Le principal homme politique luxembourgeois Xavier Bettel a déclaré dans une interview accordée au quotidien luxembourgeois de langue allemande « Luxemburger Wort » (article payant) que la gestation pour autrui pratiquée par le politicien CDU Jens Spahn portait un arrière-goût. L’homme de 53 ans a expliqué que le rejet politique exprimé à plusieurs reprises envers la gestation pour autrui de Spahn constituait un problème. C’est, selon lui, problématique d’être opposé politiquement à quelque chose, et de le faire soi-même ensuite. Bettel est ami avec Spahn et son mari, mais il ne connaissait pas auparavant les projets d’enfant du couple allemand.
Il a également exprimé une réticence face au fait que la gestation pour autrui soit autorisée pour les ressortissants luxembourgeois ou allemands à l’étranger, mais interdite sur le territoire national, ajoutant: « Si on veut le formuler abruptement, on peut dire que cela n’est accessible que pour la bourgeoisie gaie qui peut se permettre de se rendre aux États‑Unis pour y recourir à une gestation pour autrui. Et ceux qui n’en ont pas les moyens, ne peuvent pas. Je trouve cela tout simplement injuste ».
Pour cette raison, il trouverait préférable « que ce soit plus simple et encadré légalement, et qu’on évite d’avoir un cas où cela ne profiterait qu’à celui qui peut se le permettre. C’est quelque chose que je n’apprécie jamais en politique », a déclaré le politicien ouvertement homosexuel.
Bettel fait partie depuis longtemps des figures les plus influentes de la politique luxembourgeoise. De 2011 à 2013, il fut maire de la Ville de Luxembourg, puis, en tant que libéral, il mena le Grand-Duché pendant dix ans en tant que Premier ministre — le premier homme ouvertement homosexuel à occuper ce poste. Après une élection perdue, il est depuis 2023 ministre des Affaires étrangères et vice‑premier ministre sous le chef du gouvernement conservateur Luc Frieden.
Pour Bettel, faire des enfants n’était pas une option
Pour lui et son mari, la gestation pour autrui n’a jamais été envisagée, car leur charge de travail les aurait empêchés de consacrer du temps à l’enfant. « Je ne veux pas élever un enfant pour lequel je n’ai pas le temps », a expliqué le politicien du Parti démocrate. « Un enfant implique des responsabilités. C’est pourquoi nous avons décidé de ne pas le faire. Avec notre mode de vie, cela n’aurait pas fonctionné ». Bettel avait épousé son partenaire, l’architecte Gauthier Destenay, lors de sa période en tant que chef du gouvernement en 2015 (E-llico.com l’a relaté). Par la suite, il a aussi plaidé pour lever l’interdiction du mariage homosexuel en Allemagne (E-llico.com l’a relaté). Le mariage a finalement été ouvert en Allemagne en octobre 2017.
« La législation est là pour l’adapter à la réalité des gens »
Dans l’interview, Bettel a aussi expliqué pourquoi il plaide en faveur de la libéralisation de la gestation pour autrui: « Ma position est la suivante: la législation est là pour l’adapter à la réalité des gens », déclare Bettel. « Actuellement, cela n’est possible que pour les personnes qui en ont les moyens. Avec une législation, nous pourrions ajuster cela. Bien sûr, il ne faut pas que cela favorise un commerce de la gestation pour autrui. Mais si par exemple une femme se porte volontaire et souhaite vraiment le faire, pourquoi pas ? »
Cela concerne aussi les couples hétérosexuels dont l’un des partenaires est infertile. « Et cela concerne en fin de compte aussi les enfants », explique le quinquagénaire. « Peu importe que leurs parents soient hétérosexuels ou homosexuels. Si deux personnes ont le temps et la joie de transmettre l’amour à un enfant, alors peu importe. L’essentiel, c’est que l’enfant reçoive l’amour dont il a besoin. C’est pour moi ce qu’il y a de plus important. » (dk)
