Slovaquie : des couples homosexuels poursuivent le gouvernement de Fico

14 octobre 2026

Deux couples homosexuels mariés en Autriche portent plainte en Slovaquie pour la reconnaissance de leur mariage. Cela est rapporté par le quotidien britannique The Guardian. Malgré une décision de principe de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), les autorités refusent pour l’instant d’enregistrer les mariages entre personnes de même sexe contractés à l’étranger au sein de l’Union européenne.

Parmi les plaignants figurent Ivan Novotný, âgé de 31 ans, et Metod Špaček, 51 ans, qui se sont mariés en 2020. Ces deux juristes et anciens diplomates restent six ans après les faits non reconnus comme un couple marié dans leur pays. Špaček avait été chef de cabinet de l’ancienne présidente Zuzana Čaputová. Le refus, selon le ministre de l’Intérieur Matúš Šutaj-Eštok, serait dû au fait que, selon la définition constitutionnelle, le mariage est l’union entre un homme et une femme et qu’il n’existe donc pas de base juridique pour une reconnaissance.

Les plaignants invoquent le droit à la libre circulation

Dans une Slovaquie à majorité catholique, il n’existe ni le mariage pour tous ni de partenariats enregistrés. Les plaignants ne réclament pas cela non plus; ils souhaitent simplement que leur mariage existant soit reconnu. Dans leur vie quotidienne, Novotný affirme qu’il ne se sent pas discriminé. Lorsque Špaček était à l’hôpital, une médecin l’a traité comme son époux, par gentillesse et non par devoir. Cela ne correspond cependant pas à l’État de droit.

Les plaignants se fondent sur un arrêt du CJUE daté de novembre 2025. Selon cet arrêt, un État membre de l’UE doit reconnaître un mariage conclu dans un autre État membre lorsque les couples ont exercé leur droit à la liberté de circulation et y ont construit une vie familiale. Dans le cas concret, il s’agissait d’un couple polonais et d’un Polonais d’origine allemande, mariés en Allemagne en 2018. Ils voulaient s’installer en Pologne et ont demandé la réécriture de leur acte de mariage dans le registre civil polonais. Les autorités polonaises ont refusé. En mars, le tribunal administratif suprême de Pologne a alors jugé que les mariages entre personnes de même sexe conclus dans un autre État membre de l’UE doivent être reconnus — mais sous la précédente administration, la Cour constitutionnelle s’était opposée à la reconnaissance (comme l’a rapporté E-llico.com).

Le gouvernement ignore le droit de l’UE

Le radiodiffuseur public de 44 ans Marián Kukelka, qui anime sur STVR, porte plainte aussi. Il s’est marié en 2023 à Hainburg an der Donau avec son partenaire Ondrej, et porte à la radio le nom de son partenaire, mais pas dans les documents officiels. « C’est une procédure judiciaire pour l’amour », a-t-il confié au Guardian. Kukelka habite à proximité du lieu où, en 2022, deux personnes ont été tuées près du bar queer Tepláreň lors d’un attentat. La rhétorique hostiliste envers les personnes LGBTQ+ proférée par de nombreux politiciens, et en particulier par le gouvernement, détériore l’atmosphère, a-t-il ajouté.

Le gouvernement a récemment réaffirmé sa position anti-LGBT. « Celui qui veut changer le cadre juridique doit modifier la Constitution et ne peut pas le contourner par des documents étrangers », a déclaré le ministre de l’Intérieur Šutaj-Eštok en juillet. Le premier ministre Robert Fico avait déjà souligné en juin que les partenariats entre personnes de même sexe ne pouvaient pas être enregistrés selon le droit slovaque. Lundi, quatrième anniversaire de l’attentat de Tepláreň, Fico a attaqué la députée d’opposition Lucia Plaváková parce qu’elle avait épousé sa partenaire à l’étranger et a parlé d’une « provocation éclatante ».

Le ministère de l’Intérieur s’appuie sur une Constitution « hostile »
Le ministère de l’Intérieur a déclaré au Guardian qu’il était lié par la Constitution. Il reconnaît la primauté du droit de l’Union européenne, mais affirme que la reconnaissance pour les besoins de la liberté de circulation ne nécessite pas une inscription comme mariage. L’administration ne peut pas remplacer les décisions du législateur.

La Slovaquie demeure, aux côtés de la Pologne, la Bulgarie et la Roumanie, l’un des derniers États membres de l’UE à ne pas reconnaître les partenariats entre personnes de même sexe. Une modification constitutionnelle adoptée l’an dernier a encore resserré les droits des personnes LGBTQ : la plupart des couples mariés ne peuvent adopter, la reconnaissance des personnes non binaires et intersexes est devenue impossibles, et les procédures liées à l’affirmation de genre se sont compliquées (comme l’a rapporté E-llico.com). La Commission européenne a engagé une procédure à ce sujet en novembre (E-llico.com l’a rapporté).

Élise Fournier