Drag queen agit contre l’AfD

23 mars 2026

Pour la Journée zéro discrimination, le 1er mars, la bibliothèque municipale de Freiburg a profité de la fin du mois de février pour proposer une séance de lecture particulière : dans le cadre du « Bilderbuchkino », la drag-queen et productrice de spectacles Dita Whip a lu à haute voix deux livres pour enfants. Il s’agissait de « Disco » de Frauke Angel et Julia Dürr, présenté dans l’annonce comme « une prise de position contre les rôles de genre préétablis dans les jardins d’enfants », et de « Genug gebrüllt, Löwe » de Günther Jakobs — un « livre illustré amusant et multicolore sur la liberté, l’équité et l’autodétermination ».

Comme dans plusieurs autres villes et instances, cette initiative a mis l’AfD hors de ses gonds. Le premier livre aborde « une opposition aux rôles de genre naturels dans le jardin d’enfants », tandis que le second « impose des concepts politiques aux tout-petits », déplorait Karl Schwarz, conseiller municipal de l’AfD, le 5 mars dans un texte publié sur le site du Kreisverband au sujet de ces « outils d’une idéologie woke de gauche ».

Dans les mots de l’AfD, derrière la séance de lecture, et derrière ce qu’elle avance comme « l’attaque contre l’innocence des enfants » et le « déracinement idéologique dans notre ville », il y aurait « un système », affirme le candidat au Landtag et à la mairie, peu avant l’élection. Il précise que la mairie travaille avec le Bureau municipal Diversité et Anti-discrimination, qui soutient des offres « perturbant le développement de la petite enfance », ainsi qu’avec le projet d’éducation queer FLUSS, commenté par Schwarz par les mots : « Mains hors de nos enfants ! »

De tels développements mèneraient à une « perte d’orientation » (« on fait croire aux enfants que même leur identité biologique est négociable »), à un « déracinement » (« le lien à la tradition, à la famille et à une culture établie est systématiquement sapé ») et à une « perversion de l’éducation », estime Schwarz. Selon lui, l’enfance doit être « libre d’expériences sexuelles et d’endoctrinement politique » : « Celui qui sème délibérément l’incertitude chez les enfants leur retire le socle pour une vie stable ». L’AfD veut notamment une Allemagne où les enfants grandissent sans idéologies perverses.

Dita Whip exige la cessation

Dita Whip, qui est aussi l’initiatrice de la campagne « Visages contre la droite », a décidé d’agir contre ce mélange de harcèlement et d’accusations : « Dans ce texte, je suis nommée nommément et ma personne ainsi que mon travail — de mon point de vue — sont associés à des accusations graves », écrit la drag-queen dans un communiqué. Ainsi, la séance de lecture serait associée dans le texte « à des termes issus d’un conflit culturel politique ainsi qu’à des attributions telles que ‘idéologies perverses’ ».

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Instagram | Les auteurs des deux livres lisent Dita Whip « solidaires à ses côtés »

De leur côté, les auteurs des deux livres ont aussi pris la parole sur Instagram pour soutenir la Drag Queen. Ils y ont déploré que la graphique de l’AfD ait aussi « retravaillé de manière maladroite et sans autorisation » les couvertures de leurs livres au moyen d’IA, ce qui n’était pas nécessaire, car ils sont fiers de leurs œuvres. « Nous comprenons que tout le monde n’ait pas le don artistique à la naissance. (…) En revanche, ce que nous ne comprenons pas du tout, c’est la discrimination, l’hostilité envers les personnes queer, le nationalisme, la haine et les actes de propagande. »

Élise Fournier