Un tribunal du Guatemala a condamné sept anciens agents des forces de l’ordre à des peines allant jusqu’à 60 ans de prison pour le meurtre d’un couple homosexuel. « C’est un acte répréhensible », a déclaré la juge María Castellanos lors de l’annonce du verdict, rapporte l’agence AFP.
Le couple composé d’Eldin Choc, 28 ans, guatémaltèque, et de son partenaire Milton Santamaría, 45 ans, salvadorien et canadien, avait été arrêté en avril 2024 à San Andrés Itzapa, une communauté maya située dans le département de Chimaltenango, à l’ouest de la capitale. L’affaire résulterait d’un conflit survenu dans un commerce. À la gendarmerie locale, les deux hommes auraient été battus, torturés et tués, selon le procureur Marco Escobar. Des propos homophobes auraient été proférés au cours des actes.
Pour dissimuler le crime, les agents avaient afirmé que le couple était mort dans un accident de la route. Le corps de Santamaría a été transporté à l’hôpital, tandis que celui de Choc a été retrouvé quelques jours plus tard dans un ravin, la main mutilée. Un élément clé du dossier résidait dans des enregistrements sonores réalisés par une policière lors de la torture et qui ont été signalés à ses supérieurs.
L’ancien chef de la police arrêté deux mois après les faits
Le chef de la police de San Andrés Itzapa à l’époque, Edy Vásquez, a été condamné à 60 ans de prison pour exécution extrajudiciaire. Il avait été arrêté au Texas deux mois après les faits et extradé vers le Guatemala. Un autre ancien policier a également été condamné à 60 ans, un troisième à 30 ans. Deux anciennes policières doivent purger onze ans de prison pour manquement à leurs obligations et discrimination, puisqu’elles avaient insulté le couple sur la base de son orientation sexuelle. Deux autres prévenus ont reçu huit et dix ans respectivement, notamment pour séquestration, abus d’autorité et dissimulation de la vérité. Quant aux indemnités destinées aux proches, leur attribution sera décidée ultérieurement, selon le quotidien La Hora.
En 2025 et 2026, deux pompiers avaient déjà été condamnés à des peines avec sursis d’un et trois ans. Ils avaient reconnu avoir, sous pression policière, dissimulé le fait que Santamaría était déjà mort lorsqu’ils l’avaient transporté à l’hôpital.
« Il était important que cela ne reste pas impuni »
Le frère d’Eldin, Henry Choc, a exprimé sa satisfaction après le verdict: « La justice a été rendue ». L’organisation Cristosal, qui était partie civile au procès, a souligné l’importance de cette décision. « Il était important que cela ne reste pas impuni », a déclaré à l’AFP son directeur juridique, Abraham Abrego. « Il s’agit clairement d’un crime motivé par des préjugés », a-t-il ajouté.
Devant le tribunal de Guatemala-Ville, des activistes s’étaient rassemblés, avaient allumé des bougies et brandi une banderole sur laquelle était inscrit « L’homophobie tue ». Amnesty International et trois organisations locales de droits humains ont affirmé que ce dossier s’inscrit dans « les nombreux autres actes de haine contre les personnes LGBTQ+ au Guatemala ».
Les crimes de haine ne sont pas définis comme une catégorie distincte dans le droit pénal guatémaltèque. Selon l’Association Lambda, en 2025 environ 30 décès violents de personnes queer ont été recensés. Les relations entre personnes de même sexe sont légales, mais il n’existe pas de protection juridique contre la discrimination ni de partenariat enregistré.
(mize/AFP)
