La semaine dernière, Menaka Guruswamy a été élue à la Rajya Sabha, la chambre haute du Parlement indien. Avec l’élection de cette juriste de renom spécialisée en droit constitutionnel, c’est la première fois qu’une personne ouvertement queer participe directement à l’élaboration des lois dans l’une des deux chambres du pays.
Guruswamy avait été proposée par le parti All India Trinamool Congress (TMC), dirigé par Mamata Banerjee, pour l’État du Bengale occidental. Les députés de la Rajya Sabha sont élus à des moments différents par les parlements régionaux selon les majorités locales, pour des mandats de six ans.
Pour la communauté LGBTQ+ indienne, cette élection représente une étape importante vers une plus grande visibilité et une influence accrue. Guruswamy n’est pas inconnue pour la communauté : avocate, elle a joué un rôle clé dans le combat juridique qui a conduit, en 2018, à l’abolition historique de la « Section 377 » — cette loi coloniale qui criminalisait les relations entre personnes du même sexe pendant plus de 150 ans. Une douzaine de personnes homosexuelles avaient porté l’affaire devant la Cour suprême (E-llico.com l’avait rapporté). Guruswamy avait mené ce combat aux côtés de l’avocate Arundhati Katju. Un an plus tard, les deux femmes ont révélé dans une interview qu’elles formaient désormais un couple. Time Magazine les a d’ailleurs classées parmi les 100 personnalités les plus influentes en 2019.
Plus de femmes et d’intellectuels au parlement
Guruswamy est une avocate constitutionnaliste siégeant à la Cour suprême, formée à l’Université d’Oxford, à la Harvard Law School et à la National Law School of India University. Elle est depuis longtemps une voix publique reconnue sur le droit constitutionnel, la démocratie et les droits civiques. Un porte-parole du parti a confié à Deutsche Welle que l’élection de cette femme de 51 ans s’inscrivait dans une stratégie plus vaste du TMC consistant à « envoyer au Sénat des intellectuels connus et des experts en droit constitutionnel afin d’affûter les arguments de l’opposition au niveau national ».
Outre l’importance pour la communauté queer, le parti envoie aussi un signal en faveur de l’émancipation féminine dans une politique encore fortement marquée par une masculinité toxique : cinq des treize parlementaires du TMC à la Rajya Sabha sont désormais des femmes. Guruswamy a déclaré que les valeurs inscrites dans la Constitution — égalité, fraternité et non-discrimination — avaient guidé sa vie et son travail, et qu’elle espérait pouvoir apporter ces idéaux au parlement tout en représentant les habitants de l’État du Bengale occidental.
Les activistes ont souligné auprès de Deutsche Welle que cette élection pourrait constituer un grand symbole pour la communauté queer, qui est souvent au cœur des discussions politiques sans pour autant avoir une place à la table. Cependant, ils ont averti qu’un seul élu — qui doit avant tout représenter les intérêts de son parti et des citoyens — ne peut pas à lui seul transformer la politique du pays, surtout face au gouvernement conservateur actuel de Narendra Modi.
