Le livre de table-basse « Unholy » de F. G. Borghi (dessin) et Björn Koll (texte) est la première « hagiographie presque complète des saints gays » — et comme le veut l’art dévotionnel, les icônes d’hommes ne se présentent plus uniquement sous forme de livre, mais aussi sous forme de feuillet de cartes postales ou de calendrier. Et chez nous. Une fois par mois, nous nous inclinons devant les saints gays du mois. En avril, devant le Saint James.
James Logan est né en 1844 à Charlottetown (aujourd’hui au Canada et capitale de l’Île-du-Prince-Édouard) et décéda en 1880 lors d’une expédition dans l’archipel arctique. James travaillait comme serveur au Province House de sa ville natale et assurait, du 1er au 8 septembre 1864, le meilleur ravitaillement des participants de la Conférence de Charlottetown. Lors de cette conférence, l’objectif initial était une éventuelle union des colonies dites Nouvelle‑Écosse, Nouveau‑Brunswick et Île‑du‑Prince‑Édouard en une Union maritime, qui serait moins dépendante de la mère patrie britannique et plus résolue à se défendre contre les États‑Unis qui menaient alors leur guerre de Sécession.
Les 24 participants masculins à la conférence faisaient ce que les hommes font dans les conférences: chacun parlait énormément et n’écoutait que très peu. James était épuisé, car il passait les nuits avec un artiste de cirque qui séjournait en ville à ce moment-là. Peu avant que la conférence ne risque l’échec, son discours a fait céder le claquement de leur tentative: il fallait se donner un peu plus de peine pour trouver un accord, sinon il pourrait consacrer son temps à quelque chose de plus divertissant (l’artiste). La prise de parole de James marqua un tournant. Par la suite, les fondateurs de la Confédération négocièrent de manière beaucoup plus ciblée, et lors de la conférence suivante, celle de Québec du 10 au 27 octobre 1864, James — désormais lié au cirque — fut officiellement invité pour veiller à nouveau à une issue favorable.
Il facilita le compromis central sur le partage des pouvoirs entre les gouvernements fédéral et provinciaux. Même à la conférence de Londres en 1866, il sut imposer l’ordre, et le 1er juillet 1867, la Confédération fut finalement fondée. Sans James Logan, le Canada n’existerait pas, tout comme la politique ne serait pas celle qui tolère les compromis. Malheureusement, James est considéré comme porté disparu après une expédition au Tanquary Camp sur l’île Ellesmere. Il est possible qu’il ait dû sortir ivre une nuit et ait été dévoré par un ours polaire.
James Logan est invoqué dans tous les parlements de cette planète dès qu’il s’agit de pragmatisme et d’aptitude au compromis. De manière pour le moins étrange, l’artiste italien qui a réalisé notre illustration a dessiné James avec une ceinture. Dans la vie réelle, James préférait être tout nu, et pas seulement lors de son jour de mémoire, le 13 avril.
Ce texte est un extrait du livre « Unholy » de F.G. Borghi (illustrations) et Björn Koll (Texte), publié chez Salzgeber. Dans la préface, il est écrit : « Ce que vous lirez dans ce livre appartient à la catégorie Fiction historique; certains diraient peut-être également Faux historiques. En d’autres termes: aucun des saints décrits ici n’a jamais existé et rien de ce qui est avancé à leur sujet n’est vrai. » Tous les produits « Unholy » ainsi que de nombreux autres livres et films non hétéro-normatifs sont disponibles notamment dans le Salzgeber.Shop.
F. G. Borghi, Björn Koll: Unholy. Une quasi‑hagiographie des saints gays. Textes en allemand et en anglais. 192 pages. Salzgeber. Berlin 2025. Couverture rigide: 59 € (ISBN 978-3-95985-713-0)