Des dizaines d’arrestations lors des défilés CSD à Istanbul et Izmir

9 juillet 2026

Lors de rassemblements spontanés dans le cadre du 24e CSD à Istanbul, des agents de la police ont procédé, dimanche midi, à l’interpellation d’au moins 50 personnes à plusieurs endroits du centre-ville. D’autres rassemblements et arrestations pourraient suivre.

Facebook
|

Avec des rassemblements modestes et annoncés uniquement en interne et à l’attention de certains représentants des médias, lors desquels on lit souvent le communiqué de presse du CSD énumérant les revendications, les militant·e·s avaient déjà réagi ces dernières années aux interdictions constantes des Pride. Ils se sont livrés à un véritable jeu du chat et de la souris avec la police, qui a parfois utilisé des agents en civil. Grâce à la tactique décentralisée des activistes, ces dernières années ont vu une réduction du recours à des canons à eau ou à des balles en caoutchouc par rapport à certaines années précédentes.

/ kadindanhaberr
|

Une interdiction de défilé a également été appliquée cette année: les préfectures placées sous la tutelle du gouvernement central avaient totalement interdit des manifestations dans certaines zones de Kadıköy et de Beyoğlu et avaient bouclé plusieurs rues et places.

/ bianet_org

A Izmir, le bureau du gouverneur avait interdit le CSD en invoquant une « morale publique » et l’« ordre public ». 36 personnes ont été arrêtées samedi lors du défilé queer qui a tout de même eu lieu et ont été libérées plus tard après receipt d’un avis d’amende.

/ dEmirLeBlebi102

Dès le week-end précédent, une douzaine de personnes avaient déjà été arrêtées lors du CSD à Ankara et du Trans Pride à Istanbul, les deux manifestations ayant aussi été interdites à l’avance.

Répression qui s’accentue depuis des années

La semaine dernière, les autorités turques avaient déjà bloqué des dizaines de canaux appartenant à des organisations LGBTI turques sur le réseau X. Lors de perquisitions visant des opposants en prévision du sommet de l’OTAN prévu le week-end prochain, plus de 200 personnes ont été arrêtées en début de semaine, et un tribunal a ensuite émis des mandats d’arrêt pour un peu plus de 100 personnes pour une supposée « appartenance à une organisation terroriste ». Parmi les personnes détenues figure le rédacteur en chef de Kaos GL, une organisation LGBTI+, Yildiz Tar (E-llico.com l’a rapporté). À Istanbul, les autorités ont récemment retiré la licence du club queer Tekyön après 18 années d’existence, après que les médias eurent fait scandale autour d’une éventuelle fête organisée sur le navire gay-cruiser Atlantis.

/ lobihaber | Un père lors de l’arrestation de son fils à Izmir: « Tu n’as rien fait d’indigne, tu as défendu tes droits. Je suis fier de toi, mon enfant. »

Le CSD d’Istanbul, autrefois une manifestation de masse, a été interdit pour la première fois en 2015. Depuis, en Turquie, pratiquement toutes les manifestations en faveur des droits des personnes queer dans la rue ou sur les campus ont été interdites et bien souvent réprimées par des arrestations et une violence policière. Des événements culturels queer ont également été interdits à plusieurs reprises, tandis que la surveillance des contenus queer par les autorités de régulation des médias s’est intensifiée (E-llico.com en a fait écho).

Au cours des derniers mois, des procédures pénales visant des activistes queer et même un chanteur homosexuel se sont multipliées (E-llico.com en a rendu compte). Les militant·e·s s’inquiètent d’un projet de loi annoncé à plusieurs reprises – puis repoussé à plusieurs reprises – qui, par des formulations vagues, pourrait punir la « propagande » queer et limiter l’accès aux soins médicaux pour les personnes trans, avec la réintroduction d’un mandat de stérilisation (E-llico.com l’a signalé). Le président Recep Tayyip Erdoğan, qui a souvent pris position contre la communauté queer et avait déclaré en 2025 être « l’année de la famille », a depuis dépeint cela comme « une décennie de la famille ».

Élise Fournier