Des regards se croisent sur la piste de danse. Des regards curieux restent un instant trop longtemps fixés sur l’autre. L’Iranien Reza (Aron Archer) vient de se marier, mais ses yeux ne se posent pas sur sa jeune épouse, ni sur elle, mais sur le frère de celle-ci. Dès la nuit de noces, il s’introduit dans le lit d’un autre homme.
Pourtant, le bonheur est de courte durée. Une voisine a observé les deux hommes et appelle la police des mœurs. Tandis que Reza parvient de justesse à s’enfuir, son amant est abattu sur place. Lorsque Reza se cache à l’aube, deux hommes pendus à une grue de chantier apparaissent non loin de lui. Le bonheur est refusé aux hommes comme Reza en Iran. Les homosexuels n’échappent pas, bien souvent, à la peine de mort.
La réalisatrice Léa Pool choisit une entrée brutale pour son drame sur les réfugiés et fait ressentir d’emblée la situation précaire et sans issue dans laquelle se retrouvent de nombreux migrant·e·s.
À la recherche du bonheur
Après une transition, nous nous retrouvons à Montréal et faisons la connaissance de Saad (Mehdi Meskar), un jeune Marocain qui exerce le métier de chauffeur de taxi pour gagner sa vie. Un jour, il dépose Laurent (Alexandre Landry), le porte-parole de la ministre en charge de l’immigration, et ne tarde pas à ébranler sa curiosité.
Saad et Laurent, qui est encore timide au départ, entament une relation. Très vite, il devient clair que le Marocain poursuit un objectif précis: aider son grand amour Reza à obtenir un titre de séjour. Ils se sont connus et aiment pendant leur fuite, mais Reza doit être renvoyé en Iran, où le menace une mort certaine.
Pas de place pour la morale
« We’ll find Happiness » n’est pas seulement le titre du film, c’est aussi le mantra des deux réfugiés. On croit un instant qu’ils ont peut-être trouvé le bonheur au Canada, mais la réalité les rattrape rapidement. Parmi les scènes les plus poignantes figure l’interrogatoire délicat devant la commission d’asile canadienne, où Reza doit révéler les détails les plus intimes de sa vie sexuelle et de son univers affectif. Un moment qui décide de la vie et de la mort et qui raconte la froideur bureaucratique.
À intervalles réguliers, le film dissémine des scènes qui retracent la fuite commune de Saad et Reza. Ces moments sont d’une intensité particulière et permettent de rendre véritablement compréhensible l’effort désespéré de Saad pour sauver son amant. Lorsque la question touche à la vie et à la mort, la morale s’efface forcément. La réalisatrice Léa Pool laisse aussi planer le doute sur la sincérité des sentiments que Saad éprouve pour Laurent, et sur le fait que l’amour de ce dernier pour Reza n’aurait peut-être été que du devoir. Le cœur des personnages demeure ambigu, ce qui contribue énormément à l’authenticité du film.
Lien direct | Bande-annonce officielle allemande
|
Scénario fort, acteurs convaincants
En plus d’un scénario solide signé par le dramaturge canadien Michel Marc Bouchard, qui, tout comme la réalisatrice Léa Pool, a déjà raconté par le passé plusieurs histoires queer marquantes, c’est surtout grâce aux trois interprètes principaux que le film parvient à être si crédible et que la configuration triangulaire gagne en profondeur. Mention spéciale à Aron Archer, qui confère à Reza une profondeur particulière et exprime son tiraillement entre le droit à un bonheur personnel et la culpabilité d’avoir trompé sa femme et apporté la honte à sa famille en Iran.
Le drame politique « We’ll find Happiness » démarre exactement au bon moment et a été, cette année, récompensé notamment par le prix du public du Sofia Pride Film Festival ainsi que par le prix du public et du jury au Miami OUTShine LGBTQ+ Film Festival.
We’ll find Happiness. Drame. Canada, Luxembourg 2026. Réalisation: Léa Pool. Distribution: Alexandre Landry, Aron Archer, Mehdi Meskar. Durée: 116 minutes. Tout public à partir de 16 ans. Distribution: Cinemien. Langue: version originale en anglais avec sous-titres en allemand. Sortie en salle: 10 septembre 2026
We’ll Find Happiness
12 Bilder
