Le VIH n’est plus l’infection mortelle qu’elle était dans les années 80 et 90. Pour les personnes infectées, il existe depuis longtemps des traitements, de sorte que le sida ne se déclare plus. Se faire contaminer lors de rapports sexuels non protégés pourrait néanmoins rester pour beaucoup un scénario d’horreur.
Holger Wicht est le porte-parole de la Deutsche Aidshilfe (DAH) et, dans cet entretien, explique ce que signifie être positif au VIH en 2025 et pourquoi et comment se protéger encore aujourd’hui contre une infection.
Monsieur Wicht, faut-il encore avoir peur du VIH en 2025 ?
Une grande peur ou panique, comme autrefois, n’est plus indiquée aujourd’hui. En effet, le VIH n’est plus cette infection mortelle qui, en quelques années, menait au SIDA et, en règle générale, à la mort. Avec le VIH, on peut aujourd’hui vivre normalement, avec une espérance de vie normale.
Depuis 1996, il existe des traitements efficaces contre le VIH et, depuis lors, les médicaments se sont énormément améliorés et sont aujourd’hui peu lourds côté effets secondaires. Ils empêchent la réplication du VIH dans l’organisme au point que le virus n’est plus détectable dans le sang et ne peut presque plus causer de dommages.
Cela signifie aussi que la transmission par des liquides corporels tels que le sperme et les muqueuses n’est plus possible. Une transmission sexuelle est donc exclue. Lors d’un accouchement, le risque de transmission est inférieur à un pour cent. Les personnes vivant avec le VIH peuvent donc, à tous égards, vivre comme les autres, y compris sur le plan de la sexualité et de la procréation, c’est-à-dire concevoir et donner naissance à des enfants de manière naturelle.
Mais il ne faut probablement pas prendre le risque de s’infecter malgré tout ?
Bien sûr, il reste utile de se protéger contre le VIH. Une certaine peur ou un sentiment de menace joue donc aussi un rôle protecteur. Car il s’agit toujours d’une maladie chronique pour laquelle il n’existe pas encore de remède. Le système immunitaire des personnes concernées est légèrement activé en arrière-plan, car certaines cellules virales persistent dans ce que l’on appelle des réservoirs. Pour empêcher qu’elles ne se multiplient à nouveau, il faut prendre les médicaments tout au long de la vie, comme si l’on posait un bouchon sur le problème.
Et une infection a bien sûr des conséquences sociales. Les personnes vivant avec le VIH doivent se demander : est-ce que je le dis à mon entourage ou est-ce que je le garde pour moi ? Si elles choisissent de le dire, elles subissent malheureusement encore de la discrimination.
Beaucoup de gens ressentent encore une certaine gêne envers les personnes vivant avec le VIH, par exemple ils ne boiraient pas dans le même verre, n’utiliseraient pas les mêmes toilettes ou n’accepteraient pas un petit baiser sur la joue. Or ce sont des situations où une transmission est totalement exclue, même sans traitement.
Que conseillez-vous aux personnes qui veulent se protéger contre le VIH ?
Nous parlons aujourd’hui de Safer Sex 3.0, car il existe trois façons de se protéger lors des rapports sexuels. L’une est la protection déjà évoquée par le biais du traitement : si mon partenaire est séropositif et suit un traitement, il n’y a pas de risque de transmission. Il faut toutefois pouvoir faire confiance à l’autre, ce qui est généralement possible après un certain temps dans le cadre d’une relation stable.
En cas de rapports avec des personnes inconnues et de partenaires qui se succèdent fréquemment, la protection demeure particulièrement importante. Cela vaut surtout pour les groupes où le VIH est plus fréquent que dans la moyenne, à savoir les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, les personnes qui consomment des drogues par voie intra-veineuse et les personnes originaires de pays où le VIH est plus répandu. La probabilité de tomber sur un partenaire positif est alors plus élevée. On ne sait pas toujours si l’autre personne est séropositive et sous traitement.
Il existe toutefois deux méthodes fiables pour se protéger. La première, c’est le bon vieux préservatif. Et il y a aussi, depuis quelques années, la prophylaxie pré-exposition, ou PrEP, destinée aux personnes à risque élevé de VIH. Il s’agit d’une prévention médicamenteuse que des personnes sans VIH prennent pour se protéger contre une infection. Les deux doivent être utilisées correctement. Si l’on se sent à l’aise avec les préservatifs, ils offrent une protection fiable. Si l’on a plutôt des difficultés — par exemple à les rouler correctement ou à se souvenir d’en prendre après avoir bu — on peut envisager la PrEP. L’Aidshilfe conseille par téléphone et en ligne sur la manière de trouver un médecin ou un centre qui assure un suivi.
Nous recommandons aussi aux groupes les plus concernés de faire régulièrement un test VIH une fois par an, indépendamment de leurs expériences sexuelles et de leurs pratiques de protection. Mais pour tout le monde, en cas de risque connu, mieux vaut tester un peu plus tôt que d’attendre trop longtemps.
