Plus de sexe ne signifie pas automatiquement plus d’émancipation

2 mars 2026

Le Kein Bock Club n’est pas un espace homogène. Il réunit des personnes aux désirs, aux orientations et aux modèles relationnels variés, écrit Maria Popov — et dès cette phrase se dessine le cœur radical de son livre : un manifeste pour toutes celles et ceux dont la libido vacille, ne s’éveille que tardivement ou brûle à petit feu. Popov dépathologise le désir faible ou asexuel et le déclare comme un état légitime; elle oppose fermement l’idée selon laquelle quelqu’un devrait du sexe — ni envers son partenaire ni envers la société. Dans une sexusociété où la sexualité est considérée comme une obligation, un indicateur de maturité et un marqueur de normalité, elle trace un contrepoint clair: l’absence d’envie n’est pas une faiblesse individuelle, mais une réaction symptomatique face à des rapports de pouvoir, au capitalisme, à l’épuisement et à la pression des normes.

La autrice, qui a passé huit ans à éclairer les sujets du sexe, des relations et de la santé mentale dans le format radiophonique « Auf Klo », publie avec « Kein Bock Club » (lien affilié Amazon) un livre qui se comprend fièrement comme un « manifeste pour les retardataires, pour celles et ceux qui ne déclenchent jamais, et pour celles et ceux dont le feu brûle par moments à faible intensité ». Elle déconstruit l’étiquette de “retardataire” comme une projection normative extérieure, nomme les personnes queer qui démarrent souvent leur sexualité plus tard et plaide en faveur d’un tempo qui leur est propre plutôt que du sentiment de rater quelque chose. Les temporalités queer et les parcours de développement alternatifs sont ici considérés comme allant de soi, là où les chronologies hétéronormatives créent habituellement pression et honte.

Lust wird zur Pflicht erklärt

Popov rappelle que le désir est réactif, contextuel et qu’il n’est pas automatiquement présent. Cette constatation délivre : l’excitation peut surgir, elle ne doit toutefois pas nécessairement être là. Dans un monde peuplé de scripts sexuels, où le « qui veut quoi et quand » donne le tempo, se mêlent pression à la performance, honte et sentiment de ne pas être normal. L’allonorm, qui pathologise l’asexualité et fait du sexe un critère d’acceptation sociale, traverse aussi les relations queer — un fait que Popov décode avec intelligence.

Ainsi, les structures de pouvoir patriarcales ne passent pas inaperçues : Popov déclare le complexe « vierge-prostituée » et les attentes performatives qui l’accompagnent, démonte le mythe de la virginité comme récit patriarcal et montre comment la honte agit comme instrument de pouvoir, tandis que le corps devient une surface de projection sociale. Les sexualités queer brisent ces définitions rigides : « Kein Bock » est nommé comme un état légitime sans justification, et l’asexualité est clairement distinguée des situations qui modifient la libido. Popov appelle à la normalisation de l’absence de désir — un geste révolutionnaire dans un monde qui a fait du désir une obligation.

Autodétermination plutôt que maximisation du désir

Selbst­bestimmung statt Lustmaximierung
Die queere Relevanz des Buches liegt darin, dass Zeitlichkeiten, Lustmodelle und Beziehungsformen sichtbar werden, dass Asexualität und Nicht-Lust nicht als Randphänomen erscheinen et Normen selbst innerhalb queerer Communities hinterfragt werden. Popov lädt ein, Queerness über Selbstbestimmung, Vielfalt und Beziehungspluralität zu denken — als Befreiung von Erwartungen, Zwängen und verengten Definitionen von Lust. Teils langatmig, mit wiederholten Grundthesen und ausführlicher Begriffserklärung — doch der Ansatz ist radikal: Lustlosigkeit ist keine Schwäche, Sex kein Muss und Queerness keine Frage der Libido. Maria Popov liefert ein queer-feministisches Manifest, das den Mut hat, das « Kein Bock » als radikale, emanzipatorische Haltung zu feiern.
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Auch Geschlecht, Männlichkeit und Macht bleiben nicht unbeleuchtet. Der Mythos männlicher Dauerlust wird dekonstruiert, männlicher Sexdruck als sozial motiviert erkannt, nicht als Lustgetriebenheit. Selbst schwule Männer sind dem Druck des Immer-Bock-Clubs und dem Diktat jugendlicher Attraktivität unterworfen. Popov plädiert pour une masculinité douce, vulnérable — une posture politique et humaine à la fois. La bocklosigkeit est vue comme la conséquence logique d’un système d’optimisation constante, dans lequel la surcharge numérique, la frustration et la pression de performance font partie du quotidien. Le retrait, dire non et poser des limites ne sont pas des faiblesses, mais des gestes de résistance. Le consentement reste inégalement distribué; le décentrage du sexe, c’est-à-dire l’abandon de la maximisation du désir comme critère des relations, devient une pratique politique.

La pertinence queer du livre réside dans le fait que des temporalités, des modèles de désir et des formes de relation deviennent visibles, que l’asexualité et l’absence de désir ne soient pas perçues comme des phénomènes marginaux, et que les normes au sein des communautés queer soient remises en question. Popov invite à penser la Queerness en termes d’autodétermination, de diversité et de pluralité des relations — comme une libération des attentes, des contraintes et des définitions étroites du désir. Par moments, l’ouvrage peut sembler long et répétitif dans ses thèses de base et ses définitions, mais l’approche est radicale : l’absence de désir n’est pas une faiblesse, le sexe n’est pas une obligation et la Queerness n’est pas une question de libido. Maria Popov signe un manifeste queer-féministe qui ose célébrer le « Kein Bock » comme une attitude radicale et émancipatrice.

Infos sur le livre
Maria Popov : Kein Bock Club: Warum wir auch mal keine Lust auf Sex haben. 320 pages. kiwi space. Köln 2025. Taschenbuch: 18 € (ISBN 978-3-462-01014-5). E-Book: 16,99 €

Élise Fournier