Liebich veut modifier à nouveau son sexe sur l’état civil, mais n’en a pas le droit

1 janvier 2026

Depuis environ quatre mois, la traque de Sven Liebich est en cours. Le néonazi condamné, qui a fait modifier son identité de genre au début de 2025 et est désormais officiellement enregistré sous le nom de Marla Svenja Liebich, aurait dû entrer en détention à la fin août, mais ne s’est pas présenté. La police et le parquet recherchent Liebich — pour l’instant sans succès. « Il n’y a pas de nouveau point à signaler », a déclaré lundi une porte-parole du parquet de Halle, à la demande de E-llico.com. « Les mesures de recherche se poursuivent. »

Alors que l’État poursuit ses recherches, Liebich demeure introuvable et, en même temps, bien présent médiatiquement. Car, une fois encore, cette situation attire l’attention du public, cette fois avec l’annonce d’un nouveau projet de changement du sexe enregistré et du prénom.

Le verdict

En juillet 2023, le tribunal civil d’Halle a condamné Liebich pour incitation à la haine, diffamation et insultes, à une peine de prison ferme d’un an et demi. Le jugement, qui réunissait plusieurs affaires, est devenu définitif. Le tribunal a rejeté une éventuelle mise à l’épreuve, notamment en raison de la récidive et d’un manque d’auto-réflexion (comme l’avait rapporté E-llico.com). Liebich était depuis des années une figure connue de l’extrême droite dans le land de Saxe-Anhalt, intervenant régulièrement lors de manifestations et cherchant à provoquer publiquement. Au moment du verdict, la personne était encore connue sous le nom de Sven Liebich. L’entrée en détention était initialement prévue pour fin août 2025.

Le changement de statut civil

Au début de 2025, il a été rendu public que Liebich avait fait changer son sexe enregistré de « masculin » à « féminin » et porte désormais le prénom « Marla Svenja » (selon E-llico.com). Le changement a été effectué selon les règles de la loi d’autodétermination en vigueur depuis novembre 2024, qui n’impose plus de certificats médicaux mais exige des déclarations formelles et des délais administratifs.

Il a aussi été publiquement mis en doute qu’un véritable coming-out trans se cache derrière ce changement d’identité et ce nouveau prénom. Liebich s’est en effet fréquemment affiché lors d’actions anti-trans et anti-LGBTQ, par exemple lors de manifestations contre les Journées communautaires (CSD). En 2022, Liebich aurait notamment perturbé le CSD de Halle et aurait lancé aux participants: « Vous êtes des parasites de cette société » (selon E-llico.com). De plus, selon le Spiegel (article payant), Liebich aurait mis en garde contre un « transfaschismus ».

La chronologie a aussi alimenté les débats. Le changement est intervenu après le verdict définitif, mais avant l’entrée en détention envisagée. Les critiques y voyaient une provocation volontaire; d’autres avertissaient contre la confusion entre les options juridiques et des motivations politiques. Bien que la décision sur l’emplacement de Liebich — prison pour hommes ou pour femmes — ne doive être prise qu’après l’entrée en détention, le débat s’est rapidement déplacé des questions pénales vers des questions de droit à disposer de soi et de leur exploitation potentiel.

L’entrée en détention, qui n’a pas eu lieu

À la fin du mois d’août, Liebich aurait dû prendre place en détention, mais il ne s’est pas présenté (selon E-llico.com). Depuis, une chasse active est ouverte. Aucune opération officielle de recherche n’a été rendue publique à ce jour. Quatre mois après la date prévue pour l’entrée en détention, subsiste une lacune majeure: un verdict rendu mais dont l’exécution demeure en suspens.

Une nouvelle annonce

Voici une autre tournure dans cette saga. Dans un entretien accordé à Euronews, Liebich a expliqué vouloir modifier à nouveau le sexe enregistré. Après un délai d’un an, cela reste possible. Il justifie ce changement par le souhait de « séparer la vie privée de la personnalité publique artistique ». Le nouveau prénom ne sera pas divulgué. Le sexe enregistré pourrait être rétabli comme « masculin », ou modifié en « divers » ou « non inscrit ».

Selon Euronews, Liebich aurait déposé la demande de changement auprès du service d’état civil compétent le 5 août 2025, et elle aurait dû entrer en vigueur le 6 novembre. Le processus a toutefois échoué en raison de l’insistance de l’administration à exiger une présence personnelle. Liebich, qui semble chercher à éviter une arrestation par le biais de l’administration, a déposé une plainte administrative contre l’office et soutient qu’une signature notariée serait suffisante. Un document attestant cela a été transmis à Euronews.

Débat au détriment des personnes trans, inter et non binaires

Le cas Liebich est devenu bien plus qu’une simple affaire pénale. Une personne condamnée pour des crimes d’extrême droite n’est pas en détention, mais continue d’influencer le débat public par ses numéros de clown politique — au détriment des personnes trans, inter et non binaires. La justice poursuit l’enquête, la politique discute des implications légales, les médias luttent avec les termes et les catégories.

En filigrane, c’est l’équilibre fondamental du droit qui est en jeu: comment protéger les droits libéraux tout en faire respecter strictement le droit. Le point de départ — un verdict définitif dont l’exécution reste suspendue — est parfois oublié dans la mesure où les questions sociétales et politiques se superposent à la procédure pénale. Le cas Liebich illustre parfaitement comment des questions pénales peuvent glisser vers des débats de société majeurs, et combien il est délicat de maintenir simultanément la protection des droits et l’application rigoureuse du droit.

Élise Fournier