Comme si sa relation amoureuse avec une femme trans ne rentrait pas dans le cadre

28 décembre 2025

On pourrait presque appeler cela de l’art ce que tente de faire la série « aspekte » dans son reportage, à l’occasion du 10e anniversaire de la mort de David Bowie le 10 janvier 2026, une approche malheureusement discutable, puisqu’il s’agit d’une ignoble ignorance. Et par art, je n’entends rien d’autre que le fait de laisser, avec une certaine virtuosité, s’envoler des détails essentiels de la vie de Bowie. Je suppose que cela a été fait délibérément. D’accord, le documentaire fonctionne plutôt bien là où il s’agit du musicien Bowie : on y découvre comment sa musique est née, comment le studio fonctionnait, avec qui il s’est entouré, comment il improvisait ses textes, etc. Et aussi, qui le copie aujourd’hui et en profite. Cela fait aussi partie d’une immense histoire de réussite‑phénomène.

Il s’agit toutefois aussi d’un reportage qui, dans le cadre des années berlinoises de Bowie, parvient réellement à omettre complètement sa relation avec Romy Haag. Le présentateur Jo Schück, accompagné de Thilo Schmied, qui propose des visites guidées sur Bowie depuis des années, passe justement devant le local qui s’appelait à l’époque « Anderes Ufer », où Bowie célébrait son 30e anniversaire au début de l’année 1977, en compagnie de Romy et de nombreux invités. Sans parler du fait qu’à l’angle de la Fugger-/Welserstraße se tenait le « Chez Romy Haag » entre 1974 et 1984, où Bowie venait volontiers pour des raisons évidentes.

Une perspective résolument hétérosexuelle

Que la rédaction d’aspekte ait, précisément, eu un problème avec ce détail des années berlinoises de Bowie en dit long. Comme si sa relation amoureuse avec une femme trans n’entrait pas dans le cadre. Ce qui ne me surprend pas compte tenu de la façon dont le documentaire aborde la sexualité. Bien sûr, il est question des nombreuses femmes, des quelques hommes et aussi des mineurs qui ont partagé son lit. Et d’autres encore ? Dans l’une des scènes, le terme genderfluid est employé. Avec cette perspective résolument hétérosexuelle, ils n’ont certainement pas compris ce que cela signifiait réellement pour Bowie.

À la fin du reportage, l’action se déplace vers New York, où Jo Schück retrouve le producteur Tony Visconti, qui n’avait pas seulement des liens professionnels avec Bowie. Alors que le dernier album était en cours, Bowie apprenait qu’il souffrait d’un cancer. Il arriva à la préréunion coiffé d’un bonnet en laine et, pour montrer à Visconti ce qui se passait, il l’enleva et révéla un crâne rasé par la chimiothérapie. Visconti a comparé cela à un souvenir berlinois et raconte que c’est ainsi que les travestis du spectacle arrachaient leur perruque.

Il est certain qu’il avait vu ce geste dans le show de Romy Haag — c’était son rappel, sa reprise de Shirley Bassey, « This Is My Life ». Le fait de se souvenir d’elle aujourd’hui comme d’une travestie ne lui rend pas justice.

Élise Fournier