Pour beaucoup de personnes, il peut être utile de s’interroger sur ses propres fantasmes sexuels. Car ceux-ci s’enracinent souvent dans des besoins et des désirs plus profonds. Les fantasmes peuvent traduire un besoin de sécurité et de protection, d’aventure, de dévotion ou le déploiement d’un pouvoir et d’un contrôle. Certaines personnes rêvent de liens émotionnels forts. Elles veulent sentir le sexe et se laisser aller. D’autres fantasment sur des jeux de rôle, sur des rapports sexuels sauvages en groupe ou souhaitent tester de nouvelles positions et pratiques. Les fantasmes n’ont pas toujours vocation à être mis en pratique dans la réalité. Il n’est pas rare que les fantasmes contiennent de la violence. Ainsi, certains rêvent de pratiques qu’ils jugeraient choquantes ou dangereuses dans la vie réelle. Beaucoup en ont honte et gardent leurs pensées secrètes.
Peu d’autres personnalités ont autant exploré les fantasmes sexuels des femmes que Gillian Anderson, l’actrice et autrice de 58 ans qui s’est récemment déclarée pansexuelle. Anderson a expliqué qu’elle était « pan, donc pansexuelle, au sens de : attirée par tous les genres » (E-llico.com en a fait le récit). L’actrice née aux États‑Unis (connue pour des séries comme « Sex Education » ou « X-Files ») a grandi dans un milieu conservateur. Dans son adolescence, elle a vécu une relation avec une camarade de classe, mais elle a dû la garder secrète (E-llico.com en a parlé). Aujourd’hui, elle vit à Londres avec ses trois enfants.
Rêves sexuels secrets
Une autre femme raconte sa relation avec son ex-petit ami : « Il m’a léchée; j’ai joui rapidement, puis il m’a baisée. C’était de la routine et après dix minutes tout était fini. » Même si ce furent des hommes qui l’ont léchée, « mon orgasme n’était pas dû à eux », insiste-t‑elle. Quand son ex‑ami l’embrassait, elle s’imaginait que ce soient des baisers d’une femme. Finalement, elle a rompu avec cet ami et vit aujourd’hui avec une femme : « Je me sens totalement libre. J’aime ma partenaire, j’aime notre sexe, et il dure bien plus que dix minutes. »
De manière similaire, une femme bisexuelle s’exprime : selon elle, « le sexe queer est différent — et pas seulement d’un point de vue anatomique. » Dans sa perception et son expérience, le sexe hétérosexuel reste « un acte de reproduction, alors que faire l’amour avec une femme ne vise pas à procréer, mais à aimer ». Elle a donc choisi une relation lesbienne. Comme justification, elle affirme préférer « lécher une friandise délicieuse plutôt que d’embrasser un lollipop peut-être tombé par terre ».
Jeux de rôle avec la patronne lesbienne
Les jeux de rôle rencontrent aussi un certain succès. Ainsi, une policière irlandaise raconte qu’elle aime les collègues en uniforme, « surtout lorsque leur grade est supérieur au mien (j’aime sans doute les femmes qui ont du pouvoir et de l’autorité ». Dans sa fantaisie, il s’agit de « faire venir ma chef (qui est aussi une lesbienne) dans son bureau lors d’un service de nuit et de me mettre des menottes, puis de me pencher sur son bureau et de me stimuler. Quand elle m’a autant excitée que je suis trempée, elle doit me baiser avec son harnais ».
Cependant, toutes les femmes n’osent pas autant mettre en pratique leurs fantasmes d’une relation lesbienne. « Parce que je suis mariée, je ne peux satisfaire mes besoins que dans mon imagination », confie une femme. Peut-être ne pourra-t-elle « jamais être avec une femme, et cette pensée fait mal. Je désire toucher une femme et être touchée par elle ». Elle lit de nombreux « livres sur des femmes qui aiment les femmes, et pendant ce temps, je m’évade des heures dans mes pensées. J’aime mon mari, mais j’ai l’impression qu’une partie de moi est en manque. »
Certaines lesbiennes manquent de courage
Une femme du Canada insiste dès le départ sur le fait qu’elle est mariée à un homme et qu’elle a des enfants. Professionnellement aussi, elle se porte bien. Mais dans ses fantaisies, tout est différent. Elle rêve d’être seule sur une plage, avec une amie fictive. Plus tard, dans un hôtel, l’amie fictive « prend mon visage entre ses mains et m’embrasse passionnément ». Mais ce rêve ne peut être vécu. La fantasie laisse chez elle un « sentiment de culpabilité brûlante », écrit-elle, car sa vie actuelle avec son mari et ses enfants ne lui suffit pas.
Une autre femme sait depuis l’âge de huit ans qu’elle est lesbienne. « Pendant que toutes mes amies tombaient amoureuses d’acteurs masculins et de stars de la pop, je me demandais pourquoi personne ne parlait des femmes. Pourquoi personne ne les embrassait-il ? » Elle a cru qu’il y avait quelque chose qui clochait en elle. Elle a tenté de cacher son côté lesbien et a fréquenté des hommes — ce qui a été catastrophique. Aujourd’hui, elle a 32 ans et n’a jamais été avec une femme. Elle écrit qu’elle est remplie de peur d’être rejetée et d’échouer. Elle garde donc les femmes à distance : « Parfois j’ai l’impression que je trouverais plutôt un tueur en série qu’une amie. Et à 32 ans, je suis convaincue de mourir seule. »
« Je suis profondément honteuse de qui je suis »
De même, une femme désire être avec des femmes et se voit rassembler des années durant à réprimer ce qu’elle est, « car je sais au plus profond de moi que je suis queer, mais je n’arrive pas à l’assumer par peur de la réaction de ma famille ». Lors de la masturbation, elle pense toujours à des femmes — « et quand j’atteins l’orgasme, je pleure souvent », écrit-elle. Dans sa fantaisie, elle embrasse une autre femme sur les lèvres et a des rapports intenses avec elle.
En même temps, elle est remplie de honte. « Je suis profondément honteuse de qui je suis et de ce que je veux, et cela me fige tant que, par peur de m’ouvrir, je ne parle même pas aux femmes. Comment pourrais-je un jour obtenir ce que je désire ? » L’auteure décrit une peur d’être rejetée et de mourir sans avoir expérimenté une telle connexion. Elle craint aussi « d’épouser un homme un jour, après s’être convaincue d’en avoir envie, alors que ce n’est peut-être que la pression sociale ».
Certaines fantasmes ne peuvent pas être réalisés. Une femme trans rêve ainsi d’être enceinte par sa partenaire cisgenre. Pour elles deux, il existe une partie du mois qu’elles appellent la « semaine d’embauche », « lorsque nos hormones s’affolent et que nous ne voulons plus que de l’une pour l’autre, au point d’avoir envie d’être fécondées par l’autre ».
Le désir d’un pénis
Le désir d’un pénis apparaît dans plusieurs textes : « Quand je me retourne sur le ventre, que ma main va entre mes cuisses et que je me touche, je m’imagine en train de baiser ma petite amie avec mon sexe de toutes les façons possibles », écrit une femme. Elle souhaite être profondément liée à sa petite amie. « En tant que femme queer ayant eu des relations avec des femmes, ce fantasme m’a d’abord mise mal à l’aise, comme si j’étiolais ma sexualité », poursuit la femme. Autrefois, elle était souvent jalouse des hommes et de la façon dont ils peuvent faire l’amour avec des femmes. Mais aujourd’hui, elle comprend que le désir est bien plus complexe que cela.

Le sexe hétérosexuel comme instrument de pouvoir
Dans nombre de textes, il est question de la souffrance des femmes face à une masculinité toxique. De nombreux hommes « ne considèrent plus les femmes comme des partenaires égales, mais comme des sujets inférieurs destinés à être soumis et sexuellement dominés ». Le sexe hétérosexuel est « aujourd’hui un instrument de pouvoir, une obligation et non un acte d’amour. Les corps sont devenus des objets, au lieu d’être l’objet d’une exploration soignée et délicate », lit-on dans un texte. Il existe toutefois aussi des lettres d’une femme au regard masculin typique. Ainsi, une femme affirme : « Je veux prendre le pouvoir d’un homme et utiliser son corps pour ma propre jouissance, sans tenir compte du sien, et je veux le sentir concrètement. » Elle tient à avoir un pénis : « Le rôle agressif, celui qui pénètre, et non celui qui est pénétré, est quelque chose de tout à fait différent. »
Une autre femme utilise secrètement un strap-on. « Parfois je le mets sous mes vêtements quand je suis seule à la maison, je fais mes tâches et je déambule avec ce sentiment entre les cuisses ; puis je deviens si excitée que je dois interrompre mon travail et me donner du plaisir », indique un texte.
« Parfois, je suis la maîtresse »
Une femme âgée raconte que ses fantasmes ont récemment évolué. Elle ne se considère plus comme dénuée de pouvoir : « Maintenant, j’ai le contrôle total. Parfois, je suis la maîtresse. Mon esclave doit obéir à chacun de mes ordres. » Une autre femme a la fantasy de « tenir les hommes totalement entre mes mains, les provoquer tant que cela me plaît ». Elle veut être désirée, « objet de leur plaisir sexuel, sans une seule caresse ». Avec ce fantasme, écrit-elle, « je m’approprie mon corps, après avoir été sexuellement abusée enfant. En voyant ces hommes se masturber devant moi, je me sens invincible, car je sais que je contrôle la situation à cent pour cent et que mon corps est en sécurité face à eux ».
Obsédée par le sexe homosexuel
Super intéressante est l’idée d’une femme qui veut être dans une relation gay. « On pourrait même dire que je suis obsédée par le sexe gay. » La façon dont les hommes gays mènent leur vie sexuelle lui paraît « tellement érotique, sensuelle et intensément passionnée, tout en conservant une certaine nonchalance ». Elle se demande pourquoi elle trouve le sexe entre hommes si érotique : « Est-ce dû à l’absence de pression, au risque zéro de grossesse ? Ou bien, dans les relations homme–homme, face au pouvoir, au patriarcat, etc., existe-t-il une rencontre plus naturelle sur un pied d’égalité ? Est-ce là le facteur clé d’un sexe plus sain ? » Elle insiste : « Ce que je veux vraiment, c’est ressentir une égalité. »
Une autre femme explique que sa fantasie consiste à « être vue ». Pas observée. Pas jugée. Simplement vue. Peu importe s’il s’agit d’amitiés platonique ou de rencontres sexuelles. Trop souvent, elle a passé sa vie à « jouer un rôle ou à porter un masque que les autres attendaient de moi ». Elle porte souvent un masque, « au point que j’en viens à oublier ce qui se trouve dessous. Mais au fond, je souhaite être tout simplement moi ».
Le livre mérite d’être lu, car bon nombre de fantasmes démontrent l’importance de sortir du carcan des attentes sociétales et des rôles genrés. Cela rejoint la phrase finale d’une femme queer qui affirme : « Depuis que je me suis autorisée à vivre en tant que personne queer, mes fantasmes sont devenus beaucoup plus variés, excitants et libres. »
Gillian Anderson: more. Plus de fantasies sexuelles des femmes au XXIe siècle. Traduit de l’anglais par Claudia Amor, Sylvia Bieker, Gisela Fichtl et Anke Wagner-Wolff. 384 pages. dtv Verlagsgesellschaft. Munich 2026. Livre relié: 25 € (ISBN 978-3-423-28556-8). E-book: 18,99 €
