Mit gemischtem bis enttäuschendem Fazit, du moins par rapport aux années précédentes, tel était l’impression dominante pour beaucoup cette année concernant l’ensemble de la compétition des 83e Mostra de Venise. Ce n’est pas pour autant que l’édition manquait de films forts: le lauréat danois du Lion d’Or « Woman Unknown », le documentaire bouleversant « Naza », « Possible Love » du Coréen Lee Chang-dong ou « Wild Horse Nine » figuraient parmi les productions séduisantes qui ont finalement reçu des prix.
La cuvée de films queer, quant à elle, s’est révélée plutôt faible. Le programme destiné au Queer Lion, décerné depuis 2007 par un jury indépendant, s’est avéré légèrement plus resserré et moins en vue que lors des années antérieures. Néanmoins, cette année encore, dans la programmation vénitienne, quelques œuvres du point de vue LGBTI ont mérité d’être mentionnées ici.
Et on ne parle pas ici de « The Basics of Philosophy » du grand maître américain Paul Schrader. Car son récit autour d’un professeur de philosophie (Jack Huston), qui s’intéresse secrètement à une gay-bar du village voisin et, après une faute commise avec un mineur, explore s’il est possible de changer ou du moins de pardonner, s’est avéré latentement homophobe.
Queer Edward II
Le véritable petit chef-d’œuvre s’est avéré être le documentaire « Queer Edward II » de Theo Rollason, qui a mérité à juste titre l’un des deux Queer Lions. Le Britannique revient sur l’année 1991, lorsque la vie queer au Royaume‑Uni, même après l’ère Thatcher, était loin d’être simple. Le cinéaste, HIV‑positif, Derek Jarman, avait adapté Christopher Marlowe’s « Edward II » en un film de protestation gay radical pour le grand écran (notamment avec Tilda Swinton). À partir d’une abondance d’images tournées jamais vues auparavant, le film ne propose pas seulement un portrait touchant — et souvent merveilleusement drôle — d’un artiste hors du commun, mais offre aussi un regard saisissant sur une époque qui semble loin, et qui résonne néanmoins encore aujourd’hui.
The Color of the Sun
La queerness dans « The Color of the Sun », premier long métrage du Canadien Xavier Tera, est subtile. Son protagoniste Kamei est un adolescent plutôt taciturne, en deuil de son père, vivant à Okinawa et qui, s’il est attiré par une camarade de classe, se retrouve aussi fasciné par Colin, un camarade qui vit avec ses parents sur l’une des bases militaires américaines voisines. Bien qu’il n’apporte pas de renouveau fondamental au genre coming‑of‑age, le film offre de nombreux atouts: Naoto Shimajiri dans le rôle principal, la langue visuelle envoûtante du directeur de la photographie Sayombhu Mukdeeprom, et surtout le cadre. Okinawa y est dépeinte comme un lieu tiraillé entre identités: subtropical et profondément enraciné dans les traditions, intégré au Japon au XIXe siècle, mais aussi façonné par des décennies d’influence américaine durant l’occupation post‑seconde guerre et par la présence persistante des forces armées américaines, même après le retour de l’île au Japon.
The Echo Chamber
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En tant que film queer, « The Echo Chamber » ne passe pas véritablement pour tel. Cependant, en tant que seul film signé par un réalisateur ouvertement queer en compétition pour le Lion d’Or, il mérite d’être mentionné ici. Quatre ans auparavant, le réalisateur italien Andrea Pallaoro — qui vit désormais aux États‑Unis et tourne exclusivement en anglais — avait pris Venise d’assaut avec « Monica », portrait sensible d’une femme trans jouée par Trace Lysette. Cette fois, il s’intéresse au dernier scénario de son collègue légendaire Bernardo Bertolucci et raconte l’histoire d’un producteur de musique souffrant de douleurs dorsales et de problèmes de dépendance, d’une médecin (Alicia Vikander) qui veille à son bien‑être physique, et d’une chanteuse vieillissante (Susan Sarandon, dans un rôle à la Marianne Faithfull) qui prépare un retour discographique. Le résultat est un huis clos atmosphérique, volontairement ambigu, mais parfois aussi ennuyeux, dans lequel la sœur queer du protagoniste et sa partenaire apparaissent de temps en temps.
Hombre al agua
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Comme l’auteur de ces lignes n’a pas pu voir certains films queer sur place à Venise pour des raisons de calendrier (par exemple « London » de Victor di Marco et Márcio Picoli, également récompensé par le Queer Lion), d’autres œuvres ne rentrant pas dans le cadre du Queer Cinema se glissent ici. Il existe pourtant des raisons suffisantes d’inclure malgré tout la nouvelle réalisation de Gael García Bernal dans ce texte. Bernal, qui joue le rôle principal dans ce curieux mélange de drame familial, de critique sociale et de mélodrame, saupoudré d’une bonne dose de telenovela, a même fait appel à Ricky Martin dans son casting (E-llico.com l’avait relaté). Et Martin peut incarner un acteur gay qui serait l’alter ego du protagoniste, lorsque son épouse souhaite tourner un film sur sa vie. Une apparition modeste, mais avec beaucoup de clin d’œil. Bernal lui-même, fort de ses réalisations comme « Y Tu Mamá También » ou « Cassandro », demeure l’un de nos straight allies favoris.
Peau d’homme

L’un des moments forts du volet queer à Venise fut sans doute son dénouement, dans le cadre de la section parallèle Giornate degli Autori. La Française Léa Domenach a adapté « Peau d’homme », l’adaptation française de la bande dessinée éponyme de l’auteur homosexuel Hubert, décédé il y a quelques années, qui avait connu un grand retentissement en France. Situé quelque part entre une relecture d’époque et un conte queer féministe, le film raconte l’histoire de Blanche (Claire Pommet), princesse qui, à l’orée du fin du Moyen Âge, refuse d’épouser le chef de guerre Melchior (Louis Peres) qui lui est destiné. Pour qu’elle puisse au moins le rencontrer, sa marraine et bonne fée (Catherine Deneuve) lui remet une « peau d’homme » magique qui lui permet de se transformer en Léonard, un jeune homme (Stefan Crépon). Et dans cette peau, non seulement Blanche se sent étrangement à l’aise, mais Melchior prend aussi grand plaisir à elle. Là où certains films en France sont généralement sobres dans leurs sex‑scènes, Domenach aborde, avec une franchise assumée, des scènes qui peuvent déstabiliser — elle explique toutefois, dans l’entretien, qu’elle espère toucher un public large et jeune.
La musicienne queer nommée Pommet, alias Pomme, dans le rôle principal, apparaît comme une découverte charmante, et Crépon et Peres forment ensemble un duo absolument adorable.