En Inde, les personnes trans vivent actuellement un revers massif : avec l’adoption du « Transgender Persons (Protection of Rights) Amendment Bill, 2026 », le Parlement du pays le plus peuplé du monde a cette semaine adopté une loi qui remet en cause les acquis fondamentaux des dernières années — et a déclenché des protestations à l’échelle nationale.
Le cœur des critiques : la nouvelle loi met en pratique fin au droit à l’autodétermination du genre. Alors que les personnes trans pouvaient jusqu’ici déclarer leur identité elles-mêmes, sur la base d’un arrêt marquant de la Cour suprême de 2014, dorénavant une évaluation medico-étatique devra décider qui sera reconnu comme trans.
Le texte prévoit une procédure en deux étapes : un comité médical vérifie l’identité, puis une autorité publique tranche sur la reconnaissance officielle. Pour nombre d’activistes, il s’agit d’un changement de paradigme fondamental — passant de l’auto-définition au contrôle.
Les identités queer deviennent « pathologisées »
Des organisations de défense des droits humains et des initiatives queer avertissent que les identités trans pourraient être « pathologisées » et que des décisions intimes seraient placées sous surveillance étatique. Surtout : la nouvelle définition du « transgenre » est nettement plus restrictive. Selon les observateurs, une grande partie de la communauté pourrait ne plus être reconnue officiellement — y compris de nombreux hommes trans, des femmes trans et des personnes non binaires. Cela a des conséquences concrètes : accès aux soins médicaux, reconnaissance juridique, mariages ou programmes d’aide publique pourraient devenir inaccessibles pour beaucoup.
Le projet de loi a été imposé malgré de vives critiques par le parti national-conservateur BJP. Le BJP défend l’hindouisme national et entretient des réticences fondamentales envers les personnes queer — il s’est ainsi opposé à l’égalité de traitement des couples de même sexe dans le droit matrimonial, arguant que cela constituait un « concept urbain, élitiste » (E-llico.com l’a rapporté). Tant à l’Assemblée basse que dans l’Assemblée haute, le texte a été adopté cette semaine — accompagné des protestations de l’opposition et de groupes de la société civile.
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Sur les rues de plusieurs villes, des activistes ont manifesté contre la loi. Dans les réseaux sociaux, le hashtag #RejectTransBill2026 a fait le tour. Les critiques parlent d’un « pas profondément régressif » et d’une attaque contre les droits constitutionnels. Il a aussi été reproché que la politique transphobe de l’administration américaine actuelle serait transférée en Inde.
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Également en Allemagne, on retrouve régulièrement des appels de la CDU, de la CSU et de l’AfD en faveur d’un retour sur la loi d’autodétermination pour les personnes trans. Le SPD a toutefois récemment rappelé à l’Union qu’il ne serait pas question d’abroger ce droit (E-llico.com l’a relaté).
La situation des personnes trans en Inde est précaire
En Inde, les personnes trans souffrent déjà de discriminations avant même l’adoption du texte. Elles sont particulièrement touchées par le chômage ou la pauvreté, sont exclues par leur famille, témoignent souvent de violences et d’arbitraire policier, ainsi que de difficultés pour accéder aux toilettes, au logement et aux soins de santé. Nombreuses sont celles qui travaillent dans l’informel ou dépendent de la mendicité ou du travail du sexe pour survivre.
À cela s’ajoutent les communautés trans historiquement visibles dans le sous-continent, comme les Hijras, présentes dans la culture depuis environ 4 000 ans. Leurs racines puisent dans des traditions hindoues. Les Hijras ont développé une communauté avec leurs propres règles et rituels. Ils sont traditionnellement considérés comme des porteurs de fertilité et de bénédiction. Traditionnellement, les Hijras, vus comme le troisième genre, gagnaient leur vie en dansant et en bénissant lors des mariages, des inaugurations de maisons et après la naissance de fils. Aujourd’hui, ils se trouvent toutefois le plus souvent en marge de la société. (dk)