L’organisation LGBT+ américaine GLAAD tire la sonnette d’alarme: l’intelligence artificielle (IA) risque de reproduire et d’amplifier les mêmes préjugés, la désinformation et les campagnes de haine qui minent déjà depuis des années les grandes plateformes sociales. Cela ressort du rapport de GLAAD intitulé « Build for Everyone : A Framework for LGBTQ Representation and Safety in AI » (en français: « KI pour tous : un cadre de représentation et de sécurité pour la communauté LGBTQ dans l’IA »). Le texte met en garde de manière crûle contre les dangers que font peser des modèles d’IA non régulés ou mal entraînés sur la vie des personnes queer: de la discrimination algorithmique dans l’accès au crédit, jusqu’à des informations médicales dangereuses diffusées à tort.
On y cite notamment que, dans le nouveau modèle Llama-4 de Meta, des « thérapies de conversion » pour les homosexuels auraient été recommandées — et ce, sur la question posée par le parent prétendu d’un enfant récemment sorti du placard cherchant des informations. Or les organismes médicaux s’accordent à dire que ce type de « guérison » est impossible et peut conduire les personnes affectées à la dépression, voire au suicide.
Par ailleurs, les systèmes automatisés manqueraient de compréhension des enjeux et auraient tendance à bloquer de manière excessive des contenus et des voix légitimes appartenant à la communauté queer, ou à les rendre invisibles par le biais de shadowban, c’est‑à‑dire une suppression discrète. Des systèmes d’IA prédictifs, employés dans des domaines sensibles tels que la banque, le logement ou les procédures de recrutement, pourraient aussi désavantager systématiquement les personnes LGBTQ si leurs données d’entraînement sont biaisées.
Des inquiétudes drastiques dans la communauté trans
Selon les données les plus récentes, l’inquiétude au sein de la communauté est immense. Une enquête réalisée par LGBT Tech en 2025 montre que 73 pour cent des adultes LGBTQ craignent une désinformation générée ou amplifiée par l’IA. Pour les personnes trans, ce chiffre grimpe à 89 pour cent.
Si les systèmes d’IA s’appuient sur des données qui présentent les identités LGBTQ comme « anormales » ou que les droits des LGBTQ sont perçus comme « controversés », cela a des répercussions concrètes au quotidien. Sarah Kate Ellis, présidente de GLAAD, a résumé la situation ainsi: « La neutralité n’est plus une option. Des systèmes d’IA entraînés sur des données qui décrivent les vies LGBTQ comme des « phénomènes marginaux » ou qui considèrent notre égalité comme « controversée », ou qui ne parviennent pas à contrer la désinformation avancée relative aux personnes LGBTQ, menacent notre santé, notre sécurité et nos droits civils. »
GLAAD: responsabilité plutôt que « l’monoculture algorithmique »
Le problème, selon GLAAD, réside surtout dans le fait qu’une poignée de géants technologiques américains forme le socle de la quasi-totalité des applications qui suivront, ce qui engendre une « monoculture algorithmique ».
GLAAD appelle les développeur·e·s à instaurer des contrôles humains continus et à actualiser leurs données d’entraînement de manière régulière afin de suivre l’évolution des haine en ligne. Car, selon le rapport, l’IA recèle aussi d’immenses potentialités pour la communauté — par exemple comme espace sûr pour pratiquer son coming-out, ou pour les parents qui cherchent des informations fiables. Pour que cela soit possible, les entreprises doivent agir dès aujourd’hui: « Si l’IA échoue face aux personnes LGBTQ, elle échoue face à tout le monde. Les entreprises doivent continuer à œuvrer pour améliorer l’équité de l’IA, lutter contre les préjugés et renforcer la sécurité et la qualité des produits d’IA pour les personnes LGBTQ et pour tous. »
