Nous ne sommes pas tous égaux, mais nous avons la même valeur

30 décembre 2025

Le message est clair : les êtres humains ne sont pas tous égaux, mais chacun a la même valeur. La réalité est le plus souvent différente. Pourquoi cela, c’est ce que le psychologue Bertolt Meyer tente d’élucider dans son livre récemment publié chez Ullstein, intitulé « Anders » (lien affilié Amazon) — ou comme le précise le sous-titre : « Ce que nous apprend la psychologie sur la gestion des différences ».

L’auteur apporte ici non seulement un savoir-faire scientifique avéré, mais aussi ses propres expériences, puisqu’il est quelqu’un qui est socialement rangé dans la catégorie « autre ». Il est gay et handicapé, et il sait donc par expérience ce que ressentent la discrimination et la stigmatisation, et à quel point l’acceptation peut être difficile dans la vie. Une société réellement inclusive ressemble en tout cas à autre chose que ce que nous, par exemple, observons au quotidien autour de nous dans la communauté queer. Il en va de même pour les personnes handicapées et pour celles qui subissent le racisme, et pour bien d’autres encore.

La préférence apparemment inépuisable pour les stéréotypes

Le livre nous fait comprendre qu’il existe une multitude d’ennemis pour une société inclusive et qu’ils se cachent souvent là où on ne les attend pas — on songe notamment au féminisme critique du genre. Un autre de ces ennemis est notre penchant apparemment inépuisable pour les stéréotypes. Le livre en parle fréquemment et avec l’intention évidente de différencier. La critique de Meyer ne manque toutefois pas de clarté, mais il la formule d’une manière remarquablement posée, loin de toute polémique.
Parce que ce livre semble destiné à un public large, l’auteur accorde une grande importance à un langage accessible, sans jamais perdre de vue les résultats issus des recherches actuelles. Il parvient ainsi à trouver un équilibre entre des contenus complexes et une langue explicative, tout en s’appuyant sur ses propres expériences. Et cela convainc sans doute.

La psychologie du droit-populisme
Meyer explore les causes psychologiques des combats culturels et se demande pourquoi, par exemple, le langage genré ou les questions liées à la transidentité et bien d’autres sujets provoquent de telles polémiques. Il est en effet courant de constater que nous vivons tous des différences entre nous et que notre quotidien est marqué par des différences interpersonnelles. Quand cela devient-il un problème ? Qu’est-ce que cela fait de nous percevoir les uns comme les autres comme des « autres » ? Meyer cite ici brièvement l’extrémiste de droite Höcke, qui affirme qu’il faut « libérer » les écoles du « projet idéologique de l’inclusion ». Combien de dédain envers l’humanité faut-il pour émettre de telles propositions ?

Irrational Reactions (Texte original en allemand, conservé tel quel dans son intitulé).

Ce point n’est pas nouveau, mais il reste malheureusement un savoir encore trop peu répandu : « Les stéréotypes de genre peuvent être compris moins comme le résultat d’un ordre naturel ancestral que comme l’issue de processus culturels, institutionnels et psychologiques en cours. Ils ne constituent pas la poursuite d’une nature, mais l’expression d’arrangements sociétaux. »
Et comme cela est vrai, le genre est devenu un « mot‑clé » ou un « déclencheur » dans des contextes culturels et souhaits de droit-populiste. Meyer émet l’hypothèse que les critiques venues de ces sphères ne comprennent ni ne veulent comprendre ce que signifie le genre. L’auteur parle donc à juste titre d’une « menace symbolique ». Comment la langue lui-même peut être perçue comme un champ de bataille symbolique. Rien n’a changé depuis Judith Butler et son essai Gender Trouble, il y a plus de trente ans — ni la conviction que l’état cisgenre est une construction extrêmement fragile face à des réactions irrationnelles.
La brutalisation du discours politique
Sur le sujet des trans, Meyer rappelle l’actuelle politique de Trump comme un exemple saisissant de dédain envers l’être humain et comme une illustration de la brutalisation du discours politique. Mais il critique aussi le cas d’Alice Schwarzer, en montrant à quel point ses idées contredisent les faits. « En science, les faits et leur interprétation ne doivent pas être mélangés. » Et plus loin : « Déclarer une identité comme tendance ou comme mode, ce que la rédaction d Emma fait dans le cas des trans, qui est actuellement associée à une exclusion et une stigmatisation extrêmes, cela m’échappe. »
Cela n’échappe pas seulement à Bertolt Meyer. Mais en regard du droit-populisme, il existe au moins une explication. Car ici, il ne s’agit pas d’un programme rationnel, mais d’une offre émotionnelle. Oui, il s’agit d’attiser les peurs, de dessiner des scénarios de menace dans un cadre ami‑ennemi. Il est toutefois difficile de dire si les recommandations pratiques qui concluent le livre atteindront vraiment ceux qui en auraient le plus besoin. Pourtant, le message demeure juste et important : nous ne sommes pas tous égaux, mais tous égaux en valeur.

Infos sur le livre
Bertolt Meyer: Anders. Was wir aus der Psychologie über den Umgang mit Unterschieden lernen können. 352 Seiten. Ullstein. Berlin 2025. Hardcover: 22,99 € (ISBN 9-783-55020-413-5). E-Book: 22,99 €

Élise Fournier