Masturbation en Allemagne : pourquoi jusqu’à 100 personnes meurent chaque année

28 février 2026

Chaque année, rien qu’en Allemagne, environ 100 personnes trouvent la mort dans des accidents érotiques auto‑initiés; à l’échelle mondiale, ces décès se chiffrent par des milliers. Les causes sont variées et vont d’expériences risquées à l’utilisation d’objets inadaptés.

Mais qu’est-ce qui pousse les gens, en état d’excitation sexuelle, à ignorer des dangers évidents ? Le sexothérapeute Krisztian Füredi, dans un entretien avec Erotik.com, évoque les ressorts psychologiques et le rôle fatidique de la honte dans les accidents érotiques auto‑initiés.

Die Statistik von bis zu 100 Todesfällen pro Jahr in Deutschland durch sexuelle Unfälle ist alarmierend. Urologinnen berichten von Patientinnen, die sich mit Staubsaugern verletzen oder diverse Gegenstände in Körperöffnungen einführen. Welche extremen oder besonders riskanten Fälle begegnen Ihnen in der therapeutischen Praxis?

Les statistiques, qui évoquent jusqu’à 100 décès par an en Allemagne dus à des accidents sexuels, sont alarmantes. Les urologues évoquent des patient·e·s qui se blessent avec des aspirateurs ou introduisent divers objets dans des orifices corporels. Quelles formes extrêmes ou particulièrement risquées rencontrez-vous en pratique thérapeutique ?

Des histoires de patients concrètes ne peuvent et ne veulent pas être partagées pour des raisons éthiques. Ce que je peux toutefois dire, c’est que les accidents les plus graves ne proviennent pas d’idées particulièrement créatives ou « extrêmes », mais de certaines situations à risque récurrentes. Le risque se situe moins dans l’excès que dans la routine. Particulièrement dangereuse est l’expérimentation consistant à influencer délibérément la respiration ou l’apport en oxygène. Des individus se mettent en danger par strangulation ou en plaçant des sacs plastiques sur leur visage, sous-estimant gravement le danger. Le sentiment de contrôle est souvent trompeur, et cela peut conduire très subitement à une perte de connaissance, à des dommages neurologiques irréversibles ou à la mort. À l’échelle mondiale, on estime que plusieurs milliers de décès de ce type surviennent chaque année. Un autre schéma récurrent est l’expérimentation avec des objets non destinés à un usage sexuel. La liste de ce que les médecins doivent retirer des orifices corporels est longue et va des légumes aux ampoules en passant par des pièces métalliques. Les blessures, les infections et les saignements intra­vekéraux constituent des complications fréquentes et souvent mal détectées à temps.

Pourquoi les personnes, dans un état d’excitation, ignorent-elles de telles limites de sécurité aussi évidentes ?
C’est une question centrale. L’excitation sexuelle n’est pas qu’un état d’humeur, mais un état particulier du système nerveux. L’attention se resserre fortement, le système de récompense s’active et le sentiment d’urgence augmente. Les conséquences à long terme et les risques sont littéralement occultés dans cet état. Dans un état calme, non excitant, la plupart des gens sous-estiment dramatiquement à quel point leurs décisions changent sous cette forte tension émotionnelle et physique. On peut dire que l’excitation crée une autre forme d’état de conscience où la réflexion et le sens du danger sont nettement réduits. S’il s’ajoute le secret et la honte, parce que l’on pense que l’on ne peut parler de ses fantasmes à personne, il n’y a plus de vérification de la réalité extérieure. Il ne reste que l’aspiration de l’excitation.

Welche psychologischen Bedürfnisse treiben solche riskanten Solo-Experimente am häufigsten an?
Les motivations sont souvent très ordinaires et il ne s’agit pas rarement de sexe mais de régulation des émotions. Un facteur clé est la réduction du stress. La stimulation sexuelle peut très rapidement diminuer l’anxiété et donner un sentiment de contrôle. Un autre est la recherche de nouveaux stimuli intenses. Ceux qui réagissent fortement aux stimuli sensoriels franchissent plus facilement les limites — surtout lorsque le quotidien paraît monotone ou émotionnellement vide. Une troisième motivation est la fuite, l’« abandonner le bruit intérieur ». Une intensité élevée des stimuli peut temporairement éteindre les pensées qui tourmentent et les soucis. C’est un état très attractif que l’on cherche à préserver et à intensifier.

Wie stark prägen Pornografie und Social Media das, was als normal oder sicher wahrgenommen wird?
Très fortement. La pornographie et les réseaux sociaux se livrent à une concurrence constante pour l’attention. Des contenus plus extrêmes et plus intenses « fonctionnent » mieux et obtiennent ainsi une part disproportionnée d’espace. Cela influence les scénarios sexuels personnels des individus : ce que « on peut faire », ce qui est perçu comme normal ou même comme ennuyeux. Un exemple préoccupant est que l’étranglement sexuel est devenu, chez les jeunes, un thème particulièrement fréquent. Dans les contextes où ils en sont confrontés, les risques ne sont pas visibles. Cela paraît ordinaire et inoffensif, alors qu’une simple privation d’oxygène peut entraîner des dommages durables ou la mort.

Spielt Scham eine Rolle dabei, ob und wie schnell sich Betroffene nach einem Unfall Hilfe suchen?
Une très grande et souvent tragique importance. Lors d’accidents intimes, de nombreuses personnes tardent à chercher de l’aide, essaient de résoudre le problème seules ou espèrent que cela va passer parce qu’elles craignent la réaction des médecins et du personnel soignant. Ce retard augmente massivement le risque de complications graves. Il faut souligner : dans le système de santé, on traite les problèmes médicaux, pas les jugements moraux. Une véritable auto‑prise en charge consiste à solliciter rapidement une aide professionnelle et non à vouloir rester inaperçu.

Wann wird das Bedürfnis nach immer intensiveren Reizen zu einem Hinweis auf ein tieferes Problem?
La curiosité et le besoin de nouveauté ne constituent pas en soi un problème. La sexualité évolue au cours de la vie. Il faut regarder plus attentivement lorsque survient une perte de contrôle et que quelqu’un continue malgré des conséquences négatives ou des risques. Si le comportement prend une place importante dans la vie, affecte les relations ou le travail et qu’aucun changement ne se produit malgré tout, cela peut indiquer un trouble du comportement sexuel compulsif. Alors le sexe n’est souvent plus l’objectif, mais seulement un moyen de réguler l’anxiété, le vide, un trauma ou un stress chronique — et peut donc évoluer dangereusement.

Élise Fournier