« Gossip Girls » et « Paydos » : accents queer dans le panorama de Kreuzberg

17 septembre 2026

Ma critique de la nouvelle exposition au Berliner Martin-Gropius-Bau, consacrée au thème « Kreuzberg : Kunst und Migration seit 1960 », et qui, ce faisant, comble une lacune aussi bien sur le plan artistique que sociétal, a malheureusement donné lieu — et en partie à raison — à un mécontentement des organisateurs de l’exposition.

Elle concerne l’affirmation selon laquelle la perspective migrante queer manquerait dans cette exposition par ailleurs importante. Cette assertion mérite d’être nuancée. En effet, pour l’exposition, deux artistes queer bien connus ont chacun apporté une nouvelle production qui met précisément en avant cet aspect, perçu comme manquant. Cependant, les deux œuvres, par leur date de création, ne s’inscrivent pas tout à fait dans la logique temporelle du concept d’exposition, mais probablement cela n’a pas nécessairement besoin d’être le cas.

« Paydos » d’Aykan Safoğlu

Pour commencer avec Safoğlu : né en 1984 à Istanbul, l’artiste est peintre et cinéaste et est désormais présent sur la scène internationale. En 2017, il a co-curaté avec Emre Busse l’exposition « ğ — das weiche g » au Schwules Museum de Berlin. Il faut aussi rappeler le film de 2013, « Off-White Tulips », qui porte sur le séjour de James Baldwin à Istanbul.

Dès la première salle de l’exposition se trouve l’œuvre de Safoğlu — une immense cadre en aluminium suspendu au plafond, dans lequel est tendu un tissu recouvert d’émulsion photographique. Sur un fond bleu clair, de délicats motifs blancs, quasi floraux, ondulent à travers toute la surface, et une main humaine se distingue entre les motifs. Difficile de dire quel lien ce motif entretient avec le titre.

« Gossip Girls » de Nuray Demir

Nuray Demir (née en 1983) travaille artistiquement tant avec des moyens visuels qu’avec des moyens performatifs et chorégraphiques, ce qui explique que sa production artistique se retrouve fréquemment dans des espaces théâtraux. Son installation pour le Gropius-Bau se compose d’un rideau orange, qui structure l’espace, avec des arcs et une ornmentation d’allure orientale.

Cette pièce est une prêt de « Gayhane ». Sous ce nom ont eu lieu, depuis la fin des années 1990, des soirées à Berlin sous le label « QueerOriental Dancefloor » au légendaire SO36. Et lorsque l’on s’aventure dans cet espace intime, deux personnes — Sabuha Salaam et Prince Emrah — racontent la histoire enregistrée de « Gayhane » de leur point de vue personnel.

Rien de queer des années 1960 à 1980

Les deux œuvres artistiques portent certes un contexte queer, parfois plus, parfois moins explicite, mais elles n’en confirment pas moins qu’une réponse sur la part queer de l’art migrant à Kreuzberg dans les années 1960 à 1980 fait encore défaut. En examinant la sous-culture et l’histoire des mouvements queer de l’époque, dont le centre s’étendait autour du Kottbusser Tor, il resterait donc encore un terrain d’exploration dans l’histoire de l’art à élargir.

Mais peut-être fallait-il quelque chose comme une « notion d’art élargie » (à la manière de Joseph Beuys et de son idée de la « plastike sociale »), où l’activisme de la communauté queer est défini et compris comme de l’art. Certes, ce n’est pas quelque chose que l’on pourrait encadrer joliment et accrocher au mur. D’un autre côté, des modes de vie se sont aussi imposés comme de l’art conceptuel. Le queer offrirait là un matériau riche.

Élise Fournier