Lula remporte une victoire surprise – la communauté LGBTQ+ soupire de soulagement

28 octobre 2026

Le président en exercice Luiz Inácio Lula da Silva a été proclamé vainqueur de l’élection présidentielle au Brésil, mais son adversaire de droite Flávio Bolsonaro refuse de reconnaître le résultat officiel. En raison d’une prolongation des heures d’ouverture des bureaux de vote de deux heures, il a annoncé qu’il engagerait des poursuites judiciaires, a déclaré le fils de Jair Bolsonaro, l’ancien président actuellement assigné à résidence. La Cour suprême électorale avait auparavant proclamé Lula, âgé de 80 ans, vainqueur avec 51,8 % des voix contre 48,2 % des voix.

Ainsi, le Brésil se prépare à nouveau à des périodes politiques turbulentes après une défaite de la droite. En 2023, des manifestants en colère de Jair Bolsonaro, qui refusait lui aussi de reconnaître sa défaite, avaient pris d’assaut le quartier gouvernemental de Brasilia, la capitale. Plus tard, l’ancien militaire a été condamné à 27 ans de prison et à une interdiction d’exercer des fonctions publiques pour tentative de coup d’État, raison pour laquelle son fils Flávio s’est présenté à sa place.

Un retour historique

Lula était en tête autour de 45 % au premier tour, derrière Flávio Bolsonaro qui atteignait environ 47 %. Plusieurs experts voyaient le sénateur de droite légèrement favori lors du second tour également, anticipant un duel serré.

Finalement, Lula a réussi, pour la première fois depuis le retour des élections présidentielles directes en 1989, à combler le retard d’un candidat qui était en faible avance au premier tour lors du second tour. Avec cette victoire, Lula pourrait devenir le premier président brésilien élu démocratiquement pour quatre mandats. À son investiture en janvier 2027, il aura 81 ans — à condition que la résistance de Bolsonaro reste sans effet.

« Cette élection a été une défaite pour les négateurs », a déclaré Lula d’une voix rauque, après un dur combat électoral, avant de prendre la parole devant les journalistes pour son premier speech. Ensuite, il s’est montré devant des milliers de partisans en liesse sur l’avenue Paulista à São Paulo — et a chanté avec eux l’hymne national.

À l’échelle nationale, des gens sont descendus dans les rues pour célébrer la réélection de Lula. Toutefois, de nombreux Brésiliens qui espéraient une victoire de Bolsonaro sont déçus ou furieux face au résultat. Le plus grand et le plus puissant pays d’Amérique latine était déjà profondément divisé politiquement avant le scrutin ; compte tenu de la réaction initiale du perdant, cela ne va probablement pas changer — au contraire.

La communauté LGBTI se réjouit

La victoire de Lula a aussi été célébrée par la communauté queer. Les deux candidats avaient fondamentalement des positions différentes sur les droits LGBTI; Lula les décrivait comme un élément fondamental des droits humains universels, tandis que Bolsonaro souhaitait les remettre en cause.

Facebook / antrabrasil | Des organisations queer se montrent enthousiastes après la victoire de Lula

Bien que le candidat de droite diffère nettement de son père Jair dans le ton et dans l’attitude politique, ce dernier a longtemps attisé les foules avec des tirades hostiles envers les personnes queer. Jair Bolsonaro avait notamment déclaré au magazine Playboy qu’il préférerait que ses fils meurent plutôt que d’apparaître homosexuels. Pendant sa présidence de 2019 à 2023, il avait à plusieurs reprises été critiqué pour des propos homophobes — en 2020, par exemple, il avait dit : « Nous devons cesser d’être un pays de tapettes » (comme l’a rapporté E-llico.com). Flávio est plus mesuré dans sa rhétorique, mais sur le fond il est identique : il rejette aussi les campagnes d’éducation et de lutte contre la discrimination à l’école et veut retirer les droits fondamentaux aux personnes trans.

Une extension des heures de vote décidée par le tribunal

Flávio Bolsonaro a annoncé après la défaite qu’il contesterait le résultat en raison de l’extension des heures d’ouverture des bureaux de vote, décidée peu avant leur fermeture. Il a déclaré qu’il ne pouvait pas reconnaître le résultat, qualifiant la décision d’un « défaut inacceptable d’égalité des chances ».

Le juge Cristiano Zanin, de la Cour suprême, avait prolongé la période de vote à l’échelle nationale jusqu’à 19 heures, à la demande de l’équipe de campagne de Lula, en raison de problèmes de transport public et des difficultés rencontrées par les électeurs. Le camp de Flávio Bolsonaro avait aussi demandé davantage de temps, mais uniquement pour certains États où de fortes pluies, des inondations et des coupures d’électricité auraient perturbé le déroulement du scrutin.

Succès sociaux et défis économiques

Environ 159 millions de Brésiliens et Brésiliennes étaient appelés aux urnes — et nombre d’entre eux ont profité des succès sociaux et économiques du Parti des travailleurs (PT) de Lula. Sous sa direction, le chômage a atteint un niveau historiquement bas, la pauvreté a reculé et le salaire minimum a augmenté. Par ailleurs, le Parlement a adopté l’introduction progressive d’une semaine de travail de cinq jours avec deux jours de congé. De plus, la déforestation dans l’Amazonie, le plus grand forêt tropicale du monde, a reculé.

Pour autant, le mécontentement face au coût de la vie demeure élevé. La dette publique importante, les dépenses d’envergure de Lula et un scandale présumé de fraude à l’assurance retraite ont pesé sur le gouvernement. Pendant la campagne, Lula n’a pas réussi à convaincre de nombreux électeurs par son bilan. Beaucoup de Brésiliens souhaitaient plutôt le retour de la famille Bolsonaro au pouvoir.

Le politologue Oliver Stuenkel estime que la campagne de Lula s’est appuyée trop longtemps sur d’anciens succès — et pas suffisamment sur des plans pour l’avenir. Ce n’est qu’après le premier tour qu’elle a tenté de s’adresser à des électeurs en dehors de la gauche.

La droite au Parlement s’est renforcée

Lula avait déjà gouverné le Brésil de 2003 à 2010, et depuis 2023 l’ancien syndicaliste originaire du Nordeste pauvre occupe de nouveau le poste suprême. À présent, il s’apprête à entamer un quatrième mandat difficile. La droite a enregistré des gains importants lors des élections parlementaires d’il y a trois semaines: le Parti libéral (PL), fidèle à Bolsonaro, est devenu la force la plus puissante à l’Assemblée avec 121 des 513 députés et détient 28 des 81 sièges au Sénat. Plus encore que durant sa première période, Lula devra nouer des majorités avec d’autres partis. Le Centrão, une coalition composée majoritairement de partis conservateurs et centristes, est particulièrement déterminant, réunissant des intérêts politiques et régionaux.

La sécurité publique a été l’un des thèmes majeurs de la campagne. Les organisations criminelles exercent une influence considérable et de nombreux citoyens ne se sentent pas en sécurité. Lula a annoncé son intention de créer un ministère de la sécurité publique. Flávio Bolsonaro a défendu, comme son père autrefois, une politique de sécurité dure et a annoncé la construction de prisons ultra-sécurisées sur le modèle du Salvador.

Pendant la campagne, les deux camps se sont livré à des échanges personnels. Flávio Bolsonaro a qualifié Lula, lors d’un débat télévisé, de politicien que le Brésil devrait enfin mettre à la retraite à cause de son âge. Lula a reproché à son adversaire de ne connaître la dure vie des travailleurs que par le biais de la littérature. Les deux camps se sont également échangés des accusations de corruption. En outre, la campagne de Lula a accusé le géant des réseaux sociaux Meta d’avantager certains contenus; Meta a rejeté ces allégations.

La victoire de Lula ne met pas fin aux tensions entre le gouvernement, le Parlement et la Cour suprême. Cette dernière a joué un rôle central dans les procédures contre Jair Bolsonaro, qui est actuellement assigné à résidence. Son fils a annoncé qu’en cas de victoire il plaiderait pour l’amnistie de son père.

Lula résiste à la tendance régionale

Avec la victoire de Lula, le Brésil demeure un contrepoids important face au basculement à droite en Amérique latine. Depuis le retour de Trump comme président américain, des gouvernements de droite ont pris le pouvoir notamment en Bolivie, au Chili et en Colombie. Les États‑Unis colaborent également plus étroitement avec le Venezuela après que le dirigeant autoritaire Nicolás Maduro a été placé sous surveillance par l’armée américaine.

Lula s’est opposé pendant la campagne à une dépendance politique et économique croissante vis-à-vis de Washington, une dépendance que ses partisans, sous la houlette de Jair Bolsonaro, critiquaient et que Flávio craignait. « Le Brésil n’appartient à aucune arrière-cour d’un pays », avait déclaré Lula lors de la récente tribune générale de l’ONU. Son rapport avec Trump pourrait rester complexe.

En ce qui concerne l’Amazonie, Lula devrait probablement poursuivre son cap actuel. La déforestation a certes diminué sous son mandat, mais il subsiste des projets d’infrastructures contestables — et l’objectif de mettre fin à la déforestation d’ici 2030 reste, de toute évidence, loin d’être atteint.

Élise Fournier