Markus Lanz donne le ton, Fabian Köster se montre combatif et Olivia Jones réclame davantage de courage : le Deutscher Fernsehpreis a été décerné. Quelques jours après les élections régionales en Saxe-Anhalt et au milieu d’une série de crises, la soirée télé à Cologne a, de manière frappante, tourné autour de la situation politique et sociale du pays — et aussi autour d’un homme qui remettait une fois de plus la lumière sur le petit écran: Stefan Raab.
Le ton a été donné très tôt par un lauréat, habituellement reconnu surtout pour ses questions, Lanz. À 57 ans, il était récompensé dans la catégorie « Meilleure Information » pour sa émission-débat sur ZDF, mais il a rapidement élargi le cadre et a visé à insuffler de l’espoir.
« Je vois en ce moment tellement de personnes qui se sentent très instables, qui ont parfois peur », a confié Lanz. « N’ayez pas peur ! » a-t-il lancé en appel. Sa promesse: « Ce qui est en train de se défaire, nous le reconstruirons un jour, avec une certaine décontraction. » Pour Lanz, c’était déjà son deuxième prix télévisuel.
« J’espère que nous vivrons encore longtemps dans une démocratie »
Le comique Fabian Köster, vainqueur dans la catégorie « Meilleure Comédie/ Late Night » pour son émission « heute-show extra: Next Stop Köster » (ZDF), a rappelé l’importance d’un paysage médiatique libre. Un format comme le sien — des entretiens relativement frontaux avec des politiciens dans un petit ascenseur — n’est pas possible dans tant de pays, a-t-il déclaré.
« En ces jours, nous devons nous rappeler cela régulièrement, et être bruyants contre la haine, contre les insultes et contre les ennemis de la démocratie qui veulent abolir ce genre de chose. »
La soirée a ensuite poursuivi son cours, avec des retours politiques qui se mêlaient, par moment, aux remerciements — parfois dans une tonalité assez sombre — comme chez Karin Hanczewski, ex-commissaire lesbienne du « Tatort », qui a reçu le prix d’interprétation féminine pour « Call My Agent Berlin » (Disney+). Elle a conclu son discours par: « J’espère que nous vivrons encore dans une démocratie à l’avenir. Merci. »
Prix dédié à la communauté LGBTQI+
Meilleur « Téléfilm/ Série limitée » a été attribué à « Olivia » (ZDF), un biopic du réalisateur Till Endemann qui retrace la vie de la célèbre drag queen Olivia Jones. Les organisateurs ont dédié ce prix à la communauté LGBTQI+.
Le film est important aujourd’hui, a déclaré Olivia Jones à l’Agence Deutsche Presse-Agentur (dpa), car il parle de démocratie et de liberté et de pouvoir vivre comme on l’entend. Il faut plus de courage que de colère. « Nous ne voulons rien enlever à qui que ce soit, mais nous sommes diabatisés », a-t-elle ajouté. « On n’a pas choisi cette vie. Si j’avais eu le choix, j’aurais été hétérosexuel. »
Autant que le moment pouvait s’assombrir, la soirée restait une cérémonie de remise de prix cinéma et télévision. Tom Schilling, élu meilleur acteur pour « Achtsam Morden » (Netflix), a toutefois veillé sur un sujet intime: sa mère soufflait ses 70 ans. Il lui a alors offert une petite chanson et a invité le public à se joindre à lui — malgré les impératifs de temps. « Il faut laisser un peu de temps », expliqua l’acteur lorsque l’animatrice Barbara Schöneberger tenta de le freiner.
Blagues sur Ozempic
Schöneberger, qui a ponctué la soirée de son humour acide, n’a laissé personne indemne. « Depuis l’arrivée d’Ozempic, il y a deux fois plus de stars dans cette salle », a-t-elle plaisanté. Ozempic, médicament destiné au diabète, est aussi utilisé par certains comme coupe-faim. Puis elle a lancé une blague malicieuse: « la paix dans le monde » serait « à portée de main ». « Ce soir, dans une même pièce, Stefan Raab et Sebastian Pufpaff se retrouvent ! », a-t-elle déclaré. On se souvenait alors que Pufpaff et Raab avaient autrefois collaboré, avant de devenir rivaux. On pouvait légitimement se demander s’ils partageraient bien l’espace ce soir. Pufpaff anime désormais la version « TV total » de Raab sur ProSieben; Raab, lui, est passé chez RTL.
Les deux sont venus. Mais au final, seul Raab a reçu un prix: celui de la meilleure émission de divertissement pour « Wer weiß wie wann was war ? » Il a été rejoint par sa co-animatrice Barbara Schöneberger qui a, presque avec tendresse, déclaré: « Peu importe ce que disent les autres: j’ai du plaisir à te voir briller ! »
« Tout l’amour, tout le meilleur » pour Stefan Raab
Pour sa part, Pufpaff est reparti bredouille dans la catégorie « Meilleure Comédie/Late Night » pour « TV total ». Au sujet de l’avenir de Raab, qui s’apprête à fêter ses 60 ans, Pufpaff a répondu, aussi brièvement que nécessaire: « Tout l’amour, tout le meilleur et qu’il puisse continuer à faire ce qu’il fait. »
Dans l’ensemble de la soirée, les grands gagnants furent les créateurs de la série « Chabos » (ZDFneo) — primée comme meilleure série comique, et dont la jeune troupe a aussi décroché le prix de l’encouragement. La meilleure série dramatique est revenue à « Hundertdreizehn » (ARD), le prix de la meilleure série documentaire à « Mesut Özil — Zu Gast bei Freunden » (ZDF). Le duo Joko Winterscheidt et Klaas Heufer-Umlauf a de son côté raflé le prix spécial pour leur émission « #dontlookaway » sur ProSieben, une long documentaire de plus de trois heures décrivant le quotidien des habitants en Ukraine, sans interruption publicitaire.
Point final conciliant
Le dernier mot est revenu au vétéran des journaux RTL, Peter Kloeppel (67 ans), honoré pour l’ensemble de sa carrière. Il a rappelé l’anecdote de Franz Beckenbauer, qui lui disait: « Maintenant, sortez et allez jouer au football, les garçons. » Son conseil final: « Je vous le dis: sortez et faites du bon cinéma/bon téléviseur. »
Le Deutscher Fernsehpreis est remis depuis 1999. Il est porté par ARD, RTL, Sat.1, ZDF et Deutsche Telekom. Les plateformes de streaming Disney+, Netflix et Prime Video participent en tant que partenaires. La direction du prix change d’année en année. Cette année, elle était assurée par RTL. La chaîne a également diffusé l’émission à la télévision.