L’organisation de défense des droits humains Amnesty International adresse de graves accusations au président américain Donald Trump. La première année de son second mandat, marquée par des attaques ciblées contre la justice, les médias et les minorités, s’est avérée désastreuse, résument les militantes et militants dans leur rapport annuel. Mais le gouvernement fédéral porte aussi sa part de responsabilité.
Le gouvernement du Républicain à la Maison-Blanche agit comme un « accélérateur d’incendie » pour une crise mondiale des droits humains, déclarait Amnesty dans son rapport sur la situation mondiale de l’année écoulée.
La crise serait aggravée par les pratiques autoritaires des gouvernements du monde entier. « Ils exercent une violence militaire impitoyable, répriment les protestations pacifiques, bafouent l’État de droit et violent systématiquement les droits des personnes vulnérables », affirme-t-on.
Accusation de politique d’apaisement
Serait responsables « mais aussi des gouvernements qui pratiquent l’apaisement, au lieu d’opposer une autre politique à cette évolution », a déclaré la secrétaire générale d’Amnesty Deutschland, Julia Duchrow, lors de la présentation du rapport à Berlin. « La très grande majorité des États membres de l’UE en font partie, en particulier le gouvernement fédéral », a-t-elle ajouté.
Avec l’apaisement, on désigne la politique du Premier ministre britannique de l’époque, Neville Chamberlain, dans les années 1930, qui cherchait à éviter la guerre en approuvant l’annexion des Sudètes tchécoslovaques par l’Allemagne nazie.
Économie et sécurité plus importants que les droits humains ?
Dans sa politique étrangère, le gouvernement fédéral placerait les intérêts économiques et sécuritaires au-dessus du droit international et de la protection des droits humains, critiqua Duchrow. C’est très problématique, car cela fragilise les droits humains et les règles internationales établies après la Seconde Guerre mondiale. « On porte la hache contre ces institutions et le droit international. »
Comme exemples, Duchrow cita les attaques contre le Venezuela et l’Iran, illégales au regard du droit international, le soutien au gouvernement israélien, le silence face à la répression des Ouïghours par la Chine, ou encore la coopération avec des régimes à l’encontre des droits humains pour la gestion des migrations.
Attaques à l’État de droit et à la démocratie
Le président américain Trump aurait, immédiatement après son investiture, pris un nombre sans précédent de mesures qui « érodaient l’État de droit, laissaient entrevoir une prise de pouvoir arbitraire et avaient un caractère autoritaire », précise le rapport pays sur les États-Unis.
Cela comprenait des attaques contre la justice, les médias et les opposants politiques. Des partisans condamnés du gouvernement auraient été graciés. Le rapport critique aussi le traitement des migrants et des minorités et de leurs droits. « Le gouvernement restreignait la protection des personnes lesbiennes, gay, bisexuelles, trans et intersexuées et prenait des mesures visant particulièrement les personnes trans », indique le rapport.
Parmi ces mesures, les perquisitions de l’agence d’immigration, l’ICE, dans la lutte contre l’immigration irrégulière avaient suscité les critiques des défenseurs des droits humains. L’ICE aurait massivement détenu des personnes. Des milliers auraient été détenues dans des établissements surpeuplés et dans des conditions inhumaines.
Violence policière contre les manifestants pacifiques ?
À l’égard de l’Allemagne, Amnesty dénonce notamment des violences apparemment disproportionnées à l’encontre de participants pacifiques à des manifestations pro-Palestine.
Les militantes et militants s’inquiètent aussi des restrictions de la liberté d’expression, par exemple lorsque, lors de manifestations, les slogans en arabe ou en hébreu seraient interdits de manière générale. L’interdiction du cri « From the River to the Sea » et sa mise en œuvre est critiquée par Amnesty comme une « criminalisation généralisée ».
L’Allemagne aurait enfreint le principe de non-refoulement en expulsant 83 personnes vers l’Afghanistan et une personne vers la Syrie.
Propos stigmatisants alimentent les peurs
L’organisation critique également des membres du gouvernement allemand non nommément cités. « Des propos stigmatisants de représentants de l’État et l’absence de protection des droits des personnes LGBTI+ alimentent la peur des crimes de haine dans la communauté; on a par exemple rapporté une augmentation des attaques contre les événements Pride », indique le rapport. Le nombre de crimes à caractère raciste, antisémite et anti-musulman ou visant les personnes queer et d’autres minorités aurait plus que doublé par rapport à l’époque pré-pandémique, selon les chiffres disponibles.
Le rapport mentionne aussi le projet du ministère de l’Intérieur d’introduire des registres spéciaux pour recenser les personnes trans et non binaires. « Cela conduirait à ce que des personnes soient outées contre leur gré », critique l’organisation de défense des droits humains.
Forte critique envers Israël
Egalement au centre des critiques d’Amnesty demeure Israël. Sa conduite militaire dans la bande de Gaza est dénoncée comme un génocide — une accusation actuellement examinée par la Cour pénale internationale à La Haye et rejetée catégoriquement par de nombreux États occidentaux, dont l’Allemagne.
Les militants des droits humains accusent aussi Israël d’un système d’apartheid qui entraîne des déménagements forcés dans les territoires occupés de Cisjordanie. Par le passé, les critiques acerbes d’Amnesty International envers Israël ont été parfois interprétées comme antisémites. L’organisation réfute cela.
Amnesty critique aussi fortement les violations des droits humains par le gouvernement iranien. Ainsi, l’organisation dénonce l’année dernière le plus grand nombre d’exécutions en République islamique depuis 1989. Elle critique aussi les violences contre les manifestants et les violations du droit international humanitaire par des attaques de missiles sur des cibles civiles en Israël.