Reinhard Lüschow et Heinz-Friedrich Harre furent, il y a 25 ans, les premiers hommes en Allemagne à contracter un partenariat enregistré entre personnes de même sexe — et, de ce fait, à devenir célèbres à l’échelle fédérale. Dans son nouveau et très personnel mémoire « Volkers Brief — Ma vie avant Heinz » (lien affilié Amazon), Lüschow raconte aujourd’hui les tourments intérieurs, le mariage avec une femme et le long cheminement vers son vrai moi.
Staffhorst, un village de Basse-Saxe, à la fin des années 1960: le petit Reinhard comprend tôt qu’il est différent des garçons du quartier. Le fils cadet d’un couple d’agriculteurs s’intéresse à la danse, joue secrètement avec une poupée Barbie et découpe des photos de beaux hommes dans des catalogues et magazines. Alors que les autres garçons commencent à parler de filles, Reinhard reste muet. Il préfère de loin explorer le corps d’un garçon plus âgé qui, caché aux yeux des autres, lui en donne aussi l’autorisation. Mais Reinhard ne peut pas parler à ce garçon. Il n’ose pas non plus faire de confidences à ses frères plus âgés. Étant donné qu’il lui manque d’autres figures d’identification, il demeure jusqu’à l’adolescence seul avec ses pensées et ses sentiments contradictoires.
Entre adaptation et révolte
Reinhard apprend à se conformer. Il veut être un bon fils, aide sur la ferme familiale et, à l’adolescence, gagne quelques marks en plus dans les tavernes locales en parallèle de ses études. Il se laisse aussi séduire par une ou deux filles. Mais à chaque fois que les choses deviennent plus sérieuses, Reinhard recule. Son père est tout à fait patriarcal. De bonnes notes et l’aide dans l’exploitation familiale, il les attend de son fils cadet. Il n’est pas violent, mais il est strict. À 18 ans, il avait tout simplement peur de son père, écrit Lüschow dans son livre.
Mais alors, dans le sens littéral du terme, une étoile apparaît dans le ciel du village. L’édition 41/78 du magazine Stern montre pour la première fois un couple d’hommes sur sa couverture et porte le titre « Wir sind schwul ». Reinhard s’empare du magazine et y trouve des réponses à des questions qu’il n’avait jamais osé se poser. Et ce n’est pas tout. Il parvient à repérer l’un des hommes figurant dans l’article du Stern, lui écrit et le rencontre dans la ville voisine de Brême. Dés lors, il participe régulièrement aux rencontres d’un groupe d’hommes gays. Le début d’une double vie, dont personne à la maison ne doit être informé. Là, Reinhard se conforme aux attentes exprimées et tacites et finit par même s’engager dans la Bundeswehr.
À la recherche et à la découverte de l’amour
Et puis arrive Volker. Grâce au groupe d’hommes de Brême, Reinhard obtient l’adresse d’un jeune homme qui est gay et qui est aussi dans l’armée. Ils se rencontrent, échangent et finissent par entretenir une relation. Reinhard plane sur un petit nuage, même s’il vit son bonheur dans le secret, et qu’il ne peut le partager avec personne, et cet amour de premier amour finit, comme souvent, par se briser. Des années plus tard, c’est une lettre de ce même Volker qui parvient à Reinhard de nulle part et l’inspire à écrire le présent livre.
Des années plus tard, c’est une lettre de ce Volker-là qui parvient à Reinhard de nulle part et l’inspire à écrire ce livre qui se tient désormais devant vous.
Toujours sous la crainte d’être découvert, il commence à sortir avec des hommes. À l’époque, il rencontre des hommes dans des bars ou via des petites annonces. Avec certains il tient plus longtemps; d’autres ne conviennent que pour une nuit. Sa confidente et amie Sabine, qu’il connaît depuis le lycée, est toujours à ses côtés. Sur le plan physique, Reinhard est tout à fait satisfait, mais ce qui manque le plus souvent au jeune homme, c’est l’aspect émotionnel de l’amour.
Et tout à coup, l’idée que Sabine, son amie, pourrait être la solution à son dilemme émerge. Pour elle, qui a eu elle aussi peu de chance avec les hommes jusqu’à présent, Reinhard éprouve tout de même beaucoup d’affection. Et Sabine pense aussi que Reinhard, qui a toujours eu de bonnes intentions envers elle, pourrait être le bon — et que son intérêt pour les hommes n’aurait peut-être été qu’une phase. Avant même qu’ils s’en rendent compte, ils se présentent devant l’autel. Cela peut-il bien se passer?
La réponse à cette question ne nécessite sans doute pas d’avertissement de spoiler: non, cela ne peut pas bien se passer. Arrivé au port du mariage hétérosexuel, Reinhard ressent bientôt de nouveau une agitation intérieure…
Une vie racontée sur le ton de la conversation
Comme s’il vous parlait directement, Reinhard Lüschow raconte dans « Volkers Brief — mon livre avant Heinz » son histoire de vie sur un ton sans prétention. Ce n’est sans doute pas de la grande littérature, mais précisément ce ton modeste est une force de son texte. On a l’impression d’écouter un bon ami autour d’un verre de vin le soir. Comme dans une conversation personnelle, le livre connaît aussi quelques longueurs ou répétitions que l’on pardonne volontiers à l’auteur.
À qui s’adresse ce récit ? Probablement pas à un public très large. En tout cas, il s’adresse à toutes celles et ceux qui veulent un aperçu intime d’une biographie qui, à l’époque, n’était pas nécessairement extraordinaire. De nombreus hommes ont dû mener pendant des années une double vie ou réprimer complètement leurs sentiments. Cela se voit aussi dans le groupe des hommes homosexuels mariés ou ayant été mariés à une femme, que Reinhard Lüschow a lui-même fondé il y a de nombreuses années et qui a rapidement rencontré un vif succès.
Pour les lecteurs du succès d’estime d’Lüschow « Dans les bons et les mauvais jours — Notre chemin vers le mariage pour tous », son nouveau livre est déjà une complémentaire au moins intéressante. Actuellement, Reinhard Lüschow est aussi en tournée de lectures avec son nouvel opus.
Reinhard Lüschow: Volkers Brief. Ma vie avant Heinz. 308 pages. Pinkvoss Verlag. Hanovre 2026. Relié: 24 € (ISBN 978-3-932086-54-0)
