Les réseaux sociaux n’ont jamais été aussi dangereux pour les personnes queer.

29 mai 2026

La nouvelle étude de la GLAAD dessine une image nettement plus grave de la situation des personnes queer sur Internet : selon le sixième « Social Media Safety Index » publié la semaine dernière, les grandes plateformes américaines comme Meta, X et YouTube atteignent des niveaux historiquement bas en matière de protection des utilisatrices et utilisateurs queer.

Cette enquête, publiée chaque année depuis 2021, évalue les plateformes clés selon des critères tels que la sécurité, la protection des données et la liberté d’expression. En 2026, les résultats s’avèrent particulièrement négatifs : quasiment tous les services se dégradent par rapport à l’année précédente, tandis que les discours de haine envers les personnes queer, le harcèlement et la désinformation continuent de s’amplifier.

X est à la traîne

Particulièrement marqué: X, l’ancien Twitter, se classe à la dernière place avec seulement 29 points sur 100, juste derrière la plateforme Google YouTube (30 points). Les offres de Meta — donc Facebook, Instagram et Threads — ne sont pas bien mieux placées — toutes les plateformes perdent des points par rapport à l’année précédente, YouTube chute même d’environ onze points. Seul le portail chinois TikTok reste stable — mais avec 56 points sur 100, il ne constitue pas un modèle à suivre en matière de sécurité réelle.

Écart entre les règles et la réalité
GLAAD critique surtout l’écart grandissant entre les règles officielles de la communauté et l’expérience réelle des utilisatrices et utilisateurs queer. Malgré des règles en place, les actes de haine et les agressions seraient souvent mal modérés. Une accusation centrale : ces dernières années, les mécanismes de protection auraient été affaiblis, la transparence réduite et les programmes de diversité écourtés. La raison principale invoquée pour ce phénomène est la pression exercée par l’administration Trump, qui agit contre les contenus « woke » dans les médias et aurait récemment menacé, semble-t-il, de retirer des licences à des diffuseurs jugés favorables aux personnes queer (E-llico.com l’avait rapporté).

L’étude souligne surtout que ce sont les personnes trans et non-binaires qui ressentent le plus fortement les conséquences de cette évolution. Les attaques politiques et la désinformation s’intensifient en ligne, tout en voyant la protection offerte par les règles des plateformes diminuer.

GLAAD appelle entre autres à une modération plus stricte, à une plus grande transparence dans les décisions et à une protection plus efficace contre le harcèlement ciblé. De plus, les contenus queer doivent être mieux protégés au lieu d’être encore restreints par des mesures telles que l’Overblocking, c’est-à-dire le masquage automatique des contenus queer. Les créateur·trice·s queer devraient pouvoir se plaindre de ces pratiques, affirme la GLAAD — et les annonceurs devraient reconsidérer leurs campagnes publicitaires dans un tel contexte.

« Lorsque la GLAAD a commencé à évaluer les plateformes de réseaux sociaux dans le cadre de notre ‘Social Media Safety Index’ (SMSI), nous nous attendions à des résultats modestes », a déclaré la directrice de GLAAD, Sarah Kate Ellis. « La censure répandue des créateur·trice·s LGBTQ, les menaces constantes contre la vie privée de notre communauté et la propagation de contenus et de comportements anti-LGBTQ rendaient un démarrage pauvre presque inévitable. » Cependant, GLAAD n’avait pas prévu que les chiffres s’aggraveraient depuis lors. Les déficits évoqués constituent des « erreurs systémiques », pour lesquelles les géants de la tech disposent des outils nécessaires mais choisissent plutôt d’en tirer profit.

Élise Fournier