Les romans queer les plus importants en 2025

1 janvier 2026

Plus de jeunes lisent. Quelle excellente nouvelle. Et pourtant, le secteur de l’édition est confronté à des défis gigantesques. Le papier coûte plus cher que jamais, l’intelligence artificielle est devenue une concurrence sérieuse pour les auteur·ice·s, et la visibilité sur TikTok ne couvre qu’une poignée de genres comme « Romance » et « Young Adult ».
Et pourtant, en 2025 aussi, d’excellents romans queer ont vu le jour. Il est toutefois frappant de constater que les protagonistes trans ou non binaires restent rares, même chez les éditeurs plus petits. Le marché du livre pourrait volontiers gagner en diversité à nouveau.

Blaise Campo Gacoscos : Le Garçon d’Ilocos
Les Philippines ont été cette année le pays invité de la Foire du livre de Francfort – et il est d’autant plus merveilleux qu’un roman queer vienne de là et soit publié en allemand : dans son roman semi-autobiographique « Le Garçon d’Ilocos », Blaise Campo Gacoscos raconte la vie de Victor aux Philippines : l’enfance et la famille, les attentes sociales, les premiers désirs, les chagrins d’amour, la rivalité avec le frère et le vieillissement des parents. La question de l’orientation sexuelle n’est pas un moteur spectaculaire de l’intrigue, mais une facette calme et naturelle d’une existence. Le roman est « poétique, réaliste et sans mièvrerie ni clichés », écrit Christopher Filipecki. Il « caresse l’âme avec légèreté ».
➤ Une vie homosexuelle aux Philippines (01.06.2025)

Yael van der Wouden : Dans sa maison
Un roman d’auteur·e·s en devenir, tendu autour du désir, du pouvoir et du souvenir. Dans une langue savamment condensée, l’auteure israélo-néerlandaise Yael van der Wouden raconte l’histoire de deux femmes qui se rencontrent dans une maison — et qui, entre défense, attraction et enchevêtrements historiques, se rapprochent peu à peu. La physicalité devient le terrain émotionnel, l’amour queer n’est jamais séparé des questions liées à l’histoire et à la responsabilité juives. Le roman vit par les ambivalences, les conflits non exprimés et les retournements surprenants. Luise Erbentraut écrit : « une entrée remarquable », qui a atteint la shortlist du International Booker Prize.
➤ Ambivalences entre amour queer et responsabilité historique (24.05.2025)

Justin Torres : Blackouts
« Blackouts » est sans doute l’un des romans queer les plus remarquables depuis longtemps. Il explore le souvenir queer, le pouvoir et la solidarité à travers les générations. Justin Torres mêle faits et fiction pour tracer une piste en collage: un jeune homme accompagne un ami mourant et reprend sa mission de rendre visible la lesbienne chercheuse Jan Gay et son travail sur les premières recherches homosexuelles. Né d’un faisceau de proximité, de confiance et d’urgence politique, ce livre exigeant et riche en émotions parle autant du soin que de la question de savoir qui peut écrire l’histoire queer.
➤ Deux générations veulent sauver l’histoire queer (31.05.2025)

Constance Debré : Play Boy
Parfois le deuxième pas précède le premier. C’est aussi le cas avec « Play Boy », premier volet d’une trilogie de Constance Debré — car le second, « Love Me Tender », est déjà paru. Cette année, le premier est arrivé — un roman radicalement sobre sur le désir lesbien, la liberté et la démolition d’une vie bourgeoise. Debré raconte le coming-out tardif d’une quadragénère, des relations nouées entre désir et ennui — et la prise de conscience que même l’amour queer n’est pas une promesse de salut. Dans une langue sèche, dure, souvent effrayante dans son honnêteté, Debré dissèque les relations de couple, les revendications de possession et les attentes sociétales envers le corps féminin. Nora Eckert écrit : « La langue de Debré est dure et absolument ouverte, jamais fausse, mais honnête jusqu’à l’insupportable. »
➤ Un coming-out lesbien et la démolition d’une vie bourgeoise (11.05.2025)

Alan Hollinghurst : Nos Soirées

Un grand roman mélancolique sur l’origine, le désir et la lutte tout au long de la vie pour appartenir. Alan Hollinghurst suit son protagoniste Dave de l’enfance à la vieillesse — à travers les barrières de classe, le racisme et le théâtre queer — et brosse un panorama riche de l’existence homosexuelle dans la Grande-Bretagne des dernières décennies. Jojo Streb le décrit comme « une œuvre riche et sonore — une méditation mélancolique sur l’origine, le désir et l’art de se réinventer ».
➤ Le maître gay de la mélancolie (02.11.2025)

Ocean Vuong : L’Empereur de la joie
Âgé de 37 ans, le poète vietnamien-américain Ocean Vuong compte déjà parmi les voix queer les plus importantes de la littérature. Cette année paraît son nouveau livre : un grand roman sans complaisance sur l’échec, les illusions et les moments de douceur humaine. Vuong démonte le rêve américain à travers l’histoire d’un jeune homme qui, entre drogue, mensonges et dégradation sociale, frôle la disparition — et trouve néanmoins des formes fragiles d’appartenance. « Ce roman est aussi une injonction, comme peut l’être la vie elle-même. Mais les moments de grande humanité qu’il renferme portent du poids », affirme Nora Eckert.
➤ La vie est belle quand nous faisons du bien les uns aux autres (25.05.2025)

Pajtim Statovci : Bolla
Une couverture spectaculaire : le dragon tiré de la mythologie albanaise reflète l’amour dangereux entre Arsim et Miloš. L’auteur finno-kossovar Pajtim Statovci raconte l’amour entre deux hommes, qui doit rester secret pendant la guerre sanglante du Kosovo. Arsim est un mari difficile, mais dans sa relation avec Miloš, il révèle une tendresse surprenante. Une histoire oppressante, racontée avec une tristesse qui lui donne une grande force — et qui jusqu’ici a reçu trop peu d’attention.
➤ Amour homosexuel pendant la guerre du Kosovo (04.04.2025)

Chloé Caldwell : Women
Certaines œuvres mettent plus de temps à arriver jusqu’à nous: le roman « Women » de Chloé Caldwell est paru en 2014, mais n’est publié en allemand que maintenant. Elle raconte, dans une langue claire et sèche, l’histoire d’une jeune femme qui tombe amoureuse d’une femme à New York — et qui s’engage dans une relation à la fois intense et toxique. Entre la communauté queer, le chagrin d’amour et l’introspection biographique, le roman touche un fil sensible qui en a fait pour de nombreux lecteurs le livre du coming-out. Honnête, plein d’humour et douloureusement proche. Ou, comme Kat Ohlmann l’écrit sur E-llico.com : « Écrit de manière captivante, sèche et humoristique, l’auteure a créé un personnage queer sympathique dont il est agréable de suivre les pas entre le bar, les livres et le lit. »
➤ Un classique queer paraît pour la première fois en allemand (25.04.2025)

Seán Hewitt : Le Ciel s’ouvre
Un roman doux et intemporel sur le premier amour — et sur le fait qu’il peut être à la fois magnifique et douloureux. Seán Hewitt raconte James, un adolescent gay timide dans un village du nord de l’Angleterre, dont le monde s’ouvre à la suite de sa rencontre avec Luke. Dans une langue poétique et précise, le roman capture le désir, la honte et l’incertitude, rendant immédiatement perceptible l’intensité de ce premier amour. Hewitt signe un roman qui montre combien il peut être difficile et merveilleux d’aimer pour la première fois. Le livre, tout comme « Play Boy », a été nominé pour le prix du livre Spiegel.
➤ Un roman d’amour gay au charme intemporel (10.08.2025)

Christine Wunnicke : Cire
Un roman historique plein d’esprit, de savoir et d’un radicalisme discret. Christine Wunnicke raconte deux pionnières réelles du XVIIIe siècle : l’anatomiste Marie Biheron et la dessinatrice botanique Madeleine Basseporte, qui défient l’art et la science face à toutes les oppositions — et qui s’aiment. Entre les tables de dissection, les études botaniques et la Révolution française, se déploie une histoire d’amour lesbien qui n’est jamais mise en avant mais qui apparaît singulièrement naturelle. Les critiques ont salué ce roman queer, il a même figuré sur la shortlist du Deutscher Buchpreis. Seul revers: la maison d’édition Berenberg, qui publiait « Cire », cessera ses activités en 2026 pour des raisons financières.
➤ Amour lesbien entre botanique, corps et révolution (12.04.2025)

La Collecte Queer
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Ozan Zakariya Keskinkılıç : Fils de chien

« Fils de chien » a sans doute été le roman queer de l’année, celui qui a suscité le plus d’engouement sur les réseaux sociaux: un roman plein de désir, souvent poétique, sur l’origine et la recherche d’appartenance. Ozan Zakariya Keskinkılıç raconte Zeko, un jeune homme queer entre Berlin et la Turquie, entre rendez-vous sur Grindr, histoire familiale et l’emprise écrasante d’un amour non consommé de l’enfance. « Fils de chien » est un portrait vivant de la soif — du désir pour un homme autant que des réponses à bien des questions que Zeko se pose à lui-même et à la société — et une narration post-migrante qui raconte la queerness comme une évidence.
➤ Libidinalité, rencontres Grindr — et l’immense soif (15.09.2025)

Victor Schefé : Deux, trois yeux bleus

Loin de l’nostalgie de l’Est : l’acteur Victor Schefé raconte, dans son roman autofictionnel, comment, adolescent gay, il a voulu fuir la RDA — surveillé par la Stasi et même par sa mère. L’ouvrage offre une vision saisissante de la vie sous la dictature et de l’élan vers la liberté — et se distingue autant par sa forme que par sa langue, percutante. « Deux, trois yeux bleus » constitue un roman historique impressionnant qui rend tangible non seulement la RDA en tant qu’État répressif, mais aussi la vie gay sous le socialisme d’État.
➤ Comment le jeune Tassilo, gay, a réussi à quitter la RDA (24.12.2025)

Élise Fournier