Le Vaginodrome de Ferzan Özpetek

3 septembre 2026

Vaginodrom: c’est ainsi que l’une des actrices décrit ce que Ferzan Özpetek entend réaliser. Les nombreuses femmes sont réunies autour d’une longue table, au bout de laquelle se tient le réalisateur lui-même. Il veut tourner un film avec ses actrices fétiches, réuni ici. Après cette courte scène méta, commence le voyage dans les années 1970, époque où se situe précisément ce film.

Vaginodrom: cette néo‑création ironique coche parfaitement les cases, car les femmes dans Diamanti restent constamment debout. Elles marchent, elles courent, elles se hâtent d’un espace à l’autre. Toutes travaillent comme couturières dans un atelier de costumes cinématographiques. Un métier qui, en théorie, réclame surtout de la tranquillité. Mais dans l’atelier — qui ne ressemble guère à un atelier, plutôt à une demeure très soignée — la frénésie créative est permanente.

La cheffe claque des doigts — et tout le monde suit

Seule Alberta ne court pas: elle dirige l’entreprise avec sa sœur Gabriella, déambule en donnant des ordres, reprend une jeune designer qui vient tout juste d’obtenir son diplôme (« Ici, il n’y a pas de moi, il n’y a que nous ! »), et claque des doigts comme sait le faire une bonne cheffe lorsque elle veut maintenir tout le monde sous contrôle.

Alberta peut crier, elle peut s’emporter, mais elle peut aussi être fière de ses collaboratrices et assurer le financement de l’école du fils de l’une d’entre elles. Évidemment, elle reste d’une élégance irréprochable à chaque instant. La cheffe porte des blazers parfaitement taillés, des coupes qui tirent presque sur le style militaire. Ses cheveux cuivrés sont toujours impeccablement fendus et coiffés.

Des gifles lorsque le risotto n’a pas le goût

Bien sûr, chez elles, les couturières ne dérogent pas à cette énergie. Elles portent une veste de travail couleur pétrole, mais sous le tissu elles exhibent les couleurs les plus vives, les motifs les plus voyants et les étoffes les plus élégantes.

Les femmes ne sont pas seulement occupées à coudre; elles portent aussi leurs drames privés: un fils adolescent qui ne quitte plus sa chambre, et pour un jeune enfant, aucune solution de garde n’est trouvée, si bien qu’il se voit caché entre les boutons. Et l’une des femmes est rabaissée et battue par son mari après une longue journée de travail, car son risotto ne lui plaît pas.

Aucune peur du mélodrame

Oui, les problèmes familiaux et la violence brutale sont plutôt traités comme des éclairages décoratifs que comme des enjeux profonds. Le châtiment des femmes n’est-il qu’un simple véhicule dramaturgique ? Cela pourrait être reproché au film. Néanmoins, l’essentiel semble être ici: toutes les femmes portent des charges doubles. Özpetek, le réalisateur, s’intéresse avant tout à la solidarité du groupe féminin plutôt qu’à traiter structurellement leurs problèmes.

Avec cela, on retrouve aussi sa réputation d’« Almodóvar à l’italienne »: ce réalisateur gay n’a pas peur du mélodrame. Bien au contraire, il aime l’exploiter jusqu’au bout. Autant que les bouleversements émotionnels s’accumulent dans l’atelier et que les cordes se font entendre, autant la solution arrive souvent très vite.

Renoncement pour une illusion

Et il y en a à profusion dans le film de 135 minutes. Les robes doivent être terminées, un réalisateur mégalomane crie sans répit, une designer primée oscendine détruit des robes sous les yeux des couturières, certaines actrices n’ayant pas le droit de se croiser lors des essayages pour éviter une querelle de diva, puis l’ex‑amant d’Alberta fait une visite surprise: « Diamanti » maintient le rythme élevé pendant les 135 minutes sans laisser retomber l’attention. Peu de repos, même avant de souffler. Le public apprécie cela: le mélodrame est devenu, en Italie, le film le plus réussi d Özpetek.

Le film ne poursuit pas une unique intrigue; il dresse plutôt le portrait d’une communauté de couturières. Leur passion pour le beau tient le premier plan, tout comme l’exigence de parfaire chaque détail, même le plus insignifiant, d’un costume. Les femmes ne cousent pas seulement: elles créent — même si leur sacrifice s’achève dans une illusion artificielle du cinéma.

Lien direct | Bande-annonce officielle allemande du film |

Une fête pour les sens
Les hommes n’occupent qu’un rôle secondaire. Ils entrent comme de charmants messagers dans l’atelier, se prêtent à des flirt faciles, ou sont inspectés torse nu lors des essayages. « Le visage d’un courtisan, les fesses d’un paysan », commente l’un d’eux — une inversion habile du regard masculin qui domine habituellement le cinéma. Ici, les hommes ne sont que des figurants dans un monde dirigé par les femmes. Ou, comme l’exprime le réalisateur dans l’entretien avec E-llico.com: « Je considère vraiment les femmes comme une sorte d’êtres supérieurs. »

Cc’est cette admiration pour la force des femmes qui rend le film si captivant — en plus des personnages intéressants, des couleurs éclatantes et du tempo rapide. Diamanti est un hommage à la mise en scène des coulisses et une fête pour les sens.

Infos sur le film
Diamanti. Drame. Italie 2024. Réalisation: Ferzan Özpetek. Distribution: Luisa Ranieri, Jasmine Trinca, Stefano Accorsi, Luca Barbarossa, Sara Bosi, Loredana Cannata, Geppi Cucciari, Anna Ferzetti, Aurora Giovinazzo, Nicole Grimaudo, Milena Mancini, Vinicio Marchioni, Paola Minaccioni, Edoardo Purgatori, Carmine Recano, Elena Sofia Ricci, Lunetta Savino, Vanessa Scalera, Carla Signoris, Kasia Smutniak, Mara Venier, Giselda Volodi, Milena Vukotic. Durée: 135 minutes. Langue: version synchronisée en allemand. Interdit aux moins de 12 ans. Distribution: missingFILMS. Sortie en salles: 3 septembre 2026

Élise Fournier