Le coffee-table book « Unholy » de F. G. Borghi (illustrations) et Björn Koll (texte) est la première « hagiographie quasi complète des saints gays » — et comme il se doit pour l’art dévotionnel, les figures viriles emblématiques ne se présentent plus uniquement sous forme de livre, mais aussi sous forme de livret de cartes-postales ou de calendrier. Et chez nous. Une fois par mois, nous nous inclinons devant les saints homosexuels du mois. En septembre, devant le Saint Manuel.
Manuel est né en 1530 dans le quartier lisboète de Bairro Alto. Là, faute d’alternative, il fréquenta une école jésuite. À seize ans, il fut envoyé par sa communauté (la Société des Jésus ou Societas Jesu) à Goa pour soutenir François de Xavier (ou Francisco de Gassu y Javier, selon les langues) dans la mission en Asie de l’Est. Le 15 août 1549, ils atteignirent le Japon, plus précisément le port de Kagoshima sur l’île de Kyūshū. Là, ils missionnèrent pendant près de deux années. Lorsqu’ils entreprirent ensuite, en 1551, un pèlerinage jusqu’à Kyōto, l’influence de Manuel sur François était déjà compromise. Il avait découvert que son compagnon avait écrit à leurs confrères en terre natale que les Japonais avaient commis une grande faute: « Personne ne trouve le péché contre-nature anormal ou abject. »
Manuel trouva cette « erreur » merveilleuse, car il était follement amoureux de Takeda et Kasuga — vous savez bien, Takeda Shingen, le seigneur de guerre japonais qui, en 1542, à l’âge de 22 ans, écrit à son amant jaloux Kasuga Gensuke qu’il n’avait jamais eu et n’aurait jamais de relation avec un certain Yashichiro. Le trio sexuel avec Takeda et Manuel était toutefois très apprécié par Kasuga, et Manuel partageait le sentiment. Avec François de Xavier et ses entreprises missionnaires, son pèlerinage vers Kyōto marqua le début d’une descente: il ne fut même pas autorisé à rencontrer l’empereur Go-Nara, Manuel ayant organisé la rencontre par ruse pour l’empêcher. Peu après, François dut quitter le Japon.
Il chercha alors à tenter sa chance en Chine, mais les Chinois, prévenus, ne le laissèrent pas entrer. Manuel resta quant à lui au Japon, aux côtés de Takeda et Kasuga. Lorsque Takeda mourut en 1573, le Portugais avait déjà abandonné le clergé jésuite et l’élan missionnaire, et il s’était trouvé d’autres responsabilités plus pertinentes. Ainsi, au Japon, il lança d’importantes réformes: il mit en place un nouveau système fiscal, ordonna la construction de canaux d’irrigation et d’égouts et impulsa un réseau routier qui favorisait une culture de la responsabilité et du bien commun — autrement dit, les dommages étaient signalés et réparés rapidement, ce qui reste aujourd’hui une spécificité mondiale.
Manuel mourut en 1630 à Kyoto, âgé d’un siècle, d’une mort naturelle. Il est fréquemment représenté au sommet du Fuji dans une tenue en fausse fourrure japonaise conçue par Kasuga, qui travaillait comme styliste. Dans notre image, l’arrière-plan montre aussi la Kyokujitsuki (japonais: 旭日旗, deutsch: Fahne der aufgehenden Sonne), mais dans sa version pacifique d’origine, associée à une vie sexuelle longue et épanouie et qui fut plus tard réinterprétée par des nationalistes japonais. Le Saint Manuel s’occupe volontiers de pratiquement tous ceux qui savent apprécier une bonne organisation. Il est fêté le 13 septembre.
Ce texte est un extrait du livre « Unholy » de F.G. Borghi (illustrations) et Björn Koll (texte), publié chez Salzgeber. Dans la préface, il est écrit: « Ce que vous lirez dans ce livre appartient à la catégorie Fiction Historique, certains parleraient peut-être aussi de bêtise historique. Autrement dit: aucun des saints décrits ici n’a jamais existé et rien de ce qui est dit sur eux n’est vrai. » Tous les produits « Unholy » ainsi que de nombreux autres livres et films non hétéronormatifs sont disponibles notamment sur le Salzgeber.Shop.
