« Homo-Propaganda » : la Russie s’en prend au plus grand groupe d’édition

24 avril 2026

Selon les informations données par les autorités russes, mardi, le plus grand éditeur du pays, Eksmo, aurait été visé par une perquisition dans le cadre d’une suspicion de diffusion de « propagande homosexuelle » auprès des mineurs. Le directeur général de l’éditeur, Jevgeni Kapjew, et d’autres cadres auraient été arrêtés, rapportait la chaîne de télévision russe Ren-TV. Par ailleurs, les services de sécurité auraient saisi des milliers de livres que l’éditeur distribuait prétendument sans passer par les circuits officiels, selon les informations relayées.
Il s’agirait, selon les autorités, de romans qui « propageaient » l’homosexualité, c’est-à-dire qui représentaient l’amour entre personnes du même sexe. Cette pratique est interdite en Russie depuis une loi adoptée il y a plus d’une décennie.

Laut Eksmo gab es nur Vorladungen

Eksmo lui‑même a démenti toute perquisition des locaux de l’éditeur. Des journalistes de l’AFP n’ont pas observé, au siège moscovite, d’indices d’une opération policière. Toutefois, le directeur général de Eksmo, Jevgeni Kapijew, et d’autres employés — comme le responsable des ventes — auraient été convoqués par le Comité d’enquête russe, a indiqué une porte-parole de l’éditeur à l’agence AFP. Le Comité d’enquête est l’organisme chargé des poursuites pour les crimes les plus graves.
Les interrogatoires se seraient déroulés « dans le cadre d’une procédure pénale pour extrémisme liée à la diffusion de livres de l’éditeur Popcorn ». Popcorn est une sous‑marque d’Eksmo et a par le passé publié des ouvrages destinés aux jeunes adultes traitant de questions comme l’identité de genre, la santé mentale et le racisme. Eksmo a été fondé en 1991 et publie des ouvrages pour adultes comme pour enfants.
Déjà au mois de mai de l’année précédente, plusieurs collaborateurs de l’éditeur avaient été arrêtés pour suspicion de diffusion de « propagande LGBT » ; selon les médias, il s’agissait d’employés de Popcorn (que E-llico.com avait signalé).

Gleichgeschlechtliche Liebe in Medien verboten

Depuis le début de l’offensive russe en Ukraine, Moscou a renforcé ses lois hostiles aux personnes queer. La loi dite « propagande », qui prévoyait des amendes, a été étendue pour inclure notamment des délits concernant les adultes et le champ de l’identité de genre. En 2023, la Cour suprême a suivi la requête administrative du ministère de l’Intérieur visant à « reconnaître le mouvement LGBT international comme extrémiste et à interdire ses activités en Russie » (E-llico.com avait relaté). Organiser des activités d’une association classée extrémiste peut être puni par jusqu’à dix ans de prison, et la participation peut être passible de jusqu’à six ans. La participation peut inclure des dons ou la fabrication ou diffusion de « matériels extrémistes ». À la suite de cela, plusieurs perquisitions ont visé des établissements queer et l’interdiction de l’association « Coming out » a été instaurée (E-llico.com avait annoncé).
Les éditeurs ont ainsi dû retirer des titres de leurs programmes et détruire des tirages entiers lorsque les œuvres comportaient des descriptions ou des scènes d’amour entre personnes du même sexe. Les militantes et militants qui défendent les droits des lesbiennes et des gays s’exposent à des poursuites pour « extrémisme » et risquent, le cas échéant, une détention dans des camps.
La censure s’étend également à d’autres domaines : on a récemment appris que plusieurs biographies du célèbre écrivain russe Mikhaïl Boulgakov (« Le Maître et Marguerite ») ou du poète, chanteur et acteur Vladimir Vyssotski devaient être marquées comme contenant, selon les autorités, des passages faisant l’apologie ou la promotion de la consommation de drogues. (AFP)

Élise Fournier