Malgré des pressions, notamment de la part de groupes lobbys religieux, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (PACE) s’est prononcée jeudi par une résolution contre ce qu’on appelle les « thérapies de conversion ». Les 46 États membres sont appelés à adopter des lois et des directives visant à combattre toute mesure ou tout effort visant à modifier, supprimer ou faire taire l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou l’expression de genre d’une personne, fondés sur la croyance erronée que ces aspects centraux de l’identité seraient pathologiques, indésirables ou en quelque sorte modifiables.
Pour la résolution, 71 députés ou envoyés des parlements européens ont voté en faveur, 26 se sont abstenus et deux ont voté contre. Les voix de refus provenaient, selon le résultat du vote, principalement du groupe « Conservateurs européens, patriotes et affiliés », auquel appartient l’AfD — les trois députés du parti ont voté contre le texte. Du côté du Parti populaire européen (PPE), auquel appartient l’Union, il y a eu quelques votes contre mais la majorité a approuvé. La seule autre personnalité allemande intervenue dans ce vote organisé par groupe était une députée de Die Linke, qui a soutenu l’interdiction.
À la base de la recommandation se trouve un rapport présenté par Kate Osborne, députée travailliste britannique, que le Comité sur l’Égalité et la Non-discrimination avait adopté à l’unanimité préalablement. « L’Assemblée est profondément préoccupée par le fait que des pratiques de conversion continuent d’être pratiquées dans les États membres du Conseil de l’Europe, souvent à huis clos, malgré la prise de conscience croissante des dommages qu’elles causent et malgré l’interdiction par de nombreux ordres professionnels compétents. »
Une interdiction de ces pratiques peut s’appuyer sur certains soutiens : une Initiative citoyenne européenne contre la « guérison » des personnes homosexuelles et transgenres, qui s’adressait à la Commission européenne et non au Conseil de l’Europe indépendant (E-llico.com en avait parlé), avait réuni plus d’un million de signatures jusqu’à l’été dernier. En octobre, la Commission a annoncé son action contre les « thérapies de conversion » (E-llico.com en a fait écho). En 2023, la Fédération médicale mondiale a réaffirmé que ces traitements visant à « guérir » l’homosexualité ou l’identité transgenre sont dangereux et non éthiques — de telles méthodes constituent une « menace pour la santé et les droits humains de ceux et celles qui y sont soumis » (E-llico.com en a fait rapport).
Débat marqué par la transphobie
Une pétition en ligne contre le projet du Conseil de l’Europe lancé par le réseau fondamentaliste CitizenGo, connu en Allemagne surtout pour sa collaboration avec la « Demo pour tous », a été remise au parlement il y a quelques jours avec prétendument plus de 160 000 signatures. La « Demo pour tous » avait autrefois traîné sur scène un homosexuel qui n’assumait pas son orientation sexuelle (E-llico.com l’avait rapporté) et donnera en avril sur un congrès à Cassel la parole à l’ancien dirigeant de l’organisation homo‑guérisseurs « Wüstenstrom ».
CitizenGo s’est engouffré dans la pétition contre ce qui était présenté comme la « résolution visant à mettre sous silence les personnes queer », se concentrant surtout sur l’aspect de l’identité de genre, ce qui est devenu ces dernières années un grand enjeu politique et un point d’attaque majeur pour la droite, et déplorait dans le texte allemand : « Si un enfant dérouté se croit transsexuel ou « né dans le mauvais corps », les parents et les thérapeutes ne doivent plus l’aider à accepter son corps tel qu’il est. »
Cela et d’autres scénarios d’horreur supposés ont joué à plusieurs reprises dans le cadre du débat d’environ deux heures jeudi — des groupes TERF et des organisations excluant les trans, comme la « LGB Alliance », avaient aussi attisé l’opinion contre le projet du Conseil de l’Europe. Le député polonais du PiS, Pawel Jablonski, a tenu à plusieurs reprises des propos transphobes, mais a échoué sur plusieurs amendements.
AfD, avec des fondamentalistes chrétiens contre « l’idéologie du genre »
La seule voix allemande dans le débat, l’élue AfD Martina Kempf, a notamment référé à la pétition de CitizenGo et déploré une prétendue limitation de la liberté religieuse des enseignants. Des responsables jeunesse ou des accompagnants spirituels pourraient prétendument ne plus être en mesure de délivrer que des « conseils bien intentionnés », et non plus de simples « confirmations », lorsque l’idée qu’un enfant serait « dans le mauvais corps » aurait émergé. Kempf a aussi affirmé que des pédophiles et des exhibitionnistes seraient exclus des thérapies — ce point n’est pas mentionné dans la résolution —, contrairement à l’Allemagne (où la loi précise clairement à qui s’appliquent les interdictions de la « conversion », comme si le sujet était réellement en jeu).
L’Allemagne avait en 2020 adopté une interdiction partielle des thérapies de conversion, qui vise les mineurs, mais pas les adultes et qui couvre les aspects de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre (E-llico.com en avait raconté). Précurseur avec une interdiction totale était Malte en 2016, suivi ces dernières années par la France, l’Espagne et la Belgique. Dans d’autres pays, des initiatives sont prévues ou, comme aux Pays‑Bas, déjà sur le chemin parlementaire. (nb)
