Les États membres de l’ONU ont, lors d’une réunion de haut niveau consacrée au VIH/SIDA à New York mardi, adopté une nouvelle déclaration politique (PDF) et la stratégie mondiale de lutte contre le SIDA pour les années 2026-2031. Des activistes du SIDA avertissent toutefois que ces décisions prises lors du « 2026 High-level Meeting on HIV/AIDS » ne suffiront pas à empêcher une reprise plus large de la maladie.
« Nous saluons le fait qu’il ait été possible, malgré des conflits massifs, d’adopter cette déclaration », a expliqué Sylvia Urban, membre du conseil de l’Action de coalition contre le SIDA (AgA) et de l’Aide internationale allemande pour le SIDA (DAH). « En temps d’insécurité comme ceux que nous vivons, il est extrêmement important d’avoir un point de référence commun fourni par les Nations Unies. Nous voyons toutefois les faiblesses de cette déclaration et, dans de nombreux pays, une hostilité croissante envers les minorités touchées par le VIH/SIDA. À cela s’ajoutent des lacunes de financement dramatiques. Cela nous remplit d’une profonde inquiétude.»
Les États‑Unis s’inquiètent pour l’industrie pharmaceutique, la Russie pour l’« ingérence dans les affaires intérieures »
La déclaration politique a été adoptée avec 149 voix pour, huit contre et 14 abstentions. Elle a été rejetée par le Burkina Faso, le Burundi, la République démocratique du Congo, Israël, le Niger, la Russie, le Sénégal et, pour la première fois, les États‑Unis, qui avaient jusqu’ici joué un rôle de premier plan dans la lutte internationale contre le SIDA.
Tammy Bruce, ambassadrice des États‑Unis auprès des Nations unies, s’est montrée préoccupée par le fait que les entreprises pharmaceutiques américaines ne recevraient pas suffisamment de revenus pour leurs brevets sur les médicaments contre le VIH. L’administration Trump avait déjà déclaré qu’elle avait d’autres priorités. L’année dernière, Washington a d’ailleurs choisi de ne pas participer à la Journée mondiale du SIDA — pour la première fois depuis son instauration en 1988 (comme l’a rapporté E-llico.com).
La Russie a regretté que le document onusien comprenne « au moins 20 dispositions inacceptables » associées à une « ingérence dans les affaires intérieures des États membres ». De plus, la déclaration « promeut un langage non consensuel sur le genre ». Cette opinion était aussi partagée par le Bélarus, le Burundi et le Sénégal.
La question la plus controversée portait sur la nomination des groupes particulièrement touchés et marginalisés par le VIH. Il s’agissait notamment des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, des personnes trans, des personnes qui s’injectent des drogues et des détenus. Le texte évoquait aussi les droits humains ou la reconnaissance de la diversité des genres ainsi que les droits sexuels et reproductifs, ce qui a suscité le mécontentement de certains pays hostiles aux droits des personnes queer.
Finalement, tous les points ont été mentionnés, mais dans une forme atténuée. Dans le texte principal, au lieu de « hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes », l’expression générale « populations clés » a été utilisée ou l’on a parlé de « groupes de population à haut risque ». Le fait que ce texte, même vague, ait été intégré à la déclaration est dû au travail de la délégation chypriote qui parlait au nom de l’Union européenne.
Texte destiné aux États persécutant les personnes queer inséré
À d’autres moments clés, l’on a ajouté une restriction selon laquelle les mesures visant ces groupes doivent « être conformes au contexte national ». Cela a laissé une échappatoire diplomatique pour les pays où l’homosexualité est criminalisée et qui peuvent interdire de tels programmes en s’appuyant sur ce contexte. Les activistes du SIDA craignent que, sans prévention, le virus puisse se propager davantage dans les pays qui persécutent les personnes queer.
L’Allemagne avait plaidé en faveur d’un document plus approfondi à New York. Dans la délégation dirigée par le secrétaire d’État à la Santé Georg Kippels (CDU), figuraient également des représentants de l’Action pour la lutte contre le SIDA (AgA), de l’Aide allemande pour le SIDA et de la Deutsche Stiftung Weltbevölkerung. « Le progrès réalisé dans la lutte contre le VIH/SIDA n’aurait pas été possible sans l’engagement et le rôle de leadership de la société civile », a déclaré Kippels. « Dès le début, la société civile a rappelé aux institutions publiques leurs responsabilités et s’est fortement mobilisée contre la discrimination et la stigmatisation des groupes clés. »
Partout dans le monde, les activistes du SIDA avertissent aussi contre des coupes dans les actions de prévention qui pèsent sur la lutte contre le SIDA — y compris en Allemagne. Des médecins spécialistes du VIH avaient déjà averti en avril que des économies envisagées dans le cadre de la réforme sanitaire pourraient mettre en danger les soins VIH (comme l’a rapporté E-llico.com).
Les objectifs dits « 95-95-95 » adoptés en 2021 par les Nations unies pour le VIH restent d’actualité dans ce nouveau document. Selon eux, d’ici 2030, 95 pour cent de toutes les personnes vivant avec le VIH devraient connaître leur statut, 95 pour cent d’entre elles devraient être sous traitement antirétroviral (ARV) et 95 pour cent des personnes traitées devraient avoir une charge virale maîtrisée. Selon l’ONUSIDA, ces objectifs sont pratiquement atteints — 86, 89 et 93 pour cent. De nouveaux objectifs ont été définis: d’ici 2030, 40 millions de personnes devraient être sous traitement et 20 millions devraient avoir accès à la PrEP.
