Pourquoi le fétiche appartient-il à l’espace public ? Claude Kolz-Boehm

8 janvier 2026

Le mot fétiche est aujourd’hui aussi répandu dans la société majoritaire que le concept “veggie”. À l’origine, il désignait un fétichisme lié à des matières ou des objets, presque dans un sens religieux-sensoriel. Aujourd’hui, il fait gagner des milliards à des géants comme H&M. Les présentateurs et présentatrices des informations portent des tenues fétichistes comme si c’était totalement banal, ce qui aurait été impensable il y a une vingtaine d’années. On estime qu’environ un million de femmes en Allemagne en vivent comme source de revenus, et même le paysage urbain est façonné par la mode fétichiste. Comment définiriez‑vous le fétiche ?
Claude Kolz-Boehm: Dans le domaine de la sexualité, le fétichisme renvoie à certains objets, souvent des vêtements, qui excitent sexuellement ou érotiquement une personne. Comment on gère cette excitation une fois qu’elle apparaît est une autre question : on peut l’exploiter de diverses façons, par exemple en portant certaines tenues pendant le sexe, en regardant d’autres lorsqu’ils mettent en œuvre leur fétiche, ou bien en choisissant de ne rien faire avec cette découverte si c’est le cas chez soi.
Le fétichisme peut aussi recouvrir des pratiques sexuelles. Souvent les objets et les pratiques sont liés. Le terme « objet » est bien sûr théorique, mais il sert à illustrer l’étendue du fétichisme.
Qu’est-ce qui vous a poussés à lancer le projet fétichiste Eisensteig ? Aviez‑vous quelque chose à redonder dans la scène fétichiste actuelle ?
De l’idée née d’un barbecue en tenue fétichiste avec un ami en Brandebourg est née la volonté de rencontrer d’autres hommes à l’extérieur et de faire la fête ensemble. Jusqu’alors, à Berlin et en Brandebourg, il n’existait pas de fêtes fétichistes pour des hommes gay en plein air.

Le public des soirées fétichistes a toutefois beaucoup changé ces dernières années, non ? Le KitKat Club n’est pas le seul lieu prisé par les touristes… Quel est le pourcentage des véritables fétichistes présents lors de ces soirées ?
Tout d’abord, il faut déterminer qui, exactement, sont les « vrais » fétichistes. Et cela n’est pas vraiment possible, car chacun doit le définir pour soi-même. Il est probable que beaucoup de personnes que nous pourrions qualifier le soient moins, car ce mot porte encore pour beaucoup une connotation « non conforme ». Il en va de même pour les pratiques.
Les hommes et la scène gay classique gèrent-ils leurs particularités érotiques avec une grande décontraction ? Et en dehors de la scène gay classique existe-t‑il réellement des véritables fétichistes féminins ?
Nous, en tant qu’hommes gays, ne pouvons pas répondre avec précision. D’après ce que nous observons autour de nous chez nos amis et connaissances qui ne sont pas homosexuels, la vie en dehors de la scène gay est nettement plus détendue qu’auparavant, et ce surtout chez les jeunes.
Dans la communauté queer comme dans la scène gay, il existe régulièrement des débats plus Ou moins intenses sur la mesure dans laquelle la scène fétichiste, par exemple la communauté Puppy, devrait s’afficher publiquement. On craint que la présence de la Puppy Community puisse nuire à l’acceptation de la communauté queer dans la société en général. Ces réserves sont-elles fondées ?
Selon nous, la scène fétichiste doit pouvoir se montrer en public jusqu’à un certain point et le faire aussi. « Jusqu’à un certain point » signifie qu’il doit y avoir des limites. Se promener dans les rues avec des chaps dont le devant exhibe un sexe dressé nous semble aller trop loin.

Le sujet de l’argent est-il vraiment central dans le domaine fétichiste ? Pour un sexe « normal », il faut seulement deux corps, mais dans l’érotisme fétichiste, ce sont surtout des matériaux coûteux, des objets, des accessoires et des décors. Le plaisir sensuel du fétichisme est-il réservé aux personnes issues de la majorité ?
Non seulement réservé aux personnes aisées de la société majoritaire, mais aussi aux personnes aisées de la communauté gay ou queer. C’est malheureusement un problème comme dans beaucoup d’autres domaines de la vie. On peut parfois dénicher des « bonnes affaires », par exemple sur les marchés aux puces, mais le souci persiste. De plus, beaucoup ne peuvent même pas s’offrir les tarifs d’entrée des soirées fétichistes.

Was plant Eisensteig denn Spannendes für die Zukunft?

Quelles initiatives passionnantes Eisensteig prévoit-il pour l’avenir ?

Avant tout, nous souhaitons continuer à proposer des fêtes en plein air. Récemment, grâce à l’appui des Bösen Buben, nous avons commencé à organiser aussi des soirées en intérieur. D’ailleurs, nos soirées en extérieur restent ouvertes à tous.

Élise Fournier