Dans la communauté queer, la question de l’image corporelle est une épée à double tranchant. D’un côté, nous célébrons la Body Positivity, la « Bear Community » et la libération des contraintes hétéronormatives. De l’autre, et c’est particulièrement vrai chez les hommes gays, mais aussi dans d’autres volets de la scène, il existe souvent une pression immense à correspondre à un certain idéal d’Adonis.
Mais au-delà de l’esthétique, il existe une réalité sanitaire dont on parle moins: le soi-disant « Minority Stress » — c’est-à-dire le stress chronique dû à des expériences de discrimination, des processus d’outing et l’exclusion sociale — peut avoir des répercussions directes sur la santé physique. Le « Stress Eating », les déséquilibres hormonaux et une relation perturbée avec son corps en sont souvent les conséquences.
Lorsqu’apparaît le désir de réduire le poids pour des raisons de santé, de nombreuses personnes queer se heurtent à une barrière qui est souvent invisible pour la société majoritaire: la consultation chez le médecin.
La salle d’attente comme espace d’angoisse
Des études sur l’accès aux soins des personnes LGBTIQ* montrent à répétition que beaucoup évitent les visites chez le médecin par peur de discrimination ou de questions inconfortables. Dois-je faire mon coming out chez le médecin traitant s’il me demande quelles sont mes conditions de vie? Vais-je être regardé de travers ou même pathologisé? Surtout sur le sujet du surpoids, qui est par nature honteux, la crainte du « double stigmate » (queer + en surpoids) pèse lourd.
Le résultat: une aide médicale essentielle n’est pas sollicitée. L’obésité est toutefois une maladie complexe, souvent chronique, qui se résout rarement par le simple « FDH » (« Friss die Die Hälfte »). Il s’agit de processus métaboliques, d’hormones et souvent aussi de psychologie. Dans ce contexte, un accompagnement médical professionnel serait indispensable — si l’accès était réellement accessible et sûr.
La télémédecine comme « Safe Space »
La télémédecine comble ce vide dans les soins depuis quelque temps. Ce qui, pendant la pandémie, avait commencé comme une solution d’urgence, s’impose progressivement comme un « Safe Space » pour les groupes marginalisés. Les plateformes de santé numériques présentent un avantage déterminant: elles sont discrètes, objectives et se concentrent uniquement sur les faits médicaux.
Le processus de traitement asynchrone — c’est-à-dire le remplissage d’un formulaire d’anamnèse numérique depuis chez soi — retire la pression sociale de la situation.
1. Aucune justification: Il s’agit de l’IMC, des antécédents médicaux et de la médication. Il ne s’agit pas du mode de vie ou de l’orientation sexuelle.
2. Pas de « Fat Shaming »: La communication se fait sur la base des données. Un algorithme ne juge pas, et les médecins évaluateurs prennent des décisions selon les directives, et non selon la sympathie.
3. Accès à des preuves: Plutôt que des pilules diététiques douteuses sur Internet, les patient·e·s accèdent à une médecine fondée sur des preuves (comme les thérapies GLP-1 modernes), qui autrement seraient souvent difficiles d’accès.
Aide médicale sans piège d’abonnement
Un autre aspect, qui compte particulièrement dans les communautés critiques, est la transparence. Le marché numérique de la santé regorge de prestataires qui veulent pousser les patient·e·s vers des abonnements coûteux. Il convient d’observer cela attentivement. Les plateformes sérieuses distinguent clairement la prestation médicale de l’achat des médicaments.
Un exemple positif de cette approche équitable est MizeBody. La plateforme permet l’accès à une thérapie moderne de l’obésité, tout en refusant délibérément les contrats obligatoires ou les frais d’abonnement mensuels. Les patient·e·s ne paient que pour la consultation médicale effective (anamnèse et prescription). Le médicament lui-même est, comme d’habitude, obtenu dans une pharmacie de leur choix (en ligne ou sur place). Ce modèle redonne du pouvoir aux usagers: ils décident eux-mêmes de la durée de leur thérapie et bénéficient d’une transparence sur les coûts. C’est de l’autonomisation (« empowerment ») dans le domaine de la santé.
Le soin de soi est politique
Il est important de le souligner: personne n’a besoin de maigrir pour être précieux·se. La Body Positivity est et demeure l’un des piliers de notre communauté. Mais le Body Positivity signifie aussi: j’ai le droit de transformer mon corps afin de me sentir en bonne santé et à l’aise dans ma peau.
Lorsque les douleurs articulaires, l’hypertension ou le risque de diabète entravent la qualité de vie, le souhait de perdre du poids devient un acte de soin de soi. Le fait qu’il existe désormais des voies pour obtenir cette aide médicale sans s’exposer à des situations potentiellement discriminatoires dans le système de santé traditionnel est une avancée.
La numérisation de la médecine peut contribuer à réduire le « Queer Health Gap ». En abaissant les obstacles et en créant des accès qui ne dépendent pas de qui l’on est ou de qui l’on aime, mais uniquement de ce dont on a médicalement besoin.