Dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, le nombre de délits enregistrés visant des personnes en raison de leur orientation sexuelle a connu une hausse marquée. Le Landeskriminalamt (LKA) en a comptabilisé 56 en 2025 dans les domaines de la « diversité liée au genre » et/ou de « l’orientation sexuelle ». En 2024, le chiffre s’élevait à 41 et l’année précédente à 14. « Il s’agit d’une augmentation notable », a indiqué l’autorité à la demande des médias.
Aucune cause unique et déterminante ne peut être clairement établies comme responsable de cette évolution. Le LKA évoque toutefois plusieurs facteurs possibles : des tensions sociétales liées notamment à la migration, une polarisation politique croissante, l’influence grandissante des réseaux sociaux, une sensibilisation accrue des victimes et de la société, ainsi qu’une pratique de signalement plus développée. Il est avant tout question d’une plus forte propension à porter plainte et, par conséquent, d’un champ d’observation élargi.
Pour l’enregistrement statistique, le LKA précise que les délits sont comptabilisés lorsque la motivation vise des personnes dont l’identité de genre ou l’orientation sexuelle s’écarte des cadres hétéro-normatifs et binaires. Sont notamment visées les personnes transgenres, non binaires et homosexuelles. Peu importe que les victimes appartiennent réellement à ces groupes; l’important concerne la motivation ou l’attribution par les auteur·e·s.
Les auteurs, principalement issus de l’extrême droite
La plupart des délits enregistrés auraient une dimension politique issue du spectre de droite. Le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale est perçu comme une bastion de l’extrême droite; selon des enquêtes, l’AfD pourrait atteindre près de 37 % des voix lors d’une élection régionale. Selon le LKA, des actes commis sur Internet, notamment des injures, sont aussi pris en compte. D’autres délits comprennent des menaces, des incitations à la haine, des dégradations et des violences physiques.
D’après Sebastian Witt, du LSVD+ Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la marge d’ombre est nettement plus élevée que les chiffres officiels ne le laissent penser. « On estime que 70 à 80 % ne sont pas signalés. Les gens ne vont pas à la police par honte, par peur. » Witt voit derrière cette hausse un mélange d’augmentations réelles des agressions — notamment venues de l’extrême droite — et d’une plus grande propension à déposer plainte. Les réseaux sociaux et l’anonymat sur Internet jouent aussi un rôle. Les personnes concernées tolèrent moins les insultes en ligne et les portent davantage à la connaissance des autorités.
Entre visibilité et sécurité
Le climat ambiant dans la société contribue à une montée des discours de haine et des agressions publiques. À l’approche des Christopher Street Days (CSD), des voix d’extrême droite appellent à surveiller, traquer et agresser les personnes queer. « Cela a augmenté. Cela a réellement augmenté. » Le phénomène est aussi alimenté par le fait que l’homophobie, la biphobie et la transphobie gagnent en visibilité dans le débat public, parfois présentées comme légitimes par certains acteurs politiques.
Pour aider les participants des CSD, l’association donne des conseils de sécurité. « Évitez les rues latérales peu éclairées. Si vous exhibez des symboles arc‑en‑ciel, des drapeaux ou du maquillage, privilégiez les affichages sur place, dans les zones où vous vous sentez en sécurité. » Il peut être préférable d’arriver sans être entièrement maquillé si l’on prend les transports publics. « C’est malheureusement difficile pour nous aussi. » Après des années de lutte pour la visibilité, on se retrouve face à un paradoxe.
Que peut faire la société pour améliorer les choses ? « Il faut ne pas détourner le regard lorsque l’on est témoin d’agressions ou d’insultes », affirme Witt. Dans les bars et les rencontres publiques, il faut aussi contester les propos queerphobes. « Il faut faire preuve de courage civique », affirme-t-il à l’approche de la Journée internationale contre l’homophobie, la biphobie, l’interphobie et la transphobie ce dimanche.
Kritik au niveau fédéral
Pour les victimes, Witt conseille: « Continuez à signaler, même si les chances de réussite semblent faibles. Mais signalez, signalez, signalez, et constituez des statistiques ! » L’autoprotection demeure également essentielle. Si l’on sort d’un événement queer tard dans la nuit, il peut être judicieux de se déplacer en groupe et d’éviter les ruelles sombres. « Restez vigilant et avertissez vos amis. »
Sur le plan fédéral, les chiffres des délits queerphobes ont aussi progressé ces dernières années. En mai 2025, le BKA avait indiqué que le nombre d’infractions liées à « l’orientation sexuelle » et à la « diversité liée au genre » avait presque été multiplié par dix depuis 2010, avec des cas comprenant injures, violences, incitation à la haine, ainsi que contrainte et menaces.
Le LSVD+ national déplore un échec des autorités publiques. « Chaque affaire est pour une société libérale une honte », a déclaré le président national Andre Lehmann. La République fédérale n’arriverait pas à assurer la sécurité des personnes queer. « Nous le dénonçons comme un échec de l’État en matière de sécurité », a-t-il ajouté.
CSD à Parchim
Ce samedi après-midi, la ville de Parchim, qui compte environ 18 000 habitants, doit accueillir un CSD. Entre 200 et 300 participants sont inscrits, selon l’autorité locale en charge des rassemblements. Une contre-manifestation est également prévue, avec 50 à 100 participants.