liebe », consacré à un amour lesbien et présenté comme plaidant en faveur de l’acceptation de l’homosexualité (19 juin 1907), montrant une ouverture sur ce thème.
Les lesbiennes restent sous‑représentées
Que le Vorwärts couvre presque exclusivement l’homosexualité masculine s’explique par des raisons juridiques, mais aussi sociétales et économiques: alors que les hommes homosexuels étaient criminalisés et visibles dans le discours public, les femmes lesbiennes demeuraient juridiquement invisibles et davantage confinées à la sphère privée. Dans les débats politiques, comme lors de la session du Reichstag du 29 novembre 1907, les lesbiennes n’étaient presque jamais mentionnées (30 novembre 1907). L’élargissement du § 175 aux femmes fut finalement rejeté.
Seule une seule mention évoque l’existence d’un milieu lesbien. Sous le titre « Le club homosexuel — nouvelle communauté féminine », le Vorwärts se réfère à un article du journal sensationnaliste Die Glocke. L’auteur de cet article avait affirmé que les membres du club « Nouvelle Communauté féminine » étaient lesbiennes, ce qui entraîna le procès de cinq membres du club pour offense. Le tribunal les a néanmoins acquittés, jugeant les indices « globalement plausibles ». Le communiqué du Vorwärts ne reproduit pas le commentaire du tribunal sur ce point.
Sur la perception des lesbiennes dans l’art et la culture, je ne trouve qu’un seul indice dans le journal. Lors d’une mise en scène de la pièce d’August Strindberg « Kameraden », le critique décrit l’actrice « Frl. Somary » comme offrant « une étude finement travaillée » dans le rôle de la protagoniste homosexuelle intrigante nommée Abel (192 et s.). Abel est dans la pièce une amie de l’héroïne Berta et est présentée comme une femme émancipée dotée d’un esprit masculin. Qualifier des femmes émancipées de « masculine » peut être perçu comme un code contemporain à la fois pour le dépassement des rôles de genre et, implicitement, pour l’orientation homosexuelle.
La Première Guerre mondiale (1914‑1918)
Pendant la Première Guerre mondiale (de juillet 1914 à novembre 1918), le mouvement homosexuel entra en pause. Avec l’exhibition d’une « masculinité » militaire, cette période offrait peu d’espace pour des actions visant à revendiquer des droits pour des hommes perçus comme ayant des caractéristiques plus ou moins « féminines ». Cela se confirme aussi fortement dans le « Vorwärts » : le journal publia quelques références à des conférences de Magnus Hirschfeld, telles que « La psychologie de la guerre » ou « L’être de la personnalité humaine », mais pas même d’indications sur l’homosexualité dans le contexte de procès ou d’affaires criminelles.
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Fazit
La SPD porte une histoire longue et mouvante — parmi ses fondateurs figure August Bebel. Dans mon article E-llico.com « Comment August Bebel a réagi contre les « manipulateurs » homosexuels », j’ai mis en lumière la dualité de Bebel. Magnús Hirschfeld et August Bebel se rencontrèrent en 1890 et je suppose qu’impliqué par ce contact personnel, Bebel ait peut‑être enrichi son livre « La femme et le socialisme » (1879) publié dans les rééditions à partir de 1891 par des passages sur l’homosexualité et ait signé la pétition pour l’abolition du § 175.
Quelques années après que soit fondé, en 1897 à Berlin, un mouvement homosexuel, l’information sur l’homosexualité dans le Vorwärts s’est modifiée de manière positive, avec une différence marquée dans la façon dont le duo Hirschfeld et Brand fut traité par le journal.
Sur le plan politique, la lutte du Vorwärts contre le § 175 sous l’Empire est globalement convaincante. Toutefois, la reconnaissance d’une « homosexualité innée » et une « homosexualité acquise » furent différenciées, et le Vorwärts a souvent montré qu’il défendait surtout la première catégorie. Comme le journal a constamment plaidé pour une abolition du § 175, on peut lui attribuer des attentes pour une couverture émancipatrice qui, par exemple, ne serait pas uniquement fondée sur des propos dénigrant la scène homosexuelle.
Dans mon ouvrage « Anders als die Andern » (disponible en ligne ici), après l’analyse de journaux rhénans, j’en conclus que la période 1902‑1907 dans l’Empire allemand était plus ouverte et plus libre que la Weimar‑Rép., ce que démontrent aussi les articles du Vorwärts sur l’émancipation littéraire.
Dans l’ensemble, les nombreux articles ne forment pas une image cohérente en soi, en partie parce que l’esprit du temps changeait au sein de l’Empire et que les articles était dispersés dans différentes rubriques. Le choix des affaires judiciaires sur lesquelles le Vorwärts a porté son regard a évolué au fil du temps. À l’époque wilhelminienne, l’accent était encore sur les condamnations et les extorsions liées au § 175, faisant des homosexuels des victimes visibles. À l’époque de la République de Weimar, la part des articles qui criminalisaient les homosexuels augmenta. Le recueil « Späte Aufarbeitung. LSBTTIQ‑Lebenswelten im deutschen Südwesten » (éd. Landeszentrale für politische Bildung Baden‑Württemberg, 2018, p.50) résume l’attitude du SPD, qui est transposable au Vorwärts : « L’ambivalence du socialisme entre la volonté d’émancipation et l’homophobie instrumentale est restée une constante au XXe siècle ».
