Femme trans échoue à obtenir le remboursement des frais d’épilation du visage

9 août 2026

Une policière berlinoise n’a pas droit à une aide financière pour l’élimination cosmétique de ses poils du visage. Tel est l’arrêt prononcé par l’Oberverwaltungsgericht (OVG) Berlin-Brandenburg dans une décision rendue publique le 28 mai 2026.

Après une opération de transition de genre, l’intéressée avait fait réaliser une épilation par aiguilles par une esthéticienne et avait demandé une aide financière au Land Berlin pour éviter d’en supporter la part personnelle. Concrètement, il est question de 120 séances de traitement à 72 euros chacune.

Le traitement par une esthéticienne n’a pas été reconnu comme prise en charge.

Tribunal : seules les médecins sont des « prestataires agréés »

Le tribunal a rejeté la plainte en rappelant que le traitement n’avait pas été effectué par un « prestataire agréé », c’est-à-dire par un médecin ou par un praticien en soins de santé. Les risques sanitaires potentiels liés à une épilation par aiguilles pourraient être mieux identifiés et pris en charge par un médecin, a argumenté le tribunal.

Ainsi, l’OVG Berlin-Brandenburg suit l’argumentaire du Verwaltungsgericht Berlin, qui s’était déjà penché sur ce cas en 2023 (E-llico.com en avait fait état). Le texte renvoie également à un arrêt du Bundessozialgericht à Kassel, qui, en 2020, avait décidé, dans le cadre des caisses d’assurance maladie légales, que celles-ci ne doivent rembourser que l’épilation des poils du visage par des médecins.

Réalité : manque de possibilités de prise en charge

C’est pourtant une réalité : il existe peu de médecins ou de praticiens en Heilpraktiker qui proposent ce soin. La policière concernée a déclaré, lors de la procédure devant le tribunal administratif de Berlin en 2023, qu’elle n’avait trouvé, même avec l’appui de la Chambre des médecins et d’associations à Berlin, aucun établissement traitant habilité, et qu’elle s’était donc tournée vers une esthéticienne — une situation qui se retrouve aussi dans d’autres Länder, comme l’a rapporté E-llico.com.

« Le verdict reflète un problème central dans l’accès aux soins de santé pour les personnes trans, inter et non binaires », commente Nyke Slawik, porte-parole sur les questions queer du groupe Bündnis 90/Die Grünen au Bundestag, à E-llico.com. « Comme le tribunal le souligne, le traitement est médicalement nécessaire. Mais les prestataires spécialisés disponibles n’ont pas la possibilité de facturer et les prestataires officiellement reconnus, à savoir les médecins, proposent peu ce type de traitement. Cela laisse les personnes concernées dans un dilemme et les abandonne. »

Même si l’OVG Berlin-Brandenburg reconnaît, malgré le rejet de la plainte, que la requérante a été déconfertée en raison de la pénurie de soins médicaux et qu’elle a été « renvoyée » vers des prestataires non médicaux — et qu’il existe ainsi une « discrimination structurelle des personnes en quête de traitement » — la plainte a été rejetée, comme cela s’est produit dans d’autres affaires similaires au cours des dernières années devant divers tribunaux régionaux. La réalité de l’offre de soins médicaux pour les personnes trans reste donc, une fois de plus, ignorée.

Élise Fournier