Bond, le Bond queer : L’autre histoire de 007

11 juillet 2026

James Bond est considéré comme l’emblème du séducteur hétérosexuel. Toutefois, un nouvel ouvrage éclaire les liens surprenamment étroits entre l’univers de 007 et l’histoire LGBT+. Bond, Queer Bond: The Fabulous Other History of a Spy, de l’auteur britannique Mark O’Connell, raconte comment des artistes queer — créateurs, écrivains, acteurs et producteurs — ont façonné la saga Bond au fil des décennies.

« À première vue, la situation semble claire : entre 007 et l’histoire queer, il n’existe pas vraiment de connexion », a confié O’Connell à la Deutsche Presse-Agentur à Londres. « Mais lorsque dans l’histoire d’une icône culturelle aussi durable que James Bond des figures, des influences marquantes et des lectures alternatives manquent, alors on ne raconte pas la véritable histoire du Commander Bond. »

Quel influence Oscar Wilde a-t-elle sur 007 ?

Selon O’Connell, un film consacré à Oscar Wilde est en partie à l’origine du lancement de la série Bond en 1962. Le producteur de cinéma Albert R. « Cubby » Broccoli avait produit en 1960 le drame The Trials of Oscar Wilde. Malgré une forte pression des censeurs moraux américains, il refusait de couper une scène évoquant l’homosexualité. Cette décision a coûté cher à son film à l’époque et l’a poussé à chercher un nouveau projet porteur — et il a misé sur 007.

Ce n’est d’ailleurs pas la seule référence à Oscar Wilde. Le designer Bond légendaire Ken Adam avait, lors de The Trials of Oscar Wilde, développé des motifs stylistiques qui allaient plus tard façonner l’esthétique des films Bond. O’Connell décrit notamment comment certains agencements d’espace et certaines perspectives du film Wilde réapparaissent dans des Bond classiques comme Dr. No ou Thunderball.

Des liens peu connus, des contradictions déstabilisantes

O’Connell met en évidence de nombreuses connexions curieuses et peu courantes entre Bond et l’histoire de la culture queer. « Je voulais vraiment comprendre pourquoi certaines décisions artistiques, créatives et audacieuses ont contribué à faire de la franchise Bond ce qu’elle est aujourd’hui », affirme-t-il. « Cette perspective ne se contente pas d’ajouter à la chronologie bien connue de 007 — elle transforme et enrichit notre compréhension de James Bond de manière fondamentale. »

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Le long des pages, on découvre que William Plomer, correcteur littéraire de longue date pour Ian Fleming et écrivain-poète ouvertement homosexuel, fut l’un des soutiens les plus importants des romans Bond. Plomer incitait Fleming à persévérer avec Bond, relisait les manuscrits et pressentait tôt le potentiel d’une longue série. Fleming lui dédiera même le roman Goldfinger.

Mais les recherches de l’auteur ne sont pas exemptes de paradoxes. Ainsi, le monteur et réalisateur gay Peter Hunt (« Au service secret de Sa Majesté ») a indiscutablement façonné la manière dont l’hétérosexualité masculine est présentée et reçue dans les Bond des années 1960, avec Sean Connery et George Lazenby. « Pourtant, il était légalement interdit à lui d’aimer et de vivre avec l’homme qu’il avait choisi. »

Une bande lesbienne, un duo de tueurs homosexuels

O’Connell ne se contente pas d’examiner des contextes historiques : il analyse aussi des sous-tons queer présents dans les romans et les films de Bond, notamment la bande lesbienne autour de Pussy Galore dans le roman Goldfinger et les tueurs excentriques et homosexuels Mr. Wint et Mr. Kidd dans Diamantsférof — selon lui, « deux des premiers hommes gays que j’ai vus quelque part ».
Il pointe aussi le personnage de Silva, antagoniste ambigu interprété par Javier Bardem dans Skyfall, ainsi que l’acteur ouvertement gay Ben Whishaw, qui incarne M. Q, le technicien dont l’homosexualité est brièvement évoquée dans une scène de No Time to Die.
« Bond, Queer Bond » relie l’histoire queer à la culture cinématographique et populaire. Pour étayer son récit, O’Connell s’appuie sur des lettres, des récits de production, des documents d’archive et des liens personnels avec l’univers Bond. À noter : son grand-père a d’ailleurs travaillé pendant des décennies pour la famille Broccoli et leur société de production EON.

Informations sur le livre
Mark O’Connell: Bond, Queer Bond. The Fabulous Other History of a Spy. 373 pages. The History Press. Cheltenham 2026. Edition Brochée: 21,25 € (actuellement sur amazon.fr, ISBN 978-1837050437). Ebook: 12,94 €

Élise Fournier